Pour “renverser la tendance”, le Jardin Pêcheur à Bordeaux emploie uniquement des travailleurs handicapés

Le Jardin Pêcheur Garonne, au cœur du nouveau quartier des Bassins à flots / © Julie Chapman
Le Jardin Pêcheur Garonne, au cœur du nouveau quartier des Bassins à flots / © Julie Chapman

Le Jardin Pêcheur Garonne a ouvert ses portes il y a trois ans dans le quartier des Bassins à flots à Bordeaux. L'originalité de ce bar brasserie : il emploie 80 % de travailleurs handicapés. 

Par Julie Chapman

Dans le quartier des Bassins à flots, à Bordeaux, le restaurant se fond dans le nouveau paysage à l'architecture moderne. Le Jardin Pêcheur a ouvert il y a trois ans, rue Lucien Faure. 

Dix-huit salariés travaillent, de 8 h à 23 h, sept jours sur sept, dans ce restaurant aux allures élégantes. Mais parmi eux, seulement trois sont considérés comme des travailleurs valides. 

Le principe du restaurant : employer 80 % de travailleurs handicapés. Ces handicaps peuvent être psychiatriques, moteurs ou psychiques. Le restaurant jongle donc avec les difficultés de chacun, en aménageant des horaires plus restreints et des postes adaptés. 

Mais en salle, on ne s'aperçoit de rien. Sans les petits drapeaux installés sur les tables pour décrire le concept, le restaurant ne diffère pas des autres. 

"On a voulu renverser la tendance. Montrer qu'en réalité, rien n'empêche une personne handicapée de travailler. On a même eu des clients qui ont cru à une publicité mensongère", se souvient Pierre Maly, le fondateur du Jardin Pêcheur.
 
Le Jardin Pêcheur emploie 80% de travailleurs handicapés
 

Combler le vide


Il y a douze ans, Pierre Maly, alors directeur d'un centre "d'adolechiants", comme il surnomme les jeunes ayant des troubles de la conduite et du comportement, décide d'ouvrir un premier restaurant à Trélissac, près de Périgueux en Dordogne.

"Ce sont des personnes qui ne trouvaient pas de travail en entreprise classique, mais qui ne rentraient cependant pas dans les critères des ESAT", explique Pierre Maly, le gérant bénévole du jardin Pêcheur. 

Donnant alors des formations d'hôtellerie et restauration à ses élèves, il décide de mettre la théorie en pratique et ouvre un restaurant, qui n'emploiera que des jeunes venant de son centre. 
 

En 2016, sollicité par la mairie de Bordeaux, Bordeaux Métropole et l'Union européenne, il ouvre un second restaurant à Bordeaux et recrute au départ 24 personnes, à la fois en situation de handicap, mais aussi issus de quartiers prioritaires.

Le restaurant a d'ailleurs reçu une aide de la part de l'Union européenne ainsi que des fondations Eiffage, du Crédit Agricole, de la région mais aussi de Bordeaux Métropole qui leur a mis à disposition un bail emphytéotique.

"Aujourd’hui, je suis sollicité par des entreprises qui cherchent à mettre en place des postes pour les travailleurs handicapés. Ils viennent me voir pour avoir des conseils et connaître les marches à suivre", explique Pierre Maly.
 
 

"Ça a changé ma vie"


Parmi les recrutés, Benjamin Bedos, 36 ans. Orienté par l'Adapei, il fait un stage de six mois au restaurant de Trélissac avant de décrocher un CDI dans celui de Bordeaux. Il devient alors barman et serveur.

"Ce travail a changé ma vie. Avant, je ne faisais pas grand-chose de mes journées. Aujourd'hui, je me sens comme un vrai travailleur, avec des droits et des possibilités d'évolution", explique Benjamin Bedos.

Je me sens comme un vrai citoyen français.
Benjamin Bedos

La vie de Benjamin Bedos a changé, le jour où il est devenu barman au Jardin Pêcheur. / © Julie Chapman
La vie de Benjamin Bedos a changé, le jour où il est devenu barman au Jardin Pêcheur. / © Julie Chapman

Aujourd'hui, Benjamin Bedos porte également la casquette de délégué du personnel.

"Mon rôle est de faire en sorte que chaque poste prenne en compte le handicap de chacun et que chacun se sente bien. Car cette entreprise, même si c'est Pierre Maly qui l'a fondé, c'est nous qui maintenons le navire à flot."

Des perspectives d'évolutions, Christelle Lacastaigneratte, employée du restaurant, les a vues se concrétiser. 

"Au départ, mon métier n'était qu'agent d'entretien. Aujourd’hui, je m'occupe aussi d'une partie de l'administratif", explique la jeune femme. 
 

Promouvoir le territoire


Le Jardin Pêcheur Garonne s'inscrit directement dans son univers. Car si le restaurant est solidaire, il est aussi local. Pas de tomate en hiver donc, les menus étant établis par saison. 

"Nous faisons en sorte de proposer des produits issus de producteurs locaux", explique Benjamin Bedos. 

Et pour mieux resserrer les liens de solidarité locale, le Jardin Pêcheur est en relation avec les ESAT de Verdelais, Vimon et Villambis, qui produisent et vendent des vins du château Lescure, mais aussi des graves. La brasserie se tourne aujourd'hui vers d'autres partenariats, avec un ESAT du Lot-et-Garonne qui produit des herbes séchées. 
  

Tournez manège


En mars, date de fin des travaux qui jouxtent l'établissement, le Jardin Pêcheur voit les choses en grand, avec notamment l'arrivée d'un nouveau parking, qui permettra aux clients de se garer aux abords du restaurant. 

"Nous souhaitons installer une terrasse, qui donnera directement sur le jardin public", explique Pierre Maly. Un jardin dans lequel le gérant souhaiterait installer un manège, vieux de 75 ans, entièrement retapé par l'association Club House, qui œuvre pour les personnes handicapées. 

À terme, on aimerait que ce manège puisse permettre à ces jeunes de s'essayer à un emploi à temps partiel.


Loin de vivoter, le restaurant imagine aussi la transformation de son étage, qui accueille aujourd’hui des séminaires et des réceptions, en un "rooftop végétalisé"

"Ce sera un endroit plus propice pour faire un bar à cocktails, avec une ambiance plus festive", imagine le gérant du Jardin Pêcheur. La terrasse devrait ouvrir au printemps prochain.

 

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