Son activité réduite à presque rien à cause de la crise sanitaire, il se tourne vers le RSA

Erick le Levreur n'avait jamais encore fait appel à ce genre d'aide sociale. Pour ne pas sombrer, il n'a pas eu le choix. Comme de nombreux autres auto-entrepreneurs de la région. En Gironde, les bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active ont augmenté de 6% par rapport à 2019. 

Erick le Levreur a perdu 95% de son activité à cause des restrictions liées à la crise sanitaire. Ses recherches d'emploi sur internet restent infructueuses.
Erick le Levreur a perdu 95% de son activité à cause des restrictions liées à la crise sanitaire. Ses recherches d'emploi sur internet restent infructueuses. © F3Aquitaine/M.Pannetrat
Erick le Levreur est comédien, auteur et metteur en scène de théâtre installé à Bourg, au nord de la Gironde. Il anime aussi régulièrement des ateliers pour aider à la prise de parole en public.

Le confinement a stoppé net l'ensemble de ses activités. Et le déconfinement ne lui a pas permis de les reprendre. "La difficulté c'est de redémarrer, les règles sanitaires ne permettent pas d'animer des ateliers et la visio conférence n'est pas possible, j'ai besoin d'être avec les gens. Pour moi c'est un double confinement" se désole le quinquagénaire.

La culpabilité de l'échec


Sous statut d'auto-entrepreneur, il s'est vite retrouvé sans ressource, sans recours possible au chômage partiel ni à l'indemnisation chômage. "Quand vous n'avez plus de rentrée, vous perdez pied, vous perdez l'équilibre, et le plus difficile c'est de ne pas tomber dans le sable mouvant, de ne pas avoir la culpabilité de l'échec. Cet échec, c'est pas vous, c'est la covid".

Erick le Levreur s'est alors décidé à faire les démarches pour demander le RSA. "Ca peut être humiliant quelque part, mais il ne faut pas que ça le soit, c'est un revenu de solidarité active et la solidarité on en a besoin" dit-il, forcé d'assumer un statut provisoire "d'assisté". Il avoue qu'il ne pourrait pas vivre sans ce maigre revenu aujourd'hui.

Un accompagnement pour ne pas rester isolé


Au-delà de l'aspect financier, l'homme apprécie l'accompagnement social. "Il y a des gens à l'écoute et ça c'est très important, pour ne pas rester isolé. Toute personne au RSA a besoin d'un accompagnement personnalisé" témoigne-t-il.

Il reconnaît mieux comprendre, maintenant que cela lui arrive à lui, ce que d'autres peuvent endurer. Il a appris à ne "pas les juger de façon négative". "Il ne faut surtout pas noyer les gens dans une culpabilité qui serait malvenue" affirme-t-il.

Aujourd'hui, il intervient encore à la mission locale de Blaye pour aider les jeunes à préparer des entretiens d'embauche. C'est le seul et unique contrat qu'il lui reste. Quand pourra-t-il relancer les autres et retrouver son indépendance ? La question reste, pour l'heure, sans réponse.

Nos reporters Julie Chapman et Marie Pannetrat sont allées à sa rencontre : 
 
Son activité réduite à presque rien à cause de la crise sanitaire, il se tourne vers le RSA

42 000 bénéficiaires du RSA en Gironde


Comme Erick le Levreur, les nouveaux bénéficiaires du RSA en Gironde, près de 2200 personnes, sont pour la plupart des travailleurs indépendants. 

Le département, qui a en charge le paiement de cette aide sociale, a dû voter une rallonge 10 millions d'euros en septembre pour faire face à l'afflux de demandes.

"Le montant global du RSA pour l'année 2020 est estimé à 252 millions d'euros" annonce Jean-Luc Gleyze, le président socialiste du conseil départemental. Il avoue qu'il sera difficile d'aller au-delà si le gouvernement ne repense pas le financement de cette aide et plus généralement celui des départements. "Nous n'avons quasiment plus de marge d'autonomie fiscale aujourd'hui, il faut envisager une réforme structurelle" affirme t-il.

Quand à la prime de 150 euros plus 100 euros par enfant promise mercredi soir par Emmanuel Macron aux bénéficiaires du RSA, il dit clairement ne pas savoir qui va la payer. "L'Etat va devoir nous accompagner au titre de la solidarité territoiriale". 

Jean-Luc Gleyze, préoccupé par la vague de pauvreté qui envahit la France, "un millions de pauvres supplémentaires en France sont annoncés" veut les "accompagner au mieux pendant cette période critique pour qu'ils puissent vivre au quotidien. Mais nous voulons aussi les aider à retrouver une activité professionnelle à travers d'actions d'insertion". Il s'agit "d'une priorité" pour le président du département.

Il reconnaît toutefois qu'en pleine crise sanitaire la tâche ne sera pas facile . "Il faudra plusieurs mois avant que l'on puisse retrouver une situation à peu près normale".
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
solidarité société coronavirus/covid-19