Squat de la "zone libre" de Cenon : indignation et mobilisation pour héberger les expulsés, la préfète réagit

Le collectif de soutien à la Zone Libre appelle à la mobilisation ce vendredi 12 février dans les deux lieux ouverts aux personnes qui se sont retrouvées sans solution de logement. Le gymnase Barbey et Darwin ont accueilli des dizaines de familles la nuit dernière. Un appel aux dons est lancé. 

Poussettes et valises dans la rue, 11 février 2021. L'évacuation des 300 occupants du squat de la zone livre de Cenon a été opérée "en plein hiver et en pleine pandémie", "une décision ignoble" selon les associations.
Poussettes et valises dans la rue, 11 février 2021. L'évacuation des 300 occupants du squat de la zone livre de Cenon a été opérée "en plein hiver et en pleine pandémie", "une décision ignoble" selon les associations. © France 3 Aquitaine

Sur les 300 personnes évacuées du squat de "la zone libre" jeudi 11 février à 6 heures du matin, seules 58 personnes ont accepté un relogement proposé par l'Etat, selon la préfecture de la Gironde. Un échec pour les associations. Car toutes les autres se sont retrouvées à la rue.

Pas de solution de relogement pérenne pour la majorité des explusés

Jeudi matin, la mairie de Bordeaux a ouvert son Athénée municipal pour accueillir des familles qui s'étaient rassemblées dans le centre de Bordeaux, place Pey-Berland devant la cathédrale. "J'ai pris cette décision dans l'urgence pour les mettre à l'abri en journée", nous explique Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux qui regrette de ne pas avoir été prévenu par la préfecture de cette nouvelle évacuation.
Déjà lundi 8 février, il dit ne pas avoir été mis au courant de l'évacuation du squat de la rue Hortense à Bordeaux. "Ca fait beaucoup de monde à la rue. La mise à l'abri est une compétence de l'Etat, mais pas du ressort du maire même s'il doit être facilitateur", commente Pierre Hurmic qui a également ouvert le gymnase Barbey à Bordeaux pour la nuit de jeudi à vendredi, "une solution qui ne peut être que temporaire car le lieu n'est pas équipé correctement". 

Le gymnase Barbey à Bordeaux a été ouvert pour accueillir les occupants du squat de "la zone libre de Cenon" jeudi 11 février 2021. Une solution d'hébergement temporaire.
Le gymnase Barbey à Bordeaux a été ouvert pour accueillir les occupants du squat de "la zone libre de Cenon" jeudi 11 février 2021. Une solution d'hébergement temporaire. © L.Cagnato

67 lits à Darwin jusqu'à la fin de l'hiver

L'écosytème Darwin, situé sur la rive droite de Bordeaux, a également mis tout en oeuvre pour ouvrir l'un de ses hangars et le chauffer. Dès hier soir, 20 personnes ont pu y dormir et manger un repas chaud. "Nous attendons 50 à 60 personnes de plus aujourd'hui, explique Philippe Barre le fondateur de Darwin. "On va s'organiser pour les accueillir dans de petites chambrées de quatre lits de camp avec couverture, d'un côté les mères et les enfants, de l'autre les papas. Nous avons besoin de rallonges électriques multiprises et de lampes torche. Les blocs sanitaires arrivent ce matin pour leur permettre de se doucher dans de bonnes conditions."

Le reportage de notre équipe >

Squat de la "zone libre" de Cenon : indignation et mobilisation pour héberger les expulsés

Darwin accueille et accompagne déjà une dizaine de famille dans des mobilhomes. Des bénévoles assurent le soutien scolaire pour les efants du Cp au lycée, et des cours d'alphabétisation en français pour les adultes. Les bénévoles sont les bienvenus.

Darwin lance un appel aux dons financiers pour l'hergement des ces familles avec plusieurs enfants en bas-âge. Philippe Barre se dit également choqué par "la brutalité" de l'évacuation du squat de Cenon.

C'était très choquant de voir ces bus qui attendaient les expulsés pour les amener à Limoges ou Angoulême, des villes où ces personnes n'ont aucun contact.

Philippe Barre - Darwin -

De petites chambrées de quatre lits ont été aménagées dans un des hangars de Darwin à Bordeaux.
De petites chambrées de quatre lits ont été aménagées dans un des hangars de Darwin à Bordeaux. © L.Cagnato

"Aucune urgence à évacuer "

L'évacuation du squat de la zone libre de Cenon jeudi 11 février à 6 heures du matin a suscité une vague d'émotion et surtout d'incompréhension parmi les associations, les élus et l'Archevêché de Bordeaux. Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux a trouvé "le moment très inopportun" pour évacuer un squat. 

Il n' y avait aucune urgence à évacuer ce squat en pleine trêve hivernale "sauf à servir les intérêts du promotteur immobilier Pichet dont le projet est de construire des logements avec la bailleur social SA LOGEVIE "(à la place de l'ancienne maison de retraite de Cenon où se situe le squat, ndlr), déplore Philippe Barre de Darwin Solidarités qui lance aussi un appel à la solidarité aux entreprises de la région. "Darwin a ouvert 67 lits en urgence alors d'autres entreprises peuvent le faire aussi !"

Si d'autres entreprises ouvrent leurs lieux et leurs cantines collectives, on pourrait régler le problème en un claquement de doigt ! J'appelle la chambre de commerce de Bordeaux et les instances patronales à travailler avec les associations pour accueillir ces personnes dans un esprit confraternel.

Philippe Barre, Darwin

Dans un communiqué, Jean-Paul James, archevêque de Bordeaux, s'est ému également de cette évacuation. "Ce matin, des familles avec un nombre important d’enfants ont été expulsées du squat dit de « la Zone libre » à Cenon. L’opération se déroule en plein hiver. Que vont devenir ces familles ? Elles avaient au moins un toit. Toutes en auront-elles ces jours-ci ?" 

Hier, la Bordelaise Véronique Fayet, ancienne élue et aujourd'hui présidente nationale du Secours Catholique, avait poussé un coup de gueule. Elle a alerté les ministères sur les conditions d'évacuation du squat de Cenon jeudi matin .  "Des méthodes de cow-boy" a-t-elle dénoncé. 

 

La préfète mise en cause, Fabienne Buccio, a réagi ce vendredi soir sur notre antenne, aux accusations des associations en évoquant de la désinformation et à celles de Véronique Fayet.  "Je crains qu'elle ne fasse une erreur, nous avions une solution pour chaque personne. Un toit sur la tête pour certains, au moins un logement. " Humanité et fermeté ont été mises en oeuvre lors de cette évacuation pour la représentante de l'Etat dans la région.

L'Etat et la république ont fait leur travail.

Fabienne Buccio - Préfète de la région Nouvelle-Aquitaine

 

Fabienne Buccio répond aux critiques

 

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