Une première en France : ils achetaient son vin à des prix "abusivement bas", un viticulteur obtient la condamnation de deux négociants

Ce jeudi 22 février, au tribunal de commerce de Bordeaux, un viticulteur médocain, aujourd'hui à la retraite, a fait condamner deux négociants de vin à une amende de 350 000 euros. Ils étaient accusés d'avoir acheté des tonneaux bien en dessous de ses coûts de production.

C'est une première dans le monde viticole. Rémi Lacombe, viticulteur retraité à Civrac-en-Médoc, s'est retrouvé, ce jeudi 22 février, face à deux grands négociants de vin bordelais, Cordier et Ginestet. Ils ont été condamnés par le tribunal de commerce de Bordeaux à 350 000 euros d'amende pour non-respect de la loi Egalim. Le viticulteur leur reprochait l'achat de son vin à environ 1 200 euros le tonneau durant deux ans, en 2021 et 2022, alors que ses coûts de production avoisinaient les 1 600 euros. "C'est la première marche d'un escalier vers la promotion de nos vins, de la renaissance de nos appellations et de notre âme de viticulteur", réagit le Médocain.

"Une profonde reconnaissance" 

La décision du tribunal de commerce de Bordeaux est inédite. "Cela peut véritablement changer les relations dans le monde viticole", indique Rémi Lacombe, soulagé d'avoir pu faire valoir la loi Egalim, jusqu'ici "inappliquée". "Ça prouve que quand on entreprend quelque chose avec courage, certitude et bonne foi, on peut gagner."

La loi Egalim, promulguée en 2018 et remise au cœur des débats lors des manifestations des agriculteurs, vise à garantir un revenu minimal aux exploitants. "Cette loi est faite pour défendre le revenu des agriculteurs, il était primordial de s'appuyer sur un contexte juridique qui soit incontestable", estime le viticulteur. 

"C'est une très belle décision, réagit, à l'issue de l'audience, son avocat Me Louis Lacamp. On est très contents de cette victoire, puisque c'est la première décision qui affirme qu'un acheteur de produit agricole peut être condamné s'il fait pratiquer un prix abusivement bas."

Le cœur du problème, c'est un partage de la valeur ajoutée dont le viticulteur est le grand perdant.

Rémi Lacombe

viticulteur

"Le contexte actuel est favorable à la loi Egalim, tout le monde en parle alors que ce n'était pas le cas il y a six mois, pointe le viticulteur. Je pense que ça ouvre des opportunités et une oreille attentive au grand public, ce qui est le plus important."

Contexte de crise

Rémi Lacombe a d'abord appris "à déguster et à vendre le vin" avant de le produire. Aujourd'hui, il estime que "de nombreuses choses sont à changer dans la filière". "Des gens sont en train de mourir économiquement et sont dans une situation extrêmement difficile", souligne-t-il.
Ce jeudi 22 février, une soixantaine de viticulteurs menaient des actions dans le sud de la Gironde pour réclamer "de meilleurs prix rémunérateurs"

Avec cette décision, le viticulteur espère bousculer les rapports de force et "faire bouger la filière du vin". "Cette décision va faire jurisprudence, car elle peut donner confiance à d'autres agriculteurs en leur montrant que s'ils agissent, ils peuvent obtenir réparation", confie Me Louis Lacamp.

Les négociants de leur côté disposent de deux mois pour faire appel. Contactés par France 3, ils n'ont pas souhaité donner suite.