La vigne résistante à la sécheresse mais vulnérable au réchauffement climatique

La vigne vulnérable au changement climatique / © CC pixabay
La vigne vulnérable au changement climatique / © CC pixabay

Les vignes résistent à la sécheresse mais sont vulnérables. Un chercheur bordelais publie ces travaux dans la revue Science Advances. Ces résultats pourront être utilisés par les viticulteurs pour piloter les vignobles de demain et notamment y adapter la gestion de l’eau. 

Par CLH avec Agence France Presse

Les vignes sont plus résistantes à la sécheresse qu'estimé révèle une étude dans le Bordelais et la vallée de Napa en Californie. En revanche, elles seront de plus en plus vulnérables au changement climatique qui accroît la fréquence des vagues de chaleur et la diminution des précipitations.
Sylvain Delzon, un scientifique de l'Institut national français de la recherche agronomique à Bordeaux est l'un des co-auteurs de ces travaux publiés le 31 janvier  aux Etats-Unis dans la revue Science Advances.

La vigne a un potentiel de résistance à la sécheresse plus grand qu'on ne le pensait et c'est un message plutôt optimiste" pour l'avenir du vin.

Cette étude, menée entre autres à partir de données portant sur les 15 dernières années, montre qu'il n'y a aucune différence entre plusieurs cépages dans leur résistance physiologique pendant des sécheresses sévères.




S'appuyant sur des observations sur le long terme dans deux des plus grandes régions viticoles mondiales, le Bordelais à Saint-Emilion et la vallée de Napa en Californie, ces chercheurs ont pu pour la première fois déterminer que les vignes n'ont jamais atteint leurs seuils mortels de dysfonctionnement hydraulique.
Ce phénomène se produit quand les tiges des pieds n'arrivent plus à faire circuler la sève dans leur système vasculaire.
Mais, soulignent-ils, la marge de sécurité face à la sécheresse reste faible en juillet.

La transpiration des vignes 

En étudiant la régulation de la transpiration des vignes, première réponse au stress hydrique de plusieurs cépages, dont le Syrah et le Grenache, les auteurs ont démontré qu'elles adoptent le même comportement face au manque d'eau.
Outre une bonne résistance des vaisseaux de la tige à l'embolie vasculaire, ce mécanisme d'adaptation s'explique aussi par une plus grande vulnérabilité des feuilles au dessèchement qui jouent le rôle de fusible. Le scientifique explique :

En perdant ses feuilles, la vigne réduit sa transpiration ce qui empêche la chute de sa capacité hydrique.

Cette étude a aussi permis de mettre en évidence un changement de vulnérabilité des vignes au manque d'eau en été et de voir qu'elles sont plus résistantes après des sécheresses fréquentes et intenses. Sylvain Delzon livre son analyse. 

Les vignes n'ont donc jamais atteint leur seuil de rupture pendant les épisodes de sécheresse du début du siècle, mais le changement climatique va accroître le stress et réduire cette marge de sécurité hydrique.

 

© Pixabay cc
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Dépérissement de la vigne 


Quand ces seuils seront franchis il faudra irriguer. 

Le scientifique de l'Inra précise que dans le Bordelais, l'irrigation est actuellement interdite par le cahier des charges des appellations contrôlées sauf pendant les trois premières années de la plantation.

Un certain stress hydrique est en effet indispensable pour assurer une maturation optimale du raisin et obtenir des vins de qualité, favorisant pour les rouges la synthèse des polyphénols. Précisions de Sylvain Delzon.

Dans le Bordelais certains cépages seront peut-être plus affectés que d'autres et c'est le travail que nous faisons actuellement pour le déterminer. Dans la vallée de Napa, beaucoup plus sèche que la région de Bordeaux, les viticulteurs irriguent déjà leurs vignobles ce qui les rend encore plus vulnérables aux futures sécheresses car leur marge de résistance au manque d'eau est déjà très réduite.

2017 a été la première année au niveau mondial où on a produit moins de vin qu'on en a consommé. Le chercheur ajoute :

Nous sommes déjà dans un contexte où la production de vin, notamment en France, ne cesse d'être affectée par le dépérissement de la vigne.
 

Ce dépérissement du cep de vigne est lié à une multiplicité de facteurs complexes comme des maladies, des pratiques agricoles ou encore la sécheresse liée au changement climatique, note-t-il.
De surcroît, la consommation d'eau dans l'agriculture est énorme et devrait augmenter avec l'accroissement démographique, surtout dans des environnements plus arides.
Ainsi 80% des ressources en eau douce de Californie sont actuellement consacrées aux cultures.
Avec le changement climatique, il est donc encore plus impératif de réduire l'eau utilisée dans les activités agricoles pour assurer une viabilité durable de l'agriculture et ce en développant des cultures plus résistantes à la sécheresse, font valoir les auteurs de ces travaux.







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