Violences conjugales : en Gironde, plus d’appels que de places au foyer d’accueil

Photo d'illustration. / © Tumasu via Pixabay
Photo d'illustration. / © Tumasu via Pixabay

Au lendemain du lancement du Grenelle contre les violences conjugales, Fabienne Buccio, préfète de Gironde, a visité le foyer d’accueil dédié aux femmes battues de Cenon, mercredi 4 septembre. Débordée, l’association refuse 80 % des demandes d’hébergement qui lui sont faites.

Par Jean-Baptiste Arcuset

«  Aujourd’hui, en France, selon le CESE (Conseil économique social et environnemental), il faudrait au minimum six fois plus de moyens pour lutter efficacement contre les violences conjugales » , explique Jean-Louis Roux-Salembien, directeur de l’Apafed (Association pour l’accueil des femmes en difficulté), basé dans l’agglomération bordelaise. « Actuellement, le budget est de 79 millions euros, il faudrait qu’il passe à 500 millions. »

Au lendemain du lancement du Grenelle des violences conjugales, la préfète de Gironde, Fabienne Buccio, est venu visiter le foyer d’accueil dédié aux femmes battues. L’édile a salué la « synergie » des associations, rappelant la nécessité d’agir « dans l’accompagnement des victimes, mais aussi dans leur réinsertion ».
 

Seulement 34 places d'hébergement


Une « synergie » qui ne peut toutefois exister sans moyens, comme le martèle le directeur de l’Afaped, qui attend du grenelle plus d’investissement de la part de l’Etat et des collectivités. « L’année dernière, nous avons été contactés par plus de 1 100 femmes, appels qui ont abouti à 820 demandes d’hébergements. Malheureusement dans 80 % des cas, on répond qu’on est au complet. Nous avons à disposition seulement 34 places d’hébergements. »

 

Tu appelles le 115, y’a pas de place


La difficulté pour se faire aider, Sophie, jeune maman, l’a expérimentée avant de trouver refuge au foyer d’accueil. «  Quand on est à la rue avec des enfants, [l’Afaped] c’est le seul endroit où l’on peut aller. Tu appelles le 115, y’a pas de place. Pendant 4 ans, je suis parti, revenu, parti, revenu. Être ici m’a permis de sortir des violences. »

Depuis le début de l’année, 101 Françaises sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint (dont 5 en Nouvelle-Aquitaine).Selon Eurostat, la France reste l’un des pays d’Europe les plus violents envers les femmes, sans pour autant être à la pointe de la lutte contre les féminicides. L’Espagne s’est doté de tribunaux spécialisés, ainsi que d’un budget de 200 000 euros, en 2018, pour lutter contre les violences de genre.

En France, les mentalités peinent à changer. Pour preuve, la scène surréaliste d’un gendarme aquitain refusant d’aider une femme battue, lors d’une visite d’Emmanuel Macron dans un centre d’appel, mardi 3 septembre. Une enquête administrative a été ouverte.


→ Regardez le reportage d'Elise Galand et Didier Bonnet : 
Violences conjugales : à Cenon, un centre d'hébergement et de mise en sécurité
Intervenants : Sophie, 28 ans, Jean-Louis Roux-Salembien, Directeur de l’Association Pour l’Accueil des Femmes En Difficultés, Véronique Gambard, Association Pour l’Accueil des Femmes En Difficultés Equipe : GALAND Elise, BONNET Didier, DUBOIS Damien

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