"C'est la zizanie dans le village !" Un projet d'élevage de porcs de plein air contesté par des riverains

La petite commune rurale de Porte-de-Benauge dans l'Entre-deux-mers, en Gironde, est agitée par un projet d'élevage de cochons. Des riverains ont créé un collectif et lancé une pétition pour faire capoter le projet. Du côté des agriculteurs, c'est l'incompréhension.

"Je ne veux pas de ce projet, on a peur de ce qui peut arriver". Cédric Duzan, un habitant de Porte-de-Benauge, a lancé une pétition contre un projet d'élevage de porcs en plein air qui, s'il se fait, se situera proche d'un secteur d'habitation et d'une zone classée Natura 2000. 

Non aux cochons

"Je n'ai rien contre l'élevage porcin, c'est l'emplacement qui dérange". Cédric Duzan, charpentier du village, ne voit pas d'un bon œil l'arrivée d'une centaine de porcs près de chez lui. Il habite à trois cents mètres du projet, et il possède aussi une maison de location de deux logements à cinquante mètres. "Ce projet d'élevage bloque notre projet d'agrandissement des locations. Quelle valeur auront ces locations avec des porcs à côté ?", s'interroge-t-il.

Qui dit cochons, dit odeur, nuisances, pollution des sols !

Céric Duzan,

Collectif Oui au Tire Bouchon...NON aux Cochons

Une vingtaine de maisons d'habitations se situent dans le périmètre proche du projet. " C'est un bon projet, mais pas à cet endroit. Les maisons sont là depuis toujours", précise-t-il.

Proche d'une zone Natura 2000

Une pétition en ligne  a recueilli plus de 260 signatures ce mardi 19 mars. "Nous sommes confrontés à un projet qui menace notre cadre de vie : l'installation d'un élevage de plein air de plusieurs centaines de porcs. Les élevages porcins ont des impacts négatifs sur l'environnement : odeurs nauséabondes, pollution de l'eau par les nitrates et phosphates, pollution sonore", ont écrit les signataires de la pétition.

Les opposants dénoncent par ailleurs les conséquences écologiques d'une telle installation. "Les élevages porcins ont des impacts négatifs sur l'environnement (..) notre village abrite une zone Natura 2000 qui a pour objectif la préservation de la biodiversité", écrivent-ils.

Reconversion après arrachage de vignes

"Je ne comprends pas ce vacarme", commente André Faugère, viticulteur à Escoussans, juste à côté de Porte-de-Benauge. Nous l'avions rencontré en juin 2023, en pleine épidémie de mildiou qui a ravagé les vignes girondines. Depuis, le viticulteur a fait une demande d'arrachage "dans les clous" et il a obtenu le feu vert pour couper sept hectares de vignes sur 37 hectares.  Sa reconversion dans l'élevage s'inscrit dans le cadre du dispositif d'arrachage sanitaire des vignes en Gironde, lancé par les services de l'État pour aider la profession en crise. 

Je ne comprends pas ces réactions, le collectif n'est même pas venu nous voir !

André Faugères,

Viticulteur à Escoussans (33)

André Faugère a obtenu la notification d'arrachage de la DDTM (direction départementale des territoires et de la mer de Gironde), il y a dix jours, assure-t-il, et il va arracher ces sept hectares dans les prochains jours. Cette parcelle doit être reconvertie en parcours pour une centaine de cochons, "de l'élevage en plein air intégral" , qui seront abattus à l'abattoir de Bazas et vendu en vente directe.

Projet familial

"C'est le projet de mon fils, Cyril qui a 20 ans et se passionne pour l'élevage. Il est d'ailleurs salarié dans deux exploitations laitières en ce moment. Sur deux autres parcelles, mon fils souhaite aussi cultiver des céréales pour nourrir les bêtes, et faire du fourrage pour la vente" détaille le viticulteur.
Nous avons par ailleurs déposé une demande de permis de construire le 15 janvier pour un bâtiment agricole de 1 545 m² pour stocker la nourriture des animaux, le matériel et le fourrage. Il y aura des panneaux photovoltaïques sur le toit". 

Ce projet est accompagné par la Chambre de l'agriculture de Gironde. "Ce sont les services d'urbanisme de la chambre qui sont venus faire le zonage du parcours et du bâtiment agricole", indique André Faugère.

Pas d'épandage de lisier

Pas de colère dans la voix, Cyril Faugère est surtout dépité, et défend son projet. "Au début, vraiment, ça m'a embêté de me mettre tout le monde à dos. On nous reproche l'odeur, le bruit, le lisier, mais dans le plein air, il n'y a pas d'épandage de lisier, juste les excréments des bêtes, souligne-t-il. 
Il y a une maison qui est proche du projet, mais on n'est pas idiot, les porcs ne seront pas à proximité, ils passeront derrière ! Le maire ne nous a même pas contactés !"
 déplore le jeune éleveur. Dans le contexte de la crise de l'agriculture, l'incompréhension du père et du fils est encore plus grande. 

Au début, je lisais tous les commentaires sur la page Facebook du collectif, mais maintenant, je laisse tomber.

Cyril Faugère

Agriculteur

Du côté de la chambre d'Agriculture de la Gironde, dont l'avis est consultatif, on botte en touche, si l'on peut dire." On est en phase de réflexion, répond Jean-Louis Dubourg, le président de la chambre départementale.
Nous sommes en discussion avec les porteurs de projets, mais c'est encore prématuré pour vous répondre. Il y a en tout cas beaucoup de bruit de part et d’autre sans connaître toutes les informations" , constate-t-il

"C'est la zizanie dans le village"

"C'est la zizanie dans la commune avec ce projet". Eric Guérin, le maire de Porte-de-Benauge, est "tous les jours interpellé" sur le sujet. "À chaque réunion, on me parle que de ça", s'agace-t-il. Mais l'élu se refuse tout autre commentaire. "J'attends de connaître le projet réel et complet. Mais je comprends les riverains qui habitent les six ou sept maisons qui se situent à proximité du projet".

"Aujourd'hui, je n'ai pas de réelles infos et il se raconte des mensonges, donc j'attends la table ronde avec les deux agriculteurs et la chambre de l'Agriculture de Gironde. Il devait y avoir une réunion publique le 6 mars dernier, mais je l'ai annulée".

Les opposants au projet sont désormais en attente d'une réunion publique pour connaître les détails du projet. Aucune nouvelle date n'a encore été fixée par la mairie. Les deux agriculteurs, eux, aimeraient lancer leur projet à l'horizon 2026.