"Cas-contacts" : la CPAM appellera directement les personnes concernées

La Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) a été chargée d'appeller les potentiels cas-contacts, des personnes ayant été en contact avec des malades du Covid. Explications avec Philippe Claussin, directeur de la CPAM de la Gironde.
C'est une mission inédite pour les Caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) : joindre les personnes ayant été en contact avec un malade du Covid-19. Philippe Claussin, directeur de la CPAM Gironde, nous explique comment vont se passer les choses.

"Lorsqu'un médecin constate un cas de Covid-19, il va enregistrer ce qu'on appelle le "patient zéro" dans une base informatique que nous avons développée. Le médecin généraliste ou l'établissement de santé saisira le nom et le prénom du patient ainsi que ses coordonnées téléphoniques, puis nous les transférerons sur une plateforme d'assurance maladie que nous venons de créer. Sur la Gironde par exemple, nous pouvons mettre cent personnes en ligne. Après avoir joint le patient zéro, nos personnels vont être chargés d'appeler les gens proches de cette personne-là, ce que l'on appelle les "cas-contacts". Ils vont donc recevoir un appel de l'assurance maladie pour savoir s'ils sont réellement des cas-contacts, s'ils ont été exposés, etc.. Si c'est le cas, nous leur demanderons de s'isoler et d'aller effectuer un test assez rapidement dans un laboratoire. Sur la Gironde, nous serons en capacité d'accompagner environ cent personnes par jour dans cette démarche."
   

Éviter un nouveau départ

Dans l'éventualité d'un cas-contact avéré, la personne concernée devra donc se confiner pour une période de 14 jours, soit à son domicile, soit dans un hôtel prévu à cet effet. Une mesure prise pour essayer d'éviter un nouveau départ de l'épidémie alors que le déconfinement commence à peine.

"Nous avons un indicateur R0. Ce R0 nous dit qu'une personne malade pendant le confinement contaminait environ 0,6 à 0,7 personnes. Si jamais on passait la barrière symbolique d'une personne malade infectant en moyenne 1,2 ou 1,3 personnes, le gouvernement serait vraisemblablement obligé de reconfiner soit par zone, soit par département, soit par région, soit le pays tout entier. Donc l'objectif de cette démarche est justement de ne pas arriver à ce stade, qui serait à mon avis catastrophique." Une mission nécessaire certes, que des entités autres que la CPAM auraient aussi pu relever. Seulement voilà, crise sanitaire oblige, les administrations sont saturées de travail, et la Caisse primaire d'assurance maladie avait des compétences et des ressources disponibles.

"La première raison, c'est que nous avons l'habitude d'être en relation avec les professionnels libéraux et les assurés sociaux, grâce à notre expérience. La seconde raison, c'est que, du fait du confinement ou du relatif déconfinement, nous avons des activités non-essentielles qui, à l'heure actuelle, ne sont pas remplies. Cela veut dire que nous avons un volant d'effectifs relativement important à mettre en ligne sur ce sujet là. Il n'y avait guère que l'assurance maladie qui pouvait, me semble-t-il, remplir cette mission. Et puis, nous avons aussi la compétence des plateformes téléphoniques, puisque nous en avons qui existaient précédemment. Je pense que ce sont ces raisons qui ont compté, ainsi que notre capacité à mobiliser sur la région : nous avons une capacité d'à peu près 500 personnes en Nouvelle-Aquitaine."
 

Respect des libertés

Reste le problème des libertés individuelles. En effet, selon la méthodologie exposée, les agents de la CPAM vont donc dresser avec les patients zéro des listes de personnes à contacter. Que va-t-il advenir de ces listes, une fois les appels effectués ? Le directeur de la CPAM Gironde se veut rassurant.

"Il n'y a absolument aucune inquiétude à avoir sur ce sujet. Ces fiches n'ont pas vocation à être gardées, bien évidemment. L'objectif est un objectif de santé publique : il s'agit d'inciter les gens à aller se faire dépister à partir du moment où ils sont soit malades soit cas contact et à se confiner pendant 14 jours, soit dans la cellule familiale, soit dans des hôtels, afin que le virus ne se propage pas de façon démesurée dans le pays."

Une mesure qui va donc nécessairement s'appuyer aussi bien sur l'expertise des employés de l'assurance maladie, que sur le civisme de chacun. Le spectre d'un nouveau départ de l'épidémie sera sans doute une motivation supplémentaire...
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société déconfinement