Les médecins de ville en première ligne face au coronavirus en Gironde

Salle d'attente d'un cabinet à Lormont / © A. Gaunelle
Salle d'attente d'un cabinet à Lormont / © A. Gaunelle

Alors que les cas de COVID-19 se multiplient, les médecins de ville s’organisent pour éviter les contaminations dans leurs cabinets et pour suivre les malades à distance malgré le manque de masques et de gel hydroalcoolique.

Par Delphine Roussel

Le virus est dans tous les esprits, pourtant les salles d’attente des cabinets médicaux se sont vidées. Un calme apparent qui cache une activité continue.
Le docteur Arnaud Gaunelle, de la fédération française des médecins généralistes, à Lormont constate le changement de comportement des gens depuis le début de la semaine :

Lundi, mardi, il y avait un vent de panique suite à l’annonce du Président. Les gens ont fait leurs courses et nous avons dû faire face à un afflux de demandes, notamment pour renouveler des traitements, des médicaments. 
Docteur Arnaud Gaunelle

Aujourd’hui, le calme semble revenu dans le cabinet mais le docteur fait face à une activité constante. Il est passé à la télé-consultation pour s’occuper du tout-venant et traite au cas par cas.
© A. Gaunelle
© A. Gaunelle

Une nouvelle organisation

Si de nombreux rendez-vous ont été reportés, certains patients ont besoin d’être auscultés.

Il faut gérer le semi-urgent et continuer de soigner tous ceux qui en ont besoin. 

Chez le docteur Gaunelle, les malades sont répartis différemment dans la journée suivant les symptômes. Le matin, le médecin reçoit tout ce qui est « hors virus » comme les vaccinations, les suivis de grossesse, les fractures… Puis l’après-midi, il s’occupe des cas plus douteux avec fièvre. Ceux qui sont suspectés d’être infectés par le coronavirus doivent se confiner chez eux et s’isoler des autres membres de la famille. Le médecin continue de les suivre par téléphone.

Ailleurs, d’autres médecins ont limité l’accès à leur salle d’attente, mis des séparations de fortune, les patients attendent leur tour à l’extérieur. Les couples sont priés de rentrer séparément attendant dans la voiture.
A la fin de chaque consultation, le matériel est désinfecté. 

Tout prend beaucoup plus de temps. On n' a pas touché terre depuis une semaine. 

Un médecin d'Eysines commence à sentir la fatigue. Car ici, les patients défilent et le matériel de protection n'est pas arrivé.
 

Manque de matériel de protection 

On s'adapte pour se protéger, on a quelques masques, des foulards, on se trimballe le soir avec le matériel dans nos voitures. On doit se déshabiller dans le garage, le mettre à laver... On va tous se le choper !

La colère monte chez cette praticienne d'Eysines qui se sent seule face à la gestion de la crise. Elle ne comprend pas le manque d'anticipation des autorités.

 

Une activité qui monte en charge


Certains médecins, souvent âgés, renoncent au face à face avec les patients par manque de matériel. Ils choisissent de consulter uniquement par téléphone ou télé-consultation et redirigent les malades vers d’autres collègues.
La charge des médecins de ville s’est donc alourdie. Le docteur Gaunelle avertit :

 Il est important de continuer le semi urgent, le Covid-19 ne doit pas occulter les autres pathologies.


L'ordre des médecins de Gironde a par ailleurs demandé aux médecins spécialistes de venir prêter main forte aux généralistes :

Il est indispensable que les médecins des diverses spécialités s’organisent pour être en mesure de répondre aux problèmes urgents, par téléphone d’abord, et par consultation ensuite si cela s’avère nécessaire.

Faute de quoi :
La sécurité des patients est en danger.
Les patients seront inévitablement dirigés vers les services d’urgence qui seront encore plus débordés et dans l’évidente incapacité de répondre.
Le confinement perd tout son sens, et dans ces conditions les médecins deviennent indirectement mais réellement vecteurs de la propagation."

 

Malgré la fatigue, de nombreux médecins resteront joignables ce week-end.
 

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