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Passionnés par la mer, volontaires, et généreux, une quarantaine de  sauveteurs  de la station SNSM du Cap Ferret se relaient pour porter assistance aux bateaux en détresse. 

Compétences

Ce lundi matin, les équipiers de la SNSM de Lège-Cap-Ferret sont au rendez-vous. A dix heures pile, et avec le sourire. Leurs traits sont pourtant un peu fatigués, et pour cause : ils ont sillonné le bassin toute la nuit à la recherche d'un bateau possiblement en feu, signalé par le Sémaphore.

A six heures du matin, Jean-Marc, Dominique, David, Charles et les autres sont rentrés, bredouilles.  Probablement une fausse alerte.
 

Disponibles 365 jours par an

Sortir en mer, secourir les plaisanciers ou les pêcheurs, c'est presque leur quotidien. La station du Cap Ferret est sur le pied de guerre 365 jours par an, 24 heures sur 24.

Lorsque Jean-Marc Dupuch, le président de la SNSM, les appelle, ils se précipitent au port de la Vigne, pour aller secourir le pêcheur, la famille de plaisanciers, ou encore,  le jet-ski en difficulté.

 

© MK / France 3 Aquitaine
© MK / France 3 Aquitaine

 

Des compétences diverses, et complémentaires

 
"J'ai la chance d'avoir, sur cette station, pas mal de compétences diverses. Des pompiers, des mécanos, des bons matelots, des nageurs…, explique Jean-Marc.

 Si nous devons partir pour du secours à personne, je vais prendre surtout des pompiers, qui sont au top du secourisme.

Si c'est une mission de recherche, je prendrai plutôt des marins.
 
Lorsqu'il est alerté, Jean-Marc constitue son équipe en fonction des aptitudes de chacun, mais aussi de leur disponibilité. Car les sauveteurs sont tous bénévoles. Le président de la station a en main leur emploi du temps et leurs disponibilités : le plus souvent, les soirs, week-ends et jours de repos.



 

Lorsqu'ils montent à bord du canot tous temps de la station, il n'y a qu'un patron à bord, et c'est "le patron". Celui qui conduit le bateau, mais aussi prend toutes les décisions à bord.

Il sait de quelle façon intervenir, pour façon à être le plus efficace possible dans l'intervention de sauvetage, sans pour autant mettre en danger la vie de son équipage.

Au Ferret, c'est Dominique Molles, sauveteur depuis une trentaine d'années, qui remplit ce rôle.
 
"Le patron, c'est celui qui a la responsabilité de l'intervention précise Dominique. Juridiquement, c'est lui aussi qui risque d'aller en prison si ça se passe mal !"


 
 
Dominique Molles est le patron du bateau des sauveteurs de Lège-Cap-Ferret / © France 3 Aquitaine
Dominique Molles est le patron du bateau des sauveteurs de Lège-Cap-Ferret / © France 3 Aquitaine

 

Les propos le font sourire, mais les poursuites judiciaires restent une éventualité à laquelle les sauveteurs ferretcapiens se préparent. Ces dernières années, des sauveteurs bénévoles de Bretagne et du Midi ont été poursuivis par des plaisanciers. 
Ces derniers leur reprochaient d'avoir abîmé leur bateau lors d'opérations de remorquage qui faisaient suite à un appel en détresse.


Un plongeur à bord

David Body, lui, est plongeur. Entré à la SNSM "il y a plus de dix ans," David était d'abord équipier, avant de devenir, grâce aux nombreuses formations internes et externes nageur, puis plongeur.
                            
C'est à lui, par exemple, de délivrer les hélices des bateaux bloqués par des bouts, les cordages des bateaux. "On y va à deux, pour scier, découper et retirer les bouts de l'hélice". A lui également de plonger pour rechercher des objets sous l'eau... ou des corps.
 
Ecoutez David Body raconter un sauvetage dans le bassin d'Arcachon

 

De par sa spécialité, la plongée, David, est quant à lui surtout sollicité en hiver, pour venir en aide aux chalutiers et aux pêcheurs.
"L'été, il y a beaucoup de touristes, et la demande change.  Il y a des moyens plus adaptés que notre gros bateau, quand il s'agit par exemple d'aider les gens qui ont oublié de prévoir de l'eau pour leur bébé", explique David qui assure néanmoins que l'ensemble des sauveteurs fait preuve d'une grande compréhension.
On comprend très bien que les touristes puissent faire des erreurs


 

 

"Un monsieur tout maigre, complètement paniqué..."


S'il a effectué des dizaines d'interventions, David Body se souvient notamment d'un sauvetage en particulier, il y a quelques années. "C'était un monsieur un peu perdu, qui était sorti du port de Bayonne avec un voilier qu'il ne maîtrisait pas du tout.
 
"Il est arrivé au niveau des passes du bassin d'Arcachon, et il a voulu rentrer dedans sans rien connaître à la navigation. Est arrivé ce qui devait arriver : il s'est planté avec son bateau".

Une fois la SNSM en route pour le sauvetage, David, le nageur, est le premier à se hisser à bord du voilier. "Le monsieur, tout maigre, était dans sa cabine. Il était en train de se mettre des vêtements, les uns sur les autres, complètement paniqué par les vagues".
 
Et comme ce monsieur était très léger, on a eu de la chance, j'ai pu le porter et le sortir du bateau comme ça.
 
Quelque temps après l'avoir secouru, les équipiers ont pu retrouver le naufragé, en pleine forme. "Il va très bien, c'était juste un monsieur un peu perdu", sourit David.
 
 
Toutes les missions n'ont malheureusement pas la même issue. Et c'est "le plus difficile", concède Jean-Marc Dupuch. "On a parfois des marins décédés, ou des plaisanciers qui se noient en sortie de pêche.
 
Il y a deux ans, cela nous est arrivé, deux fois dans une saison. Trois décès, et des corps qu'on ne récupère pas à chaque fois.
 
Alors que les beaux jours et les plaisanciers arrivent sur les côtes, le président de la station rappelle les conseils de sécurité avant chaque sortie. "Il faut avoir un navire en bon fonctionnement. Se renseigner sur la météo, contacter le Sémaphore".
 

"Le port de la VFI, le gilet de sauvetage est obligatoire après la bouée 6. C'est très important, les enfants doivent également en être équipés"



Ecoutez les conseils de Jean-Marc Dupuch 

 


Le marin rappelle également l'utilité des petites radios VHF. "Ça ne coûte plus grand-chose, et pour le repérage d'un navire, ça nous aide beaucoup".
Sur VHF, le canal d'urgence est le canal 16.
 
Les interventions de secourisme sont centralisées au niveau du  Centre opérationnel de surveillance, basé à Etel en Bretagne, qui ensuite contacte le sémaphore et les sauveteurs. En plus du numéro d'urgence 112, et surtout en l'absence de radio qui reste le moyen prioritaire pour signaler une détresse, enregistrez dans votre téléphone le numéro du Cross : 196





 

© MK / France 3 Aquitaine
© MK / France 3 Aquitaine

 

La fête de la SNSM

Les missions des sauveteurs de Lège-Cap-Ferret sont effectuées à bords d'un canot tous temps. Un bateau trentenaire, équipé en radio, pilote automatique, GPS, compas, radar… Mais ce canot, trentenaire, va devoir être changé d'ici deux ou trois ans.

Cette année, des rassemblements et des appels aux dons sont organisés dans toute la France. A Lège-Cap-Ferret, le rendez-vous est fixé samedi 23 juin, plage du Canon, avec défilé de bateaux et apéro offert par la mairie.

Il est également possible, sur le site de la SNSM, d'effectuer un don en ligne et d'affecter ce don à la station de son choix.


7 000 bénévoles dans toute la France

L'Etat ne finance que 12% du budget des sauveteurs en mer. Comme chaque année, la SNSM, financée à 83% par des donateurs,  en appelle aux dons, de particuliers ou de mécènes, pour lui permettre de former les équipiers, acheter et entretenir le bateau. Des stations comme celle de Lège Cap Ferret, la France en compte 219.  Auxquels s'ajoutent 32 centres de formation et d'intervention. Au total, la SNSM, c'est 7 000 bénévoles, et 6 000 interventions en 2017.