Octobre rose en Gironde : les médecins s'alarment d'une baisse du taux de participation au dépistage du cancer du sein

Alors qu'approche le mois d'octobre, un mois traditionnellement associé à la lutte contre le cancer du sein, les médecins rappellent l'importance du dépistage. Peur du résultat, désertification médicale… de trop nombreuses femmes négligent cette étape, pourtant cruciale dans la prévention.

Est-ce parce qu'ils sont trop répétés, trop abstraits, trop effrayants ? En tout cas les chiffres, édifiants, ne semblent plus suffire à décider les premières concernées à effectuer un dépistage tous les deux ans. Une femme sur huit sera confrontée au cancer du sein au cours de sa vie. Près de 60 000 nouveaux cas sont dépistés chaque année. La maladie reste la première cause de mortalité par cancer chez la femme.

Et pourtant, dans toute la France, le taux de dépistage est en baisse. A l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine, le taux de participation au dépistage organisé a chuté de 6,7 points en 2020, passant de 52,3 % à 45,6 % des femmes concernés, c’est-à-dire âgées de 50 à 74 ans. "Cette baisse représente 240 cancers pour lesquels il existe un risque de retard de dépistage probable en 2020", alerte le Centre régional de coordination des dépistages de cancers.

Perte de chances

"Le but du dépistage, c'est la régularité, rappelle Caroline Tournoux-Facon médecin coordinatrice régionale auprès de ce centre. Un an de décalage pour un dépistage, cela peut faire une grosse différence. Ce ne sera pas le cas pour toutes les femmes concernées, car il existe différents types de cancers. Mais cela entraîne une perte de chance pour certaines d'entre elles".


Certes, le Covid-19 et les confinements successifs ont joué un rôle non-négligeable dans cette baisse de fréquentation des cabinets d'imagerie médicale. Mais la chute du taux de participation avait déjà été remarquée avant la survenue de la crise sanitaire.

Une invitation tous les deux ans

Pourtant, dès le passage des 50 ans, toutes les femmes reçoivent une invitation à se faire dépister. Cette dernière, envoyée par courrier, est renouvelée tous les deux ans. "Pour certaines, le courrier peut être une barrière. D'autres ont des difficultés pour prendre les rendez-vous, sont en situation de handicap, ont peur de l'acte, ou encore, leurs horaires de travail ne correspondent pas avec l'ouverture des centres…", énumère le Dr Tournoux-Facon. 
Autant de freins qui peuvent expliquer ces réticences.

L'influence de la densité médicale

Autre facteur à prendre en compte : la distance entre le domicile des femmes et les centres d'imagerie médicale. En Gironde, de fortes disparités sont observées, en fonction des territoires. Ainsi, le taux de dépistage atteint 59,3% sur les cantons de Créon, ou encore 59,1 % autour de Saint-Médard-en-Jalles. En revanche, il dépasse tout juste 43% le long de l'estuaire de la Garonne ou dans le nord Médoc.
"Les disparités sont aussi liées à la densité médicale, observe le Dr. Catherine Payet, qui coordonne le dépistage dans le département. 
 

Certaines villes ne comptent pas ou très peu de cabinets de radiologie. Pour autant, à l'échelle régionale, notre département est l'un des mieux lotis.

Docteur Catherine Payet - coordination du dépistage en Gironde 

Jusqu'à trente kilomètres aller pour une mammographie

En Gironde, 55 cabinets sont agréés pour la mammographie de dépistage. Ici, les femmes les plus éloignées des centres doivent parcourir environ une trentaine de kilomètres pour se faire dépister. C'est notamment le cas en dessous de Bazas et à la pointe du Médoc. "C'est un parcours à effectuer une fois tous les deux ans, relativise le Dr Payet. Mais on peut comprendre que ce soit problématique pour les personnes qui ne sont pas véhiculées."

Parmi les initiatives mises en place en Nouvelle-Aquitaine, des campagnes de financement de taxi ou de bus pour transporter les femmes éloignées. "Cela n'a pas encore été mis en place en Gironde, précise le docteur Payet. Nous allons d'abord lancer une étude pour savoir si le transport cause réellement un problème dans l'accès aux centres d'imagerie"
En effet, au-delà de ces territoires excentrés, les cantons de Talence, Pessac et Bordeaux, pourtant équipés en imagerie, indiquent également un taux d'activité plus faible.
 

Octobre Rose : un mois pour sensibiliser au cancer du sein >

Convaincre les réfractaires

"Les courriers, et les campagnes comme Octobre Rose permettent de faire une piqûre de rappel pour les femmes qui ont envie de se faire dépister, mais tardent à prendre rendez-vous. Mais cela ne suffira pas pour les personnes les plus réfractaires, reconnaît le Dr Tournoux-Facon. A nous de mener une action de proximité pour expliquer et les accompagner au mieux".

Ces actions de sensibilisation permettent également de libérer la parole dans les familles autour de ce sujet. Et nous devons également beaucoup aux associations qui parviennent à parler de la maladie et du dépistage sans doute plus clairement que nous, sans utiliser un vocabulaire trop scientifique.

Dr Caroline Tournoux-Facon

 

L'objectif affiché du centre de dépistage serait de parvenir à un taux de 70 % . C'est dans ce cadre que du 23 septembre au 31 octobre, des centaines d'ateliers et de manifestations sont organisées sur l'ensemble de la Nouvelle-Aquitaine. 

 

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