Pesticides : deux associations girondines contestent la charte du bien vivre ensemble en consultation

Épandage à 3 mètres à certaines conditions, pas d'information sur la nature du produit ou la vitesse du vent...Alerte pesticides Haute Gironde et Générations futures Bordeaux pointent les limites de la charte du bien-vivre ensemble en Gironde en concertation publique et interpellent la préfecture. 
© Alexandre MARCHI/MaxPPP
Le confinement n'a pas ralenti le calendrier. 

Une charte du bien-vivre ensemble en Gironde est en concertation, depuis le 30 mars et jusqu'au 30 avril. Faute de pouvoir tenir des réunions publiques, le texte est en ligne sur le site de la chambre d'agriculture. Les Girondins sont invités à donner leur avis. 

Prévue par la loi EGALIM du 30 octobre 2018, la charte doit permettre aux utilisateurs de produits phytosanitaires de formaliser leurs engagements à l'échelle départementale. Sujet sensible dans le Bordelais, en particulier, où la viticulture représente l'essentiel de l'agriculture. 

Cyril Giraud, le relais local de Générations futures Bordeaux ne cache pas sa surprise 

Quand on a vu que la consultation était mise en ligne, on est un peu tombé du placard. Le monde entier est à l'arrêt et eux continuent comme si de rien n’était. 

Les associations de défense de l'environnement Alerte Pesticides Haute Gironde et Générations futures Bordeaux regrettent d'avoir été trop tardivement associées à la rédaction du texte :

La chambre d’agriculture n’a pris en compte aucune de nos demandes, et a mis dare-dare en ligne en pleine période de confinement due au COVID-19, une consultation publique (obligatoire), mais qui ne porte pas sur les enjeux de cette charte.


"Faire une charte pour faire respecter la loi : c’est du foutage de Gu..." s'insurge Cyril Giraud. 

On ne peut pas les laisser présenter ce texte comme une avancée. Ils ont fait ce qu’ils voulaient faire.

Le décret du 27 décembre 2019 prévoyait la possibilité de réduire à trois mètres la distance entre les habitations et le champ traité. La charte confirme cette distance mais la conditionne. Les viticulteurs girondins pourront pulvériser à trois mètres s'ils utilisent du matériel le plus performant sur le plan environnemental. 

Les deux associations sont très critiques également sur les engagements des agriculteurs girondins en matière de pratiques plus durables, jugés insuffisants : 

"La vérification du réglage des pulvérisateurs est prévue par la charte une fois par an. Certains professionnels considèrent qu’il faudrait le faire tous les 15 jours.
...
Pour la mesure de la vitesse du vent, nous avons suggéré (comme dans le Limousin) la mise en place de manches à air, qui ont l’avantage d’être également visibles par les riverains et promeneurs. La CA33 a proposé que le professionnel s’équipe d’un anémomètre, que vous ne verrez probablement jamais. "
écrivent-elles dans un guide qu'elles ont mis en ligne. 

Philippe de Guenin, le Directeur régional de l'Alimentation de l'agriculture et de la Forêt de Nouvelle-Aquitaine nuance le propos. La charte girondine engage davantage que celle d'autres départements  et présente selon lui, deux avancées notables : 

  1. l'indication d'une distance minimale ( ce n'était pas le cas avant)
  2. la prévenance : l'exploitant prévient les riverains huit heures avant la pulvérisation sous forme de SMS. 

Enfin, les associations voulaient aller plus loin et obliger le viticulteur  à communiquer le nom du produit phytosanitaire qu'il utilise. 

Le riverain n'a aucun moyen de savoir si c'est du purin d’orties, auquel cas, il n'y a pas de souci, ou si c'est un produit très dangereux associations à 20 mètres.
Cyril Giraud

Des données qui auraient permis, estime-t-il,  d'alimenter une application pour smartphone utile aux promeneurs ou aux riverains. Mais selon Philippe de Guenin, certains agriculteurs indiquent déjà le nom du produit utilisé à leurs riverains mais l'information n'est pas forcément utilisée. Le Directeur régional de l'Alimentation de l'agriculture et de la Forêt de Nouvelle-Aquitaine estime que "la charte est un premier pas. Elle doit inciter les agriculteurs à aller discuter avec leurs voisins pour trouver des accords de gré à gré. Il faut se faire confiance et que le dialogue est eu lieu".  

De leur côté, Alerte Pesticide Haute Gironde et Générations Futures Bordeaux ont décidé de lancer une consultation alternative et ont écrit à Fabienne Buccio,Préfète de Gironde. C'est elle qui doit valider la charte qui s'appliquera ensuite à tous les agriculteurs. 

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