Haute-Vienne : deux chiens s'entraînent à détecter le cancer du sein à l'odorat

Patrick Mairet and son chien Thor, l'un des 2 bergers Malinois dressés pour détecter le cancer du sein. / © AFP
Patrick Mairet and son chien Thor, l'un des 2 bergers Malinois dressés pour détecter le cancer du sein. / © AFP

Thor et Nykios, des bergers malinois âgés de deux ans, ont déjà fait leur rentrée des classes : depuis septembre, les deux chiens, propriété de l'Institut Curie, s'entraînent à détecter le cancer du sein à l'aide de leur seul odorat.

Par BD (avec AFP)

C'est sur un ancien site militaire à Magnac-Laval, en Haute-Vienne, et sous la férule de leur dresseur Jacky Experton, pionnier des techniques cynophiles, que ces chiens s'aventurent "en territoire inconnu" pour le projet Kdog. "Ce type d'étude n'a jamais été mené sur le cas du cancer du sein. Tous les paramètres sont susceptibles de changer au fil de l'étude. Pour l'instant, l'Institut Curie est parti sur six mois de travail. Tout dépendra de la réponse des chiens", résume Jacky Experton.

Dans une ambiance studieuse et tenue secrète, "pour préserver la recherche", Thor et Nykios exécutent chacun quinze passages par jour dans la salle d'examen où les attendent quatre "trompettes", à l'arrière desquelles sont vissés des bocaux contenant des échantillons fournis par l'Institut Curie. "Ils travaillent séparément", insiste Jacky Experton. "Quand ils entrent dans la salle, rien ne doit les distraire de leur parcours".

Raison pour laquelle les chiens n'entrent dans la pièce qu'avec leur dresseur. Passé cette porte, les médias ne sont plus les bienvenus. "Nous sommes heureux de faire partager ce projet, mais nous devons rester prudents. Pour la pérennité de la recherche, rien ne doit polluer le protocole ou les résultats", tranche le dresseur.

Phase de mémorisation


Depuis septembre, les dresseurs sont sur l'étape numéro un : la phase de mémorisation. Nykios est ainsi formé à reconnaître les composés odorants du cancer extraits directement de la tumeur de patientes choisies par les chercheurs et imprégnés sur un tissu duveteux. De son côté, Thor exerce son flair sur des tissus qui n'ont été en contact qu'avec la transpiration issue de la peau du sein de patientes malades. "Pour le chien c'est un jeu: je lui apprends à associer sa récompense à une odeur singulière", précise le dresseur.

Si, d'ici à quatre mois, l'étape de mémorisation se révèle concluante, le "jeu" devrait se corser pour Thor et Nykios, qui devront échanger leur rôle, afin de confirmer l'hypothèse selon laquelle les marqueurs odorants du cancer du sein sont repérables par les chiens, même en quantité faible.

A plus long terme, les promoteurs de cette expérience souhaitent aboutir à un moyen de dépistage du cancer du sein efficace, peu coûteux et mobile, facile à mettre en oeuvre dans des pays sinistrés en matière d'infrastructures et de personnel médical. "En dehors de la dimension humanitaire, qui me tient beaucoup à coeur, c'est aussi l'hypothèse d'un temps précieux gagné sur la maladie qui motive notre travail", conclut Jacky Experton.

C'est en découvrant que des études prometteuses avaient été menées sur les cancers de la prostate à partir des composés odorants laissés par la maladie dans l'urine des patients que Jacky Experton a eu l'idée du projet Kdog. Une étude-pilote réalisée en Autriche avait ainsi suggéré en 2012 que les chiens étaient étonnamment doués pour détecter les cancers du poumon grâce à leur odorat, avec un taux de réussite de 70%.

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