Demandeurs d’asile en zone rurale : dans le Limousin, l’accueil est déjà une réalité

Publié le Mis à jour le
Écrit par Olfa Ayed .

Le chef de l’Etat a annoncé le 15 septembre dernier vouloir intégrer "vite et mieux" en répartissant les demandeurs d'asile en milieu rural. Dans le Limousin, c’est déjà une réalité, comme au centre d’hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile de Peyrat-le-Château.

C’est dans un ancien village vacances d’EDF, situé sur le plateau de Millevaches, que le centre d’hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (Huda) de Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) a pris ses quartiers en 2014. Sur les 20 gîtes qui surplombent la commune,13 sont occupés par des demandeurs d’asile et des réfugiés sur le départ.

Aujourd’hui, une quarantaine y séjourne dans l’attente du traitement de leur dossier. Ils viennent d’Afghanistan, d’Afrique subsaharienne, du Bangladesh. Certains sont Iraniens, Macédoniens ou encore Kurdes.

Parmi eux, Jean-Philippe, venu de Côte-d'Ivoire. Cela fait deux ans et demi qu’il attend le traitement de sa demande d’asile. Si elle est acceptée, il aimerait s’installer à Eymoutiers, là où il a trouvé un travail d’agent d’entretien pour la communauté de communes : "Dans la région, je connais beaucoup d’hommes, d’amis, ceux qui nous aident. Cela fait qu’ils sont devenus comme une famille pour moi. Donc aller plus loin, non je ne veux pas."

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La commune de Peyrat-le-Château accueille depuis 2014 des demandeurs d'asile. ©France Télévisions

Jean-Philippe est l’un des seuls du centre à être embauché. Se rendre au travail est compliqué : aucun bus, aucune navette ne fait le trajet de Peyrat-le-Château jusqu’à Eymoutiers. Pour se rendre sur son lieu d’activité il fait une heure de vélo à l’aller et une heure de vélo au retour. "C’est un peu loin. 12 kilomètres aller, 12 kilomètres retour. C’est vraiment fatigant", confirme-t-il.

Même problème lorsqu'il faut se rendre à Limoges ou Bordeaux pour des consultations médicales ou des rendez-vous administratifs. La seule gare est à Eymoutiers. Parfois, ils doivent s'y rendre à pied depuis Peyrat-le-Château pour prendre le train.

A la différence de Jean-Philippe, la majorité des personnes hébergées ici rejoint finalement une grande ville faute d’équipements suffisants pour réussir son intégration.

Accueil en milieu rural : la mobilité et l'isolement en question

Le problème de la mobilité en milieu rural est majeur pour Dominique Baudemont, maire de Peyrat-le-Château, en charge du centre. "Faire tourner une structure comme ici à Peyrat avec 50 migrants, à une heure de route, au plus proche, de tous les services qui sont nécessaires pour faire tourner le centre : la santé, les documents administratifs, les transports à Bordeaux, les transports à Limoges, c’est très compliqué", explique-t-il.

Les subventions accordées à ces structures d’accueil - 17 euros par jour et par demandeur d’asile - ne sont pas suffisantes face aux réalités des communes rurales. 

L’Etat ne fait pas de différence si vous êtes dans une zone rurale, c’est-à-dire loin de tout, ou à Limoges.

Dominique Baudemont, maire de Peyrat-le-Château

France 3 Nouvelle-Aquitaine

"Les finances qui sont associées à un centre, ce sont des finances déterminées par l’Etat, qui ne fait pas de différences si vous êtes dans une zone rurale, c’est-à-dire loin de tout, ou si vous êtes par exemple pour la Haute-Vienne à Limoges. Sachant que nous, tous les frais de déplacements, de véhicules, d’essence. Tout cela n’est pas pris en compte dans les ressources affectées", explique Dominique Baudemont, maire de Peyrat-le-Château

L’annonce d’Emmanuel Macron sur l’implication des campagnes dans l’accueil des "étrangers" n’est pas un problème, selon Dominique Baudemont. Mais la réalité est, selon lui, moins idyllique face à un monde rural trop isolé. 

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