Le pass sanitaire est-il obligatoire pour les proches des résidents des EHPAD ?

L'extension du pass sanitaire a été adoptée la nuit dernière par le Parlement. Reste une dernière étape, le passage devant le Conseil Constitutionnel. Le pass sanitaire pourrait devenir obligatoire pour rendre visite à un proche en Ehpad à partir du mois d'août.
Illustration application des gestes barrières en EHPAD avec la crise du Covid-19
Illustration application des gestes barrières en EHPAD avec la crise du Covid-19 © AFP Loïc Venance

Ce projet de loi anti-covid, adopté la nuit dernière par le Parlement, prévoit bien l'extension du pass sanitaire aux EHPAD et aux établissements de santé. En clair, tout visiteur de résident d'une maison de retraite devra montrer pâte blanche, c'est à dire son pass sanitaire, son shéma vaccinal complet, un test PCR ou antigénique négatif de moins de 48 heures ou un certificat d'imunité, sauf cas d'urgence.

L'objectif premier est de protéger au maximum les résidents des EHPAD, qui ont été les premières cibles du covid-19 au printemps 2020. Aujourd'hui, en Limousin, 80% des résidents sont vaccinés. Mais la prudence reste donc de rigueur pour le gouvernement. 

Cette décision est accueillie avec quelques bémols dans les établissements concernés. La crainte est avant tout de pénaliser les pensionnaires des maisons de retraite. On se souvient qu'au premier confinement, en mars 2020, plus aucune visite n'était possible. Beaucoup de résidents avaient alors décliné, avaient perdu tous leurs repères sans aucune visite de leurs proches pendant deux mois.

On ne sait pas par quel moyen on va pouvoir exercer ce contrôle du pass sanitaire. Des membres de notre équipe pluri-disciplinaire devront sans doute s'en charger durant la semaine. Mais nous n'avons personne pour assurer les contrôles durant le week-end. Les équipes sont déjà très occupées

Peggy Manard, directrice des EHPAD Claude Madoumier (Aixe-sur-Vienne) et Michel Marquet (Les CARS)

Au niveau de la RGPD, le Réglement Général sur la Protection des Données, cela pose question pour la direction des EHPAD. "Nous allons devoir obliger les visiteurs de nos résidents à nous montrer leur pass sanitaire. Nous n'avons pas le droit d'archiver ce type de papier. Qu'en est-il de notre mission de confidentialité ?" ajoute Peggy Manart.

 

Autre crainte primordial, le durcissement des relations avec les proches des résidents. Le contrôle du pass sanitaire peut potentiellement tendre les relations avec certaines familles. "Parfois certains proches ne respectent pas les gestes barrières. Je suis obligée de les faire sortir de notre établissement. Cela tend les relations. Comment cela va-t'il se passer lors des contrôles du pass sanitaire ? On perd le sens de notre travail. Je suis censée en tant que directrice apporter une qualité de vie à nos pensionnaires. On a plutôt la sensation de survivre en ce moment" assène cette directrice de deux établissements. 

Cette crise sanitaire a aussi un autre impact sur les maisons de retraite. Le manque d'entrée de nouveaux pensionnaires. Les EHPAD ont du mal à trouver de nouveaux candidats. En cause, l'application des gestes barrières au quotidien. L'extension du pass sanitaire aux proches provoque également des craintes à ce sujet.

 

Martial Portefaix, le responsable du CCAS de la ville de Limoges, le Centre Communal d'Action Sociale qui gère quatre EHPAD et trois résidences autonomes, souligne que dès que la vaccination a été possible, beaucoup de familles de résidents ont pu être vaccinées en même temps ou presque. C'est le cas notamment pour les familles des EHPAD du Mas Rome et Marcel Faure. Cette facilité de vaccination pour les familles de résidents de maison de retraite devrait encore perdurer. 

Il serait assez incohérent d'obliger le personnel soignant de nos EHPAD à se faire vacciner et d'être moins exigeant avec les familles de nos pensionnaires. On se souvient très bien des dégâts que la mortalité due au Covid a faite dans ce type d'établisssements

Martial Portefaix, responsable du pôle séniors CCAS de Limoges

 

La couverture vaccinale du personnel de ces quatre Ehpad est aujourd'hui très satisfaisante, à hauteur de 85% contre 57% au niveau national.

Concernant l'organisation au sein même des EHPAD pour le contrôle du pass sanitaire, quand cela sera obligatoire, "il faudra renforcer nos accueils le week-end. Nous ne pouvons pas demander à l'une de nos infirmières d'exercer ce rôle. Elle a bien d'autres choses à faire concernant les soins des résidents" ajoute Guillaume Vidal le directeur du CCAS de la Ville de Limoges. 

 

 

 

 

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