Autoroute A147 Limoges-Poitiers : un projet qui divise

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La concertation publique concernant le projet d’autoroute A147 reliant Limoges à Poitiers est lancée depuis le 4 janvier. Un ouvrage estimé à plus d'1 milliard d'euros avec une mise en service prévue à l'horizon 2030. Dans le monde agricole, les avis sont partagés.

A la sortie de Limoges, des études de sol sur les parcelles de Patrick Bourrat, éleveur et membre de la FDSEA, sont effectuées en vue de construire le premier tronçon de l’autoroute 147. Des terres de part et d’autre du futur axe  routier qui ne seront bientôt plus.  

Je vais perdre une quinzaine d’hectares sur une exploitation de 140, c’est énorme.

Patrick Bourrat, éleveur et membre de la FDSEA.

Pour cet éleveur, la nécessité d’une autoroute pour aller à Poitiers est indéniable. "On a besoin de se déplacer, de routes correctes pour aller dans le nord du département".

En effet, cette nouvelle liaison est-ouest permettrait de gagner 50 minutes sur un aller simple entre Limoges et Poitiers et de désenclaver le nord de la Haute-Vienne.

On peut avoir un bénéfice espéré par l’autoroute en terme de désenclavement du nord de Haute-Vienne et des retombées sur le monde agricole, des retombées aussi bien en amont qu’en aval que pour les exploitants.

Bertrand Venteau, Président de la chambre d’Agriculture.

Désenclaver le département 

Plus concrètement selon Bertrand Venteau, l’autoroute pourrait « amener de l’agro-tourisme, de nouveaux consommateurs et également assurer le maintien d’outils qui existent comme les abattoirs ainsi que le développement de productions agricoles (monogastrique et de volaille) ». « L’autoroute nous permettra de faire venir plus facilement ces nouvelles productions sur le territoire de Haute Vienne, aujourd’hui enclavé ».

L’impact agricole et forestier, sur tout le trajet, serait de 900 hectares. 900 hectares dans un contexte où les terres agricoles deviennent plus rares, surtout autour des villes où la pression foncière s’accentue. Ce qui ne représente pas un obstacle pour Bertrand Venteau.

Ce qui me motive c’est que si on a un projet autoroutier, il va être traité le plus rapidement possible. Cela évite des études à répétition et des impacts. Le dossier va être traité en une seule fois, on serait dans une échéance entre 2030 et 2035.

Bertrand Venteau

Mettre en place un projet autoroutier sans toutefois oublier les agriculteurs.

Le sujet de l’indemnité est essentielle dans le mécanisme qui se met en place. Pour l'instant, le nombre d'agriculteurs qui seront impactés n'est pas connu.

"Il faut qu’à l’arrivée toutes les exploitations concernées de près ou de loin par ce tracé soient indemnisés à leur juste valeur, il faut qu’il y ait de l’aménagement foncier, des restructurations d’exploitation, des regroupements, des facilités d’échanges entre exploitants", soutient Ludovic Beyrand, élu FDSEA, commission foncière départementale.

Personne ne doit être laissé au bord de la route.

Ludovic Beyrand

La confédération paysanne s'interroge

La confédération paysanne elle, est sur la réserve concernant le projet d’autoroute, et ce pour plusieurs raisons, notamment l’artificialisation et le réchauffement climatique.

Des centaines d'hectares vont être goudronnés pour le passage de l’autoroute. Des terres qui sont l’outil de travail des paysans vont être détruites.

Hugo Bourdin, agriculteur, confédération paysanne.

Un doute persiste aussi sur la pertinence de la construction d’une autoroute à l’heure du réchauffement climatique. "C'est un projet anachronique si on veut maintenir le réchauffement climatique sous les deux degrés et assurer une alimentation à la population mondiale", affirme Hugo Bourdin, avant d'ajouter "on a l’impression que le modèle économique dominant continue sa course en avant et que les choses importantes ne sont pas prises en compte".

La question de l'argument économique est dans tous les esprits.

Les études montrent que la plupart des trajets sur la nationale sont des trajets locaux. Alors à quoi bon faire une autoroute payante ? s'interroge Hugo Bourdin.

C’est ce que nous dise les gens du coin, ils utiliseront l’ancienne nationale plutôt que payer 4 euros. On a du mal à entendre l'argument économique, surtout si c’est pour concentrer la richesse sur les grandes métropoles que sont Limoges et Poitiers

Hugo Bourdin

Améliorer la RN147, faire gagner du temps de trajet et baisser la dangerosité, un enjeu réalisable et primordial pour la confédération paysanne, mais sans toutefois  construire une 2x2 voies autoroute concédée tout du long.

La concertation publique s'achèvera le 20 mars 2022. L'Etat devra ensuite décider de l'opportunité du projet. S'ensuivraient une série de nouvelles études techniques et enquêtes publiques jusqu'en 2025.