Bataclan : Raphaël Personnaz joue “Vous n'aurez pas ma haine” à Limoges

Raphaël Personaz joue le rôle d'Antoine Leyris dans "Vous n'aurez pas ma haine". / © France 3 Limousin
Raphaël Personaz joue le rôle d'Antoine Leyris dans "Vous n'aurez pas ma haine". / © France 3 Limousin

Le comédien Raphaël Personnaz, qui a remporté un Molière en 2018, joue "Vous n'aurez pas ma haine" au théâtre de l'Union à Limoges jusqu'à jeudi soir. Une adaptation du livre d'Antoine Leiris, qui a perdu sa compagne lors de l'attentat au Bataclan, le 13 novembre 2015.

Par Victor Lengronne

Raphaël Personnaz fait partie du paysage cinématographique français. Il a joué dans des films comme La Princesse de Montpensier ou Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier, Marius de Daniel Auteuil ou encore Une nouvelle amie de François Ozon. Au total, 35 oeuvres - courts et longs-métrages compris - pour cet acteur de 38 ans qui a, en 2017, signé deux rôles majeurs au théâtre.

D'abord en 2017 avec Scènes de la vie conjugale, mis en scène par Safy Nebbou qui avait déjà fait appel à lui dans Dans les forêts de Sibérie (2016). En novembre 2017, il accepte de jouer dans la pièce Vous n'aurez pas ma haîne, adaptation du témoignage sur Facebook d'Antoine Leiris, qui a perdu sa compagne lors des attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015, devenu un livre, paru chez Fayard.

Raphaël Personnaz, récompensé en 2018 par le Molière du "Seul en scène" pour ce rôle, était l'invité d'Angélique Martinez dans le 12/13. Il se produit à Limoges, au théâtre de l'Union, pour jouer Vous n'aurez pas ma haine (mis en scène par Benjamin Guillard), ce mercredi 4 et jeudi 5 décembre 2019.


Vous avez d'abord refusé de jouer ce rôle avant d'accepter. Pour quelles raisons ?

Plusieurs questions se posaient : celle de la légitimité notamment. Qui suis-je pour porter ce texte devant un public ? Mais à la lecture de ce texte que j'ai trouvé pur et avec une force intrinsèque, je me suis dit que si on restait dans quelque chose d'épuré dans la mise en scène, on pourra atteindre les gens. Et c'est ce qui s'est passé.
 



Vous êtes seul en scène, la mise en scène est sobre...

Le poids des mots suffit pour susciter de l'émotion. C'est ce qui s'est passé à la lecture de ce texte. C'est la force de l'écriture de Leyris : elle suscite des images. On a été abreuvés, saturés de ces images d'attentats. Il ne parle pas de ça mais plutôt de la vie après le Bataclan qui reprend ses droits. C'est un vrai message de vie, l'itinéraire d'un père et de son fils. Et aussi, qui on est face au deuil et à l'absence.
 
Le texte, publié sur Facebook par Antoine Leiris, trois jours après avoir perdu sa femme au Bataclan, le 13 novembre 2015. / © Capture d'écran
Le texte, publié sur Facebook par Antoine Leiris, trois jours après avoir perdu sa femme au Bataclan, le 13 novembre 2015. / © Capture d'écran

Lorsque l'on vous a remis le Molière en 2018, vous avez dit que ce texte était de la poésie face à de la violence et de l'ignorance...

Je pense qu'il est toujours important de rappeler que les mots sont des armes, dérisoires parfois, mais c'est ce que dit Antoine Leiris aussi : l'ignorance a fait des terroristes des êtres prêts à tuer femmes et enfants sans distinction. La culture peut parfois nous sauver. Ce n'est pas la seule réponse, mais ça en est une. 


Le public ne sort pas indemne de cette représentation. Comment vous en sortez-vous ? 

Je n'en sors pas indemne, mais ce n'est que peu de choses. Je dois être le transmetteur d'un texte. Si mon émotion prend le pas sur la transmission, je n'aurais pas réussi. Ce qui est surprenant, c'est que les gens sortent émus mais avec une certaine force qu'Antoine Leiris a réussi à faire passer dans son texte.
 

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