Chauffage : les écoliers ont froid à Limoges, la mairie invite à s'armer de patience le temps que les températures remontent

Publié le Mis à jour le
Écrit par Nassuf Djailani avec Noa Thomas

Les enfants ont eu froid ce lundi matin en arrivant à l'école. Entre 11 et 14 degrés dans les salles de classe de plusieurs établissements limougeauds. Après 15 jours de vacances, Il a fallu un bon moment pour que les salles de classe ne se réchauffent, provoquant la colère des parents d'élèves.

Entre « 11 et 14° » au thermomètre… dans plusieurs écoles de la ville de Limoges. La nouvelle a piqué un peu les parents d’élèves venus déposer leurs enfants ce lundi matin de rentrée scolaire.

Dans les couloirs, la directrice de l’école Léon Blum échange avec une maman à la pause-déjeuner.

« Elle était pas bien tout à l’heure ! », embraye une parent d’élève, bien enveloppée dans une veste marron, sa petite fille affichant une petite moue, accrochée au bras de sa maman.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » s’inquiète la directrice.

« Bah elle avait les mains toutes gelées ! Elle n’a pas très envie de revenir l’après-midi, m’a-t-elle dit. Parce qu’elle avait trop froid », se désole la maman. « Franchement, si ça continue comme ça, les enfants ne voudront pas revenir les autres jours. A 19° c’est juste, mais là à 11, ça ne va pas être possible ! »

Françoise Leyrich, empathique, fait un geste vers l'enfant, elle est directrice de l'école maternelle Léon Blum, mais elle est aussi la maîtresse des tout-petits. Elle tient à nous montrer les indications du thermomètre pour marquer sa détresse et celle de ses élèves.

Une situation récurrente

« On est dans le couloir, et comme vous pouvez le voir, on est à peine à 14° ! On vient de coucher les enfants pour la sieste, donc on les met en tee-shirt-culotte, et on a remarqué qu’il y a des dents qui claquent », se désole la directrice. « Inutile de dire que ce n’est pas très confortable pour les enfants. Et pour le réveil non plus. Sachant que là, on les a mis sous les couvertures, mais au réveil, ils vont être frigorifiés ».

A la sortie, un jeune écolier au bras de son père raconte le même désagrément. « Il faisait un peu froid, oui. Notre maître nous avait dit qu’ils allaient remettre le chauffage le 13 octobre, mais ils ne l’ont toujours pas fait. Et du coup, ils nous ont ramené un chauffage de la Petite section pour qu’on se réchauffe un peu. Mais il n’a même pas marché » regrette l’élève à la sortie des classes.

A deux pas de là, une mère de famille en rajoute une couche. « C’est un peu récurrent, surtout qu’il s’agit d’une vieille école. Le chauffage n’avait pas été déclenché jusqu’à présent. Il n’a pas du tout été remis pour la saison. Donc, ce matin, il faisait un petit 15°, un peu juste quand même. » Cela dit, « je comprends qu’on essaie tous de faire des économies, on essaie d’être solidaire », tempère la maman, « mais pour le confort des enfants, ce serait bien quand même des températures à peu près correctes. Qu’ils le mettent à 19° par exemple », insiste la mère de famille en s’éloignant.

 

Plus loin, une autre maman, très inquiète raconte en attendant de récupérer son enfant. « Je lui ai mis un tee-shirt supplémentaire en dessous du pull, et j’ai rajouté un gilet et une veste, parce qu’il a peur du froid », sourit-elle. « J’aimerais bien qu’ils rallument le chauffage, car mon enfant craint vraiment le froid, surtout qu’il est fragile. Il attrape souvent la grippe, donc j’aimerais bien qu’ils réchauffent les salles de classe au plus vite » exhorte la mère de famille.

Sonnette d’alarme

A l’intérieur, une fois les parents partis, la directrice ne contient pas sa colère, son indignation. «  Le risque, c’est que certains peuvent s’uriner dessus parce qu’ils n’arrivent pas à se retenir, tellement ils ont froid. Ce sont des conditions qui ne sont pas du tout favorables aux apprentissages » dénonce la cheffe d’établissement. « Ils sont obligés de rester habillés avec des gros manteaux. Ce n’est absolument pas possible de travailler pour nous. Les adultes arrivent encore à gérer, mais pour les petits, c’est impossible ! ».

La direction de l'école affirme être en relation avec les services de la mairie, à propos de l’état des locaux. « Car même si on met les chauffages à 18°, on peut avoir l’impression d’avoir des radiateurs parfois brûlants, mais nous avons quand même des températures qui n’excèdent jamais les 18° ! La température ressentie est souvent à 16 ou 17° maximum, parce que c’est une vraie passoire thermique, comme beaucoup de bâtiments, ou d’écoles de la ville de Limoges. C’est vraiment un problème que les parents, les enseignants, souhaiteraient voir évoqué. Et qu’il y ait des améliorations », insiste la directrice.  

Danger pour les enfants en situation de handicap

« Et puis, on accueille des enfants qui sont dans des situations de plus en plus compliquées », alerte la directrice. « Il y a des enfants en inclusion qui ne peuvent pas bouger, qui ont des handicaps. Vraiment, il faudrait que les températures soient au minimum à 18° dans les classes, et pas seulement au radiateur ».

Contactée, la mairie affirme pourtant avoir anticipé durant les vacances.

« Nous l’avons rallumé de manière effective la semaine dernière », argumente Marie-Annick Mazelier, directrice générale des services de la ville de Limoges. « Il faut le temps que le système se mette en chauffe, c’est pas juste tourner un thermostat ou allumer un bouton. C’est un système assez lourd, de régulation qui demande plusieurs jours avant d’être opérationnel. »

Un problème de fond ? 

Selon Pascal Lavigerie, syndicaliste du SNUipp FSU, ce problème ne date pas d’hier, et provient d’un problème de fond : l’état de la soixantaine d’écoles de la ville de Limoges.

« Chaque année, se souvient Pascal Lavigerie, aux premiers frimas, on a toujours des plaintes des collègues qui s'exaspèrent des températures basses. C’est juste ingérable pour travailler sereinement et dans de bonnes conditions. A priori, c’est un problème de bâti. Les écoles de Limoges, sans dire d’âneries, datent pour la plupart des années 70, notamment dans les quartiers. Avec des standards de l’époque au niveau isolation. Donc ce sont des passoires thermiques, je passe sur tous les problématiques des fenêtres qui tombent dans la cour, qui se dégondent ! Il y a un vrai problème de bâti sur la ville de Limoges qui compte beaucoup d’écoles à gérer, il faut le reconnaître ».

Les enfants devront donc rester couverts pour la sieste quelque temps encore. A plus long terme, la municipalité indique prévoir d’important travaux de rénovation dans ses écoles.

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