Coronavirus : pilotes et hôtesses de l’air cloués au sol ou presque…

Des aéroports vides et un ciel quasi vierge de trafic aérien. Pour les personnels d’Air France, cette période de confinement est une période très spéciale. Témoignages. 

Aéroport de Limoges-Bellegarde
Aéroport de Limoges-Bellegarde © France Télévisions
Depuis 17 ans, Christelle est hôtesse de l’air chez Air France sur les vols longs courriers. New-York, Miami, Mexico, Tokyo, l’Afrique du Sud, l’Île Maurice sont les destinations qui rythment la vie professionnelle de cette limougeaude. Des heures et des heures dans le ciel à parcourir le monde. Depuis le 16 mars, elle est clouée au sol, à Limoges :

"Le virus, pour prendre une image, nous a coupé les ailes. C’est dur, car si on a choisi ce métier, c’est justement pour ne pas « être sur terre » et là, on est confiné. D’un autre côté ça permet aussi de recharger les batteries, de se reposer car  même si c’est un métier passionnant, les décalages horaires, les escales à l’hôtel, la gestion des passagers, c’est du boulot !"

Comme Christelle, elles sont en Limousin une dizaine de PNC (personnel navigant commercial) à travailler pour Air France et à se rendre régulièrement aux aéroports de Roissy ou Orly pour embarquer sur leurs vols, beaucoup de salariés de la compagnie habitent d’ailleurs en province.
 

Du personnel volontaire

Malgré cette crise, la compagnie essaye de faire voler ses hôtesses et stewards avec au moins une rotation (un vol aller-retour) par mois. Car il y a toujours des avions dans le ciel : environ 5 % des vols. "Certains d’entre nous sont sur des vols dits de rapatriement des Français et puis il y a toujours des vols internationaux avec des passagers, vers le Japon, l’Afrique, le Brésil. C’est basé sur le volontariat"

En ce moment, 45 000 salariés d’Air France sont en chômage partiel, soit 80 % de ses effectifs. "Le but, c’est aussi pour nous de ne pas perdre nos qualifications de vols, de maintenir nos compétences, car régulièrement, nous sommes, comme les pilotes, formés et contrôlés médicalement ".


Pour la suite, c’est encore le flou. "Les programmes de vols se font un peu au jour le jour. Cela change souvent en fonction des déclarations des gouvernements. On prévoit 30 % de vols en juillet… Ce qui m’inquiète le plus c’est quel sera le comportement, les réactions des passagers. Vont-ils reprendre l’avion rapidement, vouloir voyager à nouveau à l’autre bout du monde ? On portera sûrement des masques, il faudra laisser un siège vacant entre deux personnes… Les Japonais, par exemple, pour les vols sur Tokyo portent très souvent des masques, donc il faudra pour les Français juste s’habituer" raconte Christelle qui n’a qu’une hâte : remettre l’uniforme.
 
© Air France

L’uniforme, Francis ne le porte plus depuis 5 ans. Retraité en Haute-Vienne près de Limoges, ce natif de Saint-Yrieix-la-Perche a fini sa carrière aux commandes de l’A380, le plus gros avion du monde. Il a fait partie de la crème de la crème des pilotes. Il est assez abasourdi de voir les images de tous ces appareils parqués au sol :

Sur l’aéroport de Châteauroux, la compagnie anglaise British Airways, faute de place à Londres, a mis en gardiennage une dizaine de ces A380. Si vous passez le long de l’A20 en voiture vous pourrez peut-être apercevoir ces monstres.
 

Francis nous a mis en contact avec l’un de ses amis encore en activité à Air France, et dont le père, originaire de Dordogne, a piloté le Concorde. Il y a quelques jours, il a réalisé un aller-retour Paris-Los Angeles. Son témoignage est très intéressant sur la situation actuelle dans le ciel mondial, sur son vécu de pilote dans ces conditions exceptionnelles.



"Ce qui se passe en ce moment est étonnant, pour ne pas dire dérangeant, raconte Jean-Philippe commandant de bord instructeur sur Boeing 777, à Air France depuis 30 ans, au retour de mon vol depuis Los Angeles, en arrivant à l’aéroport de Roissy, c’est du jamais  vu. Tous ces avions garés les uns à côté des autres sur les taxi-ways, les bâches sur les réacteurs. D’habitude, les pistes, les halls, les bureaux d’air France ce sont des ruches, les équipages se croisent par centaines. Là, on dirait qu’une bombe atomique est tombée. Tout semble abandonné".
 

Aéroport de Roissy, le 24 mars 2020.
Aéroport de Roissy, le 24 mars 2020. © Thomas SAMSON / AFP



A bord de son gros porteur venant des Etats-Unis, il y avait environ 170 passagers (pour 400 sièges environ). "Quelques Français, que l’on rapatrie, mais surtout une majorité de passagers chinois. Ils sont en correspondance à Roissy, car il y a toujours des vols entre la Chine et la France, mais pas entre la Chine et les USA , donc ils passent par Air France puis ils prennent un avion de la China Airlines. Ils sont masqués, certains portaient même des combinaisons. Toutes les mesures sanitaires, j’insiste, sont respectées. Nous-même, dans le cockpit, nous portons un masque que nous changeons toutes les 4 heures. Donc, pour ce vol de 12 heures nous en avons utilisé trois".

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il y a du trafic aérien entre le reste du monde et les Etats-Unis. "Au-dessus de l’Atlantique, tous les avions que nous croisons sont des « cargos », ils transportent de la marchandise. L’économie internationale, les échanges ne sont pas complètement arrêtés". Jean-Philippe, sur le vol aller entre Paris et Los Angeles, ne transportait aucun passager, mais les soutes étaient pleines de colis.

"Dans le ciel, le trafic est effectivement très très calme. Pour vous donner une idée, à l’aéroport de los Angeles, entre le moment où on a atterri et l’arrivée à la porte de désembarquement, j’ai mis 7 minutes, contre 40 en temps normal. Au décollage record battu : 5 minutes de roule, alors que parfois, on met une heure tellement il y a d’appareils sur les pistes. De mémoire de pilote ça ne m’est jamais arrivé !"
  "Une vérification en milieu de semaine du trafic aérien mondial montre 5 647 vols à suivre https://flightradar24.com . L'année dernière à cette époque, il y avait 17 903 vols en l'air."


La reprise complète du trafic, Jean-Philippe le sait, va prendre beaucoup de temps. Ce sera d’abord le trafic national. Et puis il faut que la flotte soit opérationnelle. "Pour les avions, il y a ce que l’on appelle dans notre jargon du cocooning. Bien qu’ils soient à l’arrêt, on va deux fois par mois, faire tourner les moteurs, et  les avancer un peu pour que le poids sur les roues ne soit pas en permanence au même endroit. Pour les pilotes, il y a l’expérience récente, c’est-à-dire avoir fait au moins 3 atterrissages et décollages en 90 jours.

Vu la durée du confinement, certains d’entre nous qui ne volent pas vont devoir repasser par les simulateurs. Tous les six mois, on repasse aussi une qualification et tous les 12 mois une visite médicale.

Elles seront sans doute décalées de quelques semaines pour ceux qui étaient concernés. Les organismes internationaux du trafic aérien l’ont autorisé "
.

Une chose est sûre, le trafic aérien comme il était avant le l’épidémie, ne devrait, selon des  experts, pas revoir le jour avant 2021, voire 2022 ! Les longues traces blanches qui parfois nous font rêver aux voyages dans le ciel vont encore se faire rares.


 
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