Déconfinement : les indices de la pollution repartent à la hausse en Nouvelle-Aquitaine

La qualité de l'air s'est améliorée pendant le confinement en Nouvelle-Aquitaine. Mais depuis la fin des restrictions de circulation et la reprise des activités humaines, les indicateurs sont certes encore au vert mais cela risque de ne pas durer. Exemple à Limoges. 

© André Abalo - France Télévisions
Quand on se promène nez au vent ce matin dans les rues de Limoges, l’air est bon. Il vente un peu, c’est vrai, mais le soleil est doux. C’est agréable. Ce n’est pas qu’une impression, un ressenti : Atmo Nouvelle-Aquitaine (observatoire régional de la qualité de l’air) l’a d’ailleurs mesuré et confirmé. L’air est  bon , la carte est verte à peu près partout en Nouvelle-Aquitaine. Des cartes interactives sont visibles sur le site de l’organisme.

Pour effectuer ces mesures, il y a neuf stations en Limousin, qui fonctionnent en permanence et dont les relevés sont envoyés dans une base de données commune, à partir desquelles les ingénieurs les exploitent. Ce sont des mesures disponibles au jour le jour, visibles par tous.

Le premier enseignement de ces relevés, c’est que la période du confinement a eu un impact réel sur la qualité de l’air. Le fait que le pays tourne au ralenti avec l’activité industrielle quasi à l’arrêt, avec moins de voitures sur les routes et autoroutes a fait respirer l’environnement.
"Pendant le confinement, explique Perrine Jankowski, ingénieure d'études à Atmo Nouvelle-Aquitaine, les concentrations en Dioxyde d'azote près des axes de circulation routière étaient analogues à celles habituellement mesurées loin de ces axes."
 

Seulement voilà, nous sommes le 26 mai et le bon air s’accommode mal de l’activité humaine. Ce sont les scientifiques qui l’attestent. Depuis le déconfinement, les polluants chimiques sont revenus gâter l’atmosphère.
Justement, ce que l’Atmo a mesuré, ce sont trois polluants chimiques :
"Ce qu’on voit, constate Christelle Bellanger en charge de la communication à l’Atmo, c’est une hausse significative des polluants comme le dioxyde d’azote (d’origine routière). Ça remonte d’ailleurs depuis la dernière semaine de confinement, (semaine du 4 mai), retrouvant les normales de saison, que ce soit à Limoges, Guéret, ou Brive. Ce qui représente 30 % sous les moyennes habituelles."
Avant d’ajouter que "on est encore en dessous des pics de pollutions. D’ailleurs, on s’y attendait un peu, c’est normal puisque la circulation reprend. On a cherché avec notre fédération Atmo France à dissuader les gens de se servir de leurs voitures, mais il faut bien que les gens circulent", concède Christelle Bellanger.

En plus des dioxyde d’azote, il y a un autre polluant que l’Atmo a relevé et qui s’appelle les particules en suspens, parce qu’elles sont suspendues dans l’air. "Leur particularité, c’est qu’elles pénètrent dans nos voix respiratoires. S’agissant de ces particules, depuis la semaine dernière, on est revenu à des niveaux habituels dans les trois départements de l’ex-Limousin", regrette la chargée de communication. Une explication à ce yoyo ? "Ces particules on les a vues moins baisser, parce qu’elles proviennent des chauffages au bois, du travail des sols, des épandages, ou encore des activités industrielles".

"C’est la même chose pour l’ozone, continue la chargée de communication de l’observatoire. Depuis 4 semaines ça augmente, et en ce moment on est au niveau moyen habituel. Ce sont des polluants qui ont des effets sur la santé, mais ce n’est pas suffisant pour dire que c’est alarmant. Nous n’avons pas constaté de pic de pollution sur ces trois polluants".


Des raisons de s’inquiéter ?

Pour le professeur Boris Melloni, spécialiste des maladies respiratoires au CHU de Limoges, "depuis que l’activité reprend, le taux de pollution augmente, c’est évident. Le confinement a fait chuter la pollution de l’air c’est indéniable. J’avais toujours pensé que l’aviation avait joué un grand rôle dans la détérioration de l’air, mais le confinement a cloué tous les appareils au sol, donc ce qu’on peut dire, sans se tromper, c’est que c’est l’automobile qui a dégradé l’air durant cette période. La vertu de tout ça, c’est que la quasi totalité des personnes avec des maladies respiratoires étaient terrés chez elles, donc elles ont été moins victimes de la pollution, mais davantage incommodées par l’angoisse liée au confinement."

Moins il y a de pollution, mieux on se porte


Optimiste, le spécialiste des maladies respiratoires "pense que notre rapport à la voiture va changer. Dès qu’on est empêché de la prendre, la pollution chute, c’est pas sorcier. Mais, hélas le bénéfice tiré du confinement ne va rien changer aux maladies respiratoires..." tempère-t-il.

 

L’autre danger, le pollen

© pixabay


Comme les mauvaises nouvelles ne suffisent pas, même le beau temps qui donne envie de mettre le nez dehors est traître. "Il fait beau aujourd’hui à Limoges, il y a du vent, les conditions idéales pour la propagation du pollen, douche le docteur Melloni. Dans les prochaines semaines on peut s’attendre à une ruée de patients dérangés par le pollen, c’est plus cela qui m’inquiète".
L’observatoire d’ailleurs lui emboîte le pas et affirme d’après leurs études "qu’il y a un risque de pollution maximale, très fort, avec des allergies surtout à cause du pollen de graminées (des herbes qui poussent dans les prairies, sur les bords des routes)". Un fort risque d’allergies est donc à redouter.

A l’observatoire, on conseille "d’éviter de rouler la fenêtre ouverte. d’aérer tôt le matin ou tard le soir", à des moments où la pollution est la moins forte.
"Il faut à tout prix éviter de faire sécher le linge dehors, répète les scientifiques de l’observatoire, car le linge humide fixe le pollen. Si on a été dehors il faut se rincer les cheveux avant d’aller se coucher le soir", répète Christelle Bellanger. "En cas de rhume et d’éternuements, il est recommandé de consulter son médecin. Si on a un traitement, il faut les suivre de très près". "C’est assez habituel les rhume de foin au printemps", tente de relativiser l’observatoire, mais ça plus ça, ça fait beaucoup.

 
Et comme le tableau n’est pas assez noir, l’observatoire n’a pas des nouvelles rassurantes pour la Corrèze. "Pour Brive par exemple, ce mercredi 26 mai, avec cette météo clémente on peut avoir des pollutions à l’ozone parce que quand il fait beau, l’ozone se forme par réaction chimique dans l’air. La qualité de l’air pourrait se dégrader légèrement, notamment à Tulle. On n’est pas au stade d’un pic de pollution mais c’est significatif pour être souligné". Et comme la météo est capricieuse, l’observatoire ne sait pas si ça va se dégrader dans les prochaines semaines.

Pour la Creuse, en revanche, à Guéret, les indices de qualité de l’air du 26 et du 27 mai sont bons.





 
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