Immersion. Une journée dans une école qui accueille des enfants polyhandicapés à Limoges

Dans le cadre de la semaine du handicap qui débute ce lundi 14 novembre, nous avons passé une journée en immersion à l'école Jean Zay de Limoges. Depuis la rentrée de septembre, elle accueille quatre élèves en situation de polyhandicap au sein d'une UEE (unité d'enseignement externalisée). Une richesse à double sens.

Accueillir des enfants polyhandicapés au sein d'une école, c'est un petit défi. Certains sont en fauteuil roulant, ils ne communiquent pas par la parole, ont parfois des déficiences visuelles, des troubles de l'incontinence ou sont alimentés par une sonde.

"Quand l'agence régionale de santé nous a sollicités l'an dernier, car nous étions l'une des rares écoles de plain-pied à Limoges, nous avons eu un peu peur. Peur de l'inconnu. En se lançant dans ce dispositif, nous avions conscience du challenge. Aujourd'hui, ce n'est que du positif", raconte Delphine Schneider, la directrice de l'école Jean Zay.

C'est une richesse énorme, pour tout le monde. Une formidable façon de travailler le handicap à l'école.

Delphine Schneider

Directrice de l'école Jean Zay

Une classe dédiée et des temps d'inclusion

Ouverte à la rentrée de septembre 2022, l'UEE (unité d'enseignement externalisée) de l'école Jean Zay accueille 4 élèves en situation de polyhandicap : Youcef et Paul (7 ans), Eloi et Molly (10 ans). Molly, qui était malade le jour de notre venue, n'est pas sur les photos.

Ils disposent d'un espace dédié : une salle d'activité, une salle de classe et des sanitaires qui ont été spécialement aménagés pendant l'été. Ils y sont accompagnés, toute la journée, par une enseignante spécialisée, Claire Aymard, et une aide médico-psychologique, Karine Nila, qui dépend de l'IEM (institut d'éducation motrice) de Couzeix où sont suivis les quatre jeunes depuis plusieurs années.
Ce dispositif rentre dans le cadre de la scolarisation en établissement médico-social, qui peut se faire en centre (UE) ou de façon externalisée, à l'école, en milieu ordinaire (UEE).

Chaque jour, du personnel paramédical intervient également dans l'unité - ergothérapeute, psychomotricienne et kinésithérapeute - car l'inclusion à l'école ne doit pas faire oublier les séances médicales dont ces enfants ont besoin.

Les enfants de l'UEE partagent des temps avec les autres élèves, lors de la récréation et la cantine, mais aussi au cours d'ateliers communs (chant, lecture) ou activités sportives (parcours de motricité avec les CP en début d'année).
Lors de notre venue, ils ont assisté aux répétitions de "La Marseillaise" par les élèves de CM2 qui allaient participer le lendemain aux commémorations du 11 novembre.

Une journée bien remplie

La journée de Paul, Youcef, Eloi et Molly commence toujours par des petits rituels : qui est là aujourd'hui, quelle est la météo ? Puis viennent les histoires et les comptines illustrées de façon très créative par les deux intervenantes de l'UEE.

Pour chaque élève, un projet personnalisé à six mois a été établi. Avec des objectifs simples : savoir identifier son prénom parmi deux d'ici Noël, suivre une ligne horizontale, reconnaître les formes...

Jusqu'ici, les quatre enfants étaient suivis toute la journée à l'IEM de Couzeix, où les temps d'apprentissage étaient assez limités, 30 minutes de classe par jour, parmi les nombreux rendez-vous médicaux.

"Là, ils sont avec nous toute la journée, c'est plus confortable, on peut avancer à leur rythme. Et socialement, ils évoluent très vite. Paul, par exemple, essaie de faire des sons, de parler, car il entend les autres enfants parler autour de lui, ce qui n'était pas le cas à l'IEM", raconte Claire Aymard, la maîtresse.

Puis vient le temps de la cantine, une autre aventure car il faut y aller en mini-bus adapté aux fauteuils roulants. Karine, l'aide médico-psychologique, accompagne les quatre enfants avec une aide à domicile d'une entreprise privée, également sollicitée. Pour certains, la nourriture doit être mixée.

"Au début, on pensait que ça allait être compliqué, car la cantine est un environnement très bruyant. Mais pas du tout, ils s'y sont vite habitués, et ça fait partie des moments d'échanges avec les autres enfants", raconte Karine Nila.

Une intégration réussie

L'arrivée d'élèves en situation de polyhandicap avait été préparée au sein de l'école. En juin, les 4 enfants de l'IEM étaient venus passer deux journées en immersion. Par la suite, les élèves de l'école avaient été invités à poser toutes les questions qu'ils souhaitaient sur le handicap.

"On a eu un peu peur au début. Mais on nous a expliqué leurs maladies, pourquoi ils étaient comme ça. Et à la rentrée, au bout de quelques jours, ça se passait très bien. C'est un peu difficile pour communiquer car ils ne nous répondent pas, mais en même temps on sait qu'ils nous comprennent", m'ont raconté Léon, Kathleen, Farah et Maël, des élèves de CM2.

Et de fait, les enfant de l'UEE semblent parfaitement intégrés. Dès que la cloche de la récréation résonne, une grappe d'élèves vient spontanément les chercher. Ils prennent des nouvelles, poussent les fauteuils roulants, font des bisous. 

Pour les parents des quatre enfants, ce dispositif est vécu comme une véritable chance.
"Notre fils a l'air très heureux d'être ici, il est toujours content de venir. Il adore le contact avec les autres enfants, ça lui donne confiance", se réjouit Arianne Vedrenne, la maman d'Eloi.

"On le sent épanoui, plus sociable. Plus éveillé et attentif aussi, il progresse plus vite. Pour nous, c'est une fierté, une grande joie, qu'il aille à l'école comme les autres", confie Mohamed Hammoudi, le papa de Youcef.

Une richesse à double sens. Car ici, le handicap est normalisé. Il fait partie du quotidien pour les élèves, les enseignants, les stagiaires de cette école d'application. "C'est du gagnant-gagnant", conclut la directrice de l'école.

Un dispositif nouveau, qui s'avère bénéfique pour tous.

30 UEE en Limousin

A ce jour, il n'existe que deux UEE dédiées au polyhandicap en Limousin : celle de l'école Jean Zay à Limoges, et celle de l'école Louis Pons à Brive, qui a ouvert il y a une dizaine d'années et a servi de référence pour la création de celle de Limoges.

Mais au total, 30 unités d'enseignement externalisées existent en Limousin, dans le premier mais aussi le second degré. Elles concernent d'autres types de handicap : autisme, troubles du comportement... 250 élèves bénéficient de ce dispositif sur l'Académie de Limoges.

Globalement, on dénombre 5056 élèves en situation de handicap en Limousin, en UE (unité d'enseignement), UEE (unité d'enseignement externalisée), ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire) ou accompagnés d'une AESH.

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