Justice : la porcelaine de Limoges doit être faite à Limoges (au pire en Haute-Vienne)

Contestée par le porcelainier Deshoulières, l’Indication Géographique « protégeant » l’appellation Porcelaine de Limoges a été validée par la Cour de Cassation, dans un arrêt en date de ce 14 avril.

"Limoges or not Limoges", l'appellation est protégée  et toute porcelaine ne peut y prétendre... (illustration)
"Limoges or not Limoges", l'appellation est protégée et toute porcelaine ne peut y prétendre... (illustration) © Jean-Martial Jonquard/France Télévisions

Seule la porcelaine fabriquée et décorée à Limoges (en vrai, en Haute-Vienne) peut être estampillée « Porcelaine de Limoges ».

On pourrait croire que c’est enfoncer une porte ouverte… C’est toutefois un arrêt de la Cour de Cassation, en date de ce 14 avril 2021 !
Et à moins d’un jugement au niveau européen, c’est désormais acquis, puisque cet arrêt a valeur de jurisprudence suprême.

Pour qui boit son café, son thé, ou mange, dans la première « porcelaine » suédoise, tunisienne, ou même chinoise (pas d’époque bien sûr) venue, cela ne paraît pas important.
Et pourtant, cela change tout !

Quand on a, en «bon Limougeaud », l’habitude de retourner sa porcelaine, pour voir l’inscription « au cul » qui y figure, le détail est d’importance.
Et ce n’est pas qu’un détail…

Le 1er décembre 2017, l’Institut National de Propriété Industrielle avait validé le statut d’Indication Géographique (IP) pour la porcelaine de Limoges, pour les entreprises respectant un cahier des charges bien précis, en 15 points.

Elle est même devenue la première de ces IP, comptant plus de la moitié des emplois de toutes celles reconnues !

Le porcelainier Deshoulières, aujourd'hui installé dans le Berry, et qui, entre autres, contestait cette IP, a donc été débouté par la chambre commerciale, financière et économique de la Cour de Cassation, qui confirme l’arrêt de la Cour d’Appel de Paris, du 25 septembre 2018, qui reconnaissait lui le « savoir-faire et sa préservation » de la ville et du département en la matière.

On pourrait croire à une querelle de clocher, et/ou de spécialistes (un rien névrosés…).
Mais face aux enjeux et intérêts financiers, il n’en est rien.

Et encore, d’un même bord ou autre, alliés ou non, les différents interlocuteurs peinent à trouver sur ce point un consensus.
Chacun a sa vision, son idée, son intérêt, justement.
Et l’unanimité, voire le sens commun, semblent encore plus fragiles que la porcelaine.

Toutefois, pour Michel Bernardeau, porcelainier et président de l’association de l’IP, c’est « une très bonne nouvelle, qui renforcera nous collectivement ».

Pour Thierry Lachaniette, bien connu dans le monde de la porcelaine, limougeaude et d’ailleurs, également. Encore que la « vraie bonne a été la création de l’IP, qui aurai dû avoir lieu bien avant. En tant que telle, aujourd’hui, elle ne sauvera pas la porcelaine de Limoges. Seuls les gens dynamiques, qui misent sur le luxe et le haut de gamme le feront. Il ne faut pas se leurrer, cette décision mettra juste un petit frein à ceux qui continuent de faire dans le « dégeulasse » (sic !)). ».

Donc, « Le Limoges » doit bien venir de Limoges, ou de la Haute-Vienne.

Mais comme disait Pierre Desproges, « il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre… ».

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