"L'arroseur arrosé" : poursuivi pour abus de confiance aggravé dans un premier procès, il est aussi jugé avec celui qu'il accuse d'escroquerie

Deux affaires étaient jugées ce mercredi matin devant la cour d'appel de Limoges. Deux affaires, mais un protagoniste en commun : Sébastien Buisson. Rejugé en appel pour abus de confiance aggravé dans l'affaire dite des "Nez Rouges" après un vice de procédure, il devait également comparaître dans une affaire rocambolesque de trafic d'influence sur fond de mythomanie.

"Nous sommes en plein dans la métaphore de l'arroseur arrosé."  L'image empruntée par l'avocat général n'est pas galvaudée. Rejugé pour abus de confiance aggravé dans l'affaire dite des "Nez Rouges" (il a été condamné à trois ans et demi de prison ferme en première instance), Sébastien Buisson - absent - aurait dû faire face ce mercredi matin à celui qui l'a lui-même escroqué en lui faisant croire qu'il pouvait lui venir en aide dans ses démêlés judiciaires... contre rémunération.

Une affaire "rocambolesque"

La rencontre entre les deux hommes remonte à janvier 2022, date du procès en première instance de Sébastien Buisson dans l'affaire dite des "Nez Rouges". Dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Limoges à l'époque, un certain Kévin P. est assis dans le public.

À la fin du procès, il se présente à Sébastien Buisson comme "stagiaire d'un magistrat du parquet antiterroriste de Bordeaux". S'ensuit un repas au restaurant au cours duquel Kévin P. aurait alerté Sébastien Buisson d'une nouvelle procédure à son encontre. Paniqué à l'idée de retourner en prison, M. Buisson lui aurait demandé de l'aide.

Dans un échange téléphonique intercepté par les enquêteurs, Kévin P. propose à Sébastien Buisson de passer son dossier à la "broyeuse" contre le versement de 10 000 euros en liquide. Sébastien Buisson consent à lui verser la somme de 3500 euros, pensant être en face du "prochain procureur de la République de Limoges"... Sauf qu'en réalité, Kévin P. n'est ni stagiaire de l'École nationale de la magistrature, ni substitut du procureur. En fait, il n'a aucun lien avec le monde de la justice.

"Quand la mythomanie se conjugue avec l'appât du gain"

Ce titulaire d'un bac pro service à la personne a lui-même un casier judiciaire bien rempli : condamné à Clermont-Ferrand pour avoir mis le feu à l'appartement dans lequel vivait son ex-compagne et ses deux enfants. Le jeune homme est visiblement un as dans l'art du mensonge, se faisant déjà passer pour un pompier volontaire.

Réalisant la supercherie, Sébastien Buisson se rend au commissariat de police de Limoges le 19 juillet 2022 et porte plainte pour "escroquerie"... dévoilant par la même occasion aux policiers avoir tenté de corrompre un magistrat. Sébastien Buisson et Kévin P. sont mis en examen pour trafic d'influence, jugés une première fois en novembre 2022... en l'absence des deux hommes. Quelques jours avant ce premier procès, Kévin P. s'était, en effet, jeté du haut des remparts du jardin de l'Évêché à Limoges. Grièvement blessé, il n'avait pas pu comparaître au tribunal correctionnel. Il avait malgré tout été condamné à douze mois d'emprisonnement en première instance.

Ayant fait appel de cette décision, c'est un homme décrit par son avocat comme "fragile", "isolé" et "dépressif", l'air penaud, qui s'est présenté ce mercredi matin à la barre, présentant ses excuses à la cour... et à Sébastien Buisson. 

"Fascination pour la justice"

Cette affaire en rappelle une autre... toujours avec Sébastien Buisson dans le rôle-titre. En janvier 2021, il s'était fait passer pour un avocat devant le tribunal correctionnel de Cusset dans l'Allier, allant même jusqu'à plaider en robe d'avocat devant des magistrats circonspects. Démasqué à l'issue de sa plaidoirie, il a été condamné à deux ans de prison ferme pour "exercice illégal de la profession d'avocat".

Une fascination pour la justice qui fait dire à l'avocat général : "M Buisson aurait-il trouvé son maître dans l'art de l'escroquerie ?" Dans les deux affaires, le délibéré est attendu le 13 mars.

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