La Limousine, star incontournable du Salon de l’Agriculture

La race Limousine a toujours été chez elle au Salon de l’Agriculture. Le concours général agricole de la race limousine est toujours l’un des évènements marquants du Salon. Née il y a deux siècles, elle est devenue l’une des races plus appréciées par les éleveurs du monde entier.

Cette année encore, les belles rousses jouent les stars au pavillon 1 de la porte de Versailles à Paris.

Et une fois de plus, le concours général agricole de la race limousine est l’un des évènements de cette soixantième édition du Salon International de l’Agriculture.

Ce jeudi 29 février, pendant plus de trois heures, les plus beaux spécimens de la race défilent pour décrocher la reconnaissance de l’excellence dans l'une des sept catégories en lice.

Une quarantaine d’animaux au total, rigoureusement sélectionnés parmi près de 200 candidats, le meilleur des élevages de la race sur le grand ring du hall 1 : quatorze de Haute-Vienne, douze de Corrèze, cinq de Creuse, deux de l’Aveyron, deux de Charente, deux des Hautes-Pyrénées, et un représentant en provenance de Haute-Garonne, du Tarn et de la Vienne.

Star à Paris… et partout dans le monde

Aujourd’hui, la race Limousine est élevée dans 80 départements de France métropolitaine et à La Réunion.

Mais elle est aussi présente dans 80 pays à travers le monde et sur les cinq continents. C’est la race bovine française la plus exportée dans le monde. De la Pampa argentine aux steppes de Mongolie, de la Réunion à l’Australie, le soleil ne se couche plus jamais sur la belle Limousine.

Sa robe rousse étincelante qui se détache sur le vert profond d’une grasse prairie à flanc de colline est devenue l’image emblématique du Limousin. On dirait qu’elle a toujours été là. Elle fait partie du paysage. Elle EST le paysage.

Et pourtant… La Limousine est la fille d’un terroir, mais elle est surtout le fruit du labeur des hommes qui y vivent, le résultat de presque deux siècles d’un long et patient travail d’observation, de soin, de sélection et d’amélioration.

Fille d'un terroir et fruit du travail des hommes qui y vivent

Avant le XVIIIe siècle, on parle peu de la vache Limousine. Pourtant, quelques bœufs de la race alimentent déjà les marchés parisiens. Mais pour l’historien Philippe Grandcoing, qui a rédigé l’ouvrage "La belle Limousine", avant le XIXe siècle, la race n’avait pas trop bonne réputation.

À l’époque, dans les campagnes pauvres du Limousin, la vache et le bœuf étaient des animaux de trait, pas des animaux destinés à produire de la viande.

Si on veut engraisser un bœuf, il faut le mettre à l’étable pendant six mois, et surtout, il faut beaucoup le nourrir. Ce qui veut dire qu’il faut que la ferme ait des excédents pour le donner à ces animaux. Et en Limousin, au début du XIXe siècle, on n’a pas ça.

Philippe Grandcoing

Historien

Ce sont donc de riches propriétaires terriens limousins, curieux et modernistes comme Pierre-Edmond Teisserenc de Bort ou Charles de Léobardy qui vont donner le premier élan à l’amélioration de la race.

Dans leur ferme modèle, où les animaux sont nourris et engraissés dans une organisation moderne et rationnelle, ils vont élever les premiers bovins qui, très vite, vont rafler les médailles dans les concours nationaux, puis internationaux, jusqu’à l’Exposition Universelle de Paris en 1895.

Entre 1830 et 1860, le poids moyen des bovins limousins va être multiplié par deux. Et la réputation de la Limousine ne va plus cesser de s’améliorer.

Peu à peu, la passion pour l’élevage et la sélection des meilleurs animaux va se répandre dans les campagnes et transformer toutes les campagnes du Limousin.

Pendant des décennies, les comices agricoles et les foires vont rythmer la vie des habitants.

À l'époque, il y a une centaine de comices par an. Il y a des concours départementaux, des concours nationaux. C’est vraiment toute une pyramide d’éducation par l’exemple et la récompense. C’est le moment aussi où on expose sa fierté d’avoir de beaux animaux.

Philippe Grandcoing

Historien

Au XXIe siècle, les éleveurs successeurs des pionniers s’appuieront sur leur héritage pour se tourner vers la modernité.

Pour Philippe Babaudou, qui élève 70 vaches sur 100 hectares de prairies au sud de Limoges, "la race Limousine est une race ancienne, mais elle s’est avérée moderne par rapport à l’attente des consommateurs".

Les conditions de l’élevage en Limousin sont finalement des conditions très modernes et en tout cas très adaptées au futur de ce que devrait devenir l’élevage. Les prairies participent à la capture du CO2 de l’atmosphère. On pourrait avoir plus d’animaux qui seront engraissés et finis à l’herbe. Ça peut faire partie des objectifs futurs de sélection de la race Limousine.

Philippe Babaudou

Eleveur de Limousines

 

Aujourd’hui, la race Limousine est clairement entrée dans l’âge de la modernité.

Lanaud, l'"université" de la Limousine

À quelques kilomètres de Limoges, perchés sur une colline, les bâtiments futuristes de la station de Lanaud, imaginés par l’architecte Jean Nouvel, abritent le cœur de la race.

Certains parlent plutôt d'une université où sont rassemblés, observés et sélectionnés les meilleurs animaux. C’est là, aussi, que les éleveurs viennent recruter et acheter les plus beaux reproducteurs qui viendront valoriser leur élevage.

Il y a 1 400 éleveurs adhérents au Herd Book, l’annuaire de la race Limousine. Tous les ans, les 600 meilleurs mâles de la race viennent et sont hébergés ensemble à Lanaud.

Dans les étables, on trouve même des vaches « connectées » équipées de capteurs biologiques.

À Lanaud, on analyse aussi chaque année 10 000 échantillons biologiques pour scruter les belles Limousines jusqu’au cœur de leur ADN.

On utilise cette information de l’ADN pour prédire la valeur génétique de l’animal sur une douzaine de caractères intéressants pour l‘éleveur... On va voir, par exemple, la facilité de naissance ou l’aptitude laitière de la vache… L’idée, c'est que l’éleveur puisse sélectionner ses meilleurs reproducteurs mâles ou femelles pour avoir ensuite une bonne productivité de son troupeau.

Solange Faurisson

Ingénieur société Ingénomix

Quatre fois par an à Lanaud, en public ou en ligne sur internet, les éleveurs du monde entier peuvent comparer et choisir aux enchères les plus beaux animaux.

Aujourd’hui, la Limousine n’est ni la plus grande, ni la plus lourde, mais elle conjugue des qualités maternelles, des facilités d'élevage et des aptitudes bouchères qui en font une race considérée comme l’une des meilleures du monde.