Les lycées limousins, leurs coûts de fonctionnement et la crise de l’énergie

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Face à l’explosion des coûts de l’énergie, et celle de nombreuses matières premières, nos lycées limousins ne peuvent plus suivre avec leurs seuls budgets de fonctionnement. Aides exceptionnelles, rénovation énergétique, traque aux économies : toutes les solutions sont actuellement appliquées et/ou recherchées.

Collectivité de tutelle, c’est la région Nouvelle-Aquitaine qui verse, chaque année, à l’ensemble de ses lycées (296 publics, 176 privés, pour 223 934 lycéens), leur budget de fonctionnement, via la DGF, la Dotation Globale de Fonctionnement.

Pour l’année 2022, elle s’élevait à 69 millions d’euros

La somme n’est pas répartie de la même manière entre les établissements. Le calcul tient compte, entre autres, du nombre d’élèves, de la surface des établissements, et d’autres critères. 

Ainsi, deux exemples en Limousin, où l’on compte 51 établissements pour près de 22 000 lycéens :

  • Le lycée professionnel Edouard Vaillant à Saint-Junien, et ses 330 élèves, a reçu cette année 150 000€.
  • Le lycée Léonard Limosin à Limoges, 950 lycéens, a reçu lui plus de 300 000€ (au seul titre du lycée puisque, cité scolaire comptant également un collège, le Conseil Départemental lui alloue également une somme).

Pour la plus grande partie, ce budget de fonctionnement sert à la "viabilisation" des établissements et, principalement, au règlement des "fluides" (eau, gaz, électricité…). 

Et c’est là que le bât blesse…

L'explosion des coûts

Face à l’explosion des coûts de l’énergie, les budgets 2022 (établis lors du dernier trimestre 2021) se révèlent insuffisants. 

À Léonard Limosin, le proviseur Olivier Guimbaud liste ainsi les augmentations auxquelles son établissement est confronté : +35%, rien qu’au premier semestre, pour l’électricité, +15% au niveau du gaz, +10% sur la restauration, +15% sur maintenance et restauration des bâtiments ! 

Quant aux lycées professionnels, c’est pire. À ces mêmes augmentations s’ajoutent celles de leurs spécificités.

À Edouard Vaillant, en plus des bâtiments, il y a les ateliers à chauffer, et le prix des matières premières d’enseignement a lui aussi explosé.

Dans l’atelier de chaudronnerie par exemple, une plaque de tôle payée en début d’année près de 40€ coûte aujourd’hui 85€ !  

Aussi la Région a voté par deux fois, en avril et en septembre, des aides exceptionnelles, d’un montant de 12 millions d’euros, rien que pour permettre aux établissements de boucler 2022.

La répartition des aides exceptionnelles en Limousin

En Limousin, la répartition est la suivante : 

  • Aides d’avril 2022 :

-  lycée Edmond Perrier à Tulle (19) : 17 673€ 

-  lycée Pierre Bourdan à Guéret (23) : 2 999€ 

-  lycée Limosin à Limoges (87) : 5 203€ 

-  lycée pro. Saint-Exupéry à Limoges (87) : 7 027€ 

-  lycée pro. du Mas-Jambost à Limoges (87) : 2 286€ 

-  lycée pro. Martin Nadaud à Bellac (87) : 3 541€ 

  • Aides de septembre 2022 : 

En Creuse :

- lycée pro. Jean Jaurès à Aubusson : 41 649€ 

- lycée Jean Favard à Guéret : 40 699€

- lycée Raymond Loewy à La Souterraine : 31 516€ 

- lycée pro. Louis-Gaston Roussillat à Saint-Vaury : 31 387€ 

- lycée Alphonse Defumade à Ahun : 16 733€ 

En Corrèze :  

- lycée pro. Bort Artense à Bort-les-Orgues : 90 561€ 

- lycée agricole Edgard Pisani à Naves : 62 542€ 

- lycée agricole Meymac : 47 712€ 

- EREA des Mille Sources à Meymac : 40 544€ 

- lycée Edmond Perrier à Tulle : 24 40€

- lycée agricole Bassaler à Voutezac : 14 977€ 

En Haute-Vienne :

- lycée Paul Eluard à Saint-Junien : 54 427€

- lycée pro. Antoine de Saint-Exupéry à Limoges : 47 094€ 

- lycée agricole André Guillaumin  à Saint-Yrieix-la-Perche : 33 676€ 

- lycée Gay-Lussac à Limoges : 26 254€ 

- lycée professionnel Edouard Vaillant à Saint-Junien : 19 149€ 

- lycée agricole des Vaseix à Verneuil-sur-Vienne : 18 698€ 

- lycée professionnel du Mas-Jambost à Limoges : 14 165€

- lycée Jean Giraudoux à  Bellac : 13 691€ 

- lycée de Magnac-Laval : 8 132€ 

Soit, en six mois, 164 983€ pour 6 établissements  en Creuse, 276 456€ pour 6 établissements en Corrèze et 253 343€ pour 10 établissements en Haute-Vienne. 

Mais pour Andréa Brouille, vice-présidente du Conseil Régional, "ces aides sont exceptionnelles". Certes, il devrait y avoir un effort de fait sur la Dotation Globale de Fonctionnement 2023 (qui sera votée ces jours prochains) et, s’il y en avait encore besoin, "peut-être d’autres aides viendront, mais qui toutefois n’ont aucune vocation à devenir pérennes".

La chasse au gaspi ! 

Alors, d’un côté, les établissements font la chasse au moindre gaspillage. D’abord avec "bon sens", avec des mesures de "père et de mère de famille".

Partout sont demandés des efforts, sur l’extinction systématique des lumières, des ordinateurs, sur l’emploi des matières premières, sur l’élaboration des menus…

Et bien sûr, la baisse de températures des locaux, elle, est déjà appliquée.

À Léonard Limosin, on vise les 19°.

D’une part, parce qu’avec la COVID, et des classes ouvertes en permanence, chauffer à 21° n’aurait aucun sens. D’autre part, selon le proviseur, "parce que la baisse d’un seul degré, c’est déjà près de 15% d’économies de réalisées".

Même la piscine de l’établissement (l’une des deux seules existantes en Nouvelle-Aquitaine) va voir sa température passer de 27° à 25°, seuil qualifié de limite.

 Il faut d'autres mesures, d'autres investissements

D’un autre côté, pour éviter la pérennisation des aides exceptionnelles, la Région veut développer, selon les termes d’Andréa Brouille, "d’autres solutions". 

En 2017, la Région a donc adopté son premier Plan Pluriannuel d’Investissement, réparti sur la période 2016-2021, pour un montant de près de 1,32 milliards d’euros !

Le but : la rénovation, principalement thermique et énergétique des lycées.

Ainsi, le lycée des métiers du bâtiment à Felletin (23) a bénéficié d’une enveloppe de près de 46 millions d’euros.

Actuellement, cinq millions sont investis à Edouard Vaillant, pour la rénovation totale et aux normes actuelles de l’un de ses deux bâtiments, "passoires thermiques des années 70". Philippe Cancé, le proviseur, chiffre à plus de 30% les économies réalisables dans ce nouveau lieu !

Penser l'avenir autrement

Néanmoins, déjà rénovés ou non, il faudra forcément faire plus pour les établissements. 

Et le futur Plan Pluriannuel d’Investissement de la Région (prévu pour 2022-2028, et qui sera voté en fin d’année) portera sur cinq axes principaux : l’amélioration du bâti, la transition écologique, la qualité de vie, l’hébergement, l’évolution de la carte des formations. 

Concernant rénovation du bâti et transition écologique, la nécessité de substituer les énergies fossiles par des énergies décarbonnées prédomine.

Jean-Louis Nembrini, vice-président en charge de l’éducation, plaide pour une autonomie énergétique des établissements, même si elle ne pourra être totale : "près de 80 % des établissements de Nouvelle-Aquitaine sont éligibles à la géothermie. Plusieurs opérations de conversion seront présentées dans le futur PPI". 

Une géothermie qui n’est cependant pas une solution viable en Limousin, puisque la proportion des établissements qui pourrait en bénéficier s’inverse totalement (moins de 10%). 

Aussi, d’autres alternatives sont également recherchées.

Si les panneaux solaires semblent une idée séduisante, leurs coûts et leur fabrication principalement étrangère excluent pour l’instant qu’ils recouvrent les toits de nos établissements.

"Mais pour certains ateliers de lycées professionnels, c’est peut-être une idée à creuser," note Jean-Louis Nembrini.

Pour le reste, pompes à chaleur, utilisation du bois et surtout, raccordement aux réseaux de chaleur à énergies renouvelables sont les principales pistes. 

Autant de pistes, mais les budgets, les plans de développement et les enveloppes exceptionnelles, eux, ne seront pas infinis !

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