Limoges a-t-elle perdu des emplois parce qu'elle n'est plus capitale régionale ?

© Pascal Coussy
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Depuis le 1er janvier 2016, date de la disparition de la région Limousin, son ancienne capitale aurait perdu entre 195 et 245 emplois dans le secteur public ou para-public. Un phénomène qui pourrait se poursuivre pendant plusieurs années.

Par Pascal Coussy

Tout le monde en parle, tout le monde a son idée, mais au fond, personne n’a d’éléments concrets ni de vision globale pour répondre à cette question : combien d’emplois l’ancienne capitale du Limousin a-t-elle perdu deux ans après la création de la Nouvelle Aquitaine ? 

Nous avons donc tenté de relever le défi.

Le chiffre que nous avons obtenu est une fourchette, et pour être rigoureux, plutôt une fourchette basse.
Il est le fruit d’une enquête menée auprès de plusieurs dizaines de sources professionnelles, syndicales ou administratives.

entre 195 et 245 emplois perdus dans le secteur public ou para-public


On est très loin, en tout cas pour l’instant, des milliers d’emplois perdus ou envolés vers Bordeaux annoncés par certains.

Mais on voit aussi que ceux qui annonçaient que la réforme territoriale serait neutre, voir favorable à Limoges en termes d’emplois, ont pêché par optimisme, volontairement ou non.

Les perdants :


Les services de la Préfecture, qui a perdu son statut de préfecture de région, et les anciennes directions régionales des services déconcentrés de l’Etat, parties à Bordeaux ou à Poitiers, sont logiquement les plus touchés.

De source syndicale, la seule préfecture de Limoges aurait perdu 42 postes. Les chiffres officiels évoquent 5 postes.

La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) aurait perdu 4 postes, la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports 13, la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, du Travail et de l'Emploi (DIRECCTE) 14, la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) 38, le Rectorat 1 poste et la Direction des Finances Publiques 10 postes.

Au Conseil Régional, on évoque officiellement 24 postes, mais les syndicats parlent d’une quarantaine.

A la SNCF, une cinquantaine de postes auraient fait les frais de la disparition de la direction régionale.

des dissolutions en douceur ... ou dans la douleur


A l’Agence pour la Formation Professionnelle des Adultes (AFPA), 6 postes auraient été supprimés ou transférés à Bordeaux. Un poste délocalisé dans la capitale girondine également au Conseil Economique Social et Environnemental Régional (CESER) et 2 à France 3.

Pôle Emploi aurait perdu une trentaine de postes dans une ambiance difficile : les syndicats y évoquent des mutations forcées ou "fermement conseillées" et des démissions sous pression.

Cest à la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie (CRCI) que la mutation semble avoir été la plus violente : 14 postes supprimés après sa dissolution avec plusieurs licenciements, des démissions et des contrats non renouvelés.

© Pascal Coussy
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Les épargnés : 


Certains établissements n’ont apparemment pas subi les conséquences de la suppression de la région depuis deux ans en termes d'emplois.

Dans la plupart des cas elles avaient déjà opéré leur réorganisation comme Enedis, GRDF, Orange, le Crédit Agricole, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) ou Groupama.

D’autres ne l'ont pas encore effectuée comme la poste ou la police nationale.

D’autres enfin semblent avoir conservé, pour l'instant, leurs effectifs et une implantation à Limoges.

C'est le cas du Fonds Régional d'Art Contemporain (FRAC), du Centre Régional des Oeuvres Universitaires et Scolaires (CROUS), de l’ONISEP, de l’Agence Régionale de Santé (ARS), du Centre Régional d’Information Jeunesse (CRIJ) ou de l’INSEE.

Des craintes pour l'avenir :


Mais dans de nombreux organismes ou administrations, les postes à vocation régionale ont souvent été déplacés dans les organigrammes.

Il sera donc extrêmement difficile de faire la différence entre ces anciens emplois à vocation régionale et ceux qui seront supprimés dans les années à venir par non renouvèlement dans un cadre plus général d’économies et sans lien officiel avec la réforme territoriale.

Il faudra apprécier les pertes d’effectifs sur plusieurs années.

A Limoges, les inquiétudes sont particulièrement fortes à la Poste et à la SNCF qui devraient encore perdre plusieurs établissements et plusieurs centaines d’emplois selon les syndicats.

des suppressions de postes liées à la réforme territoriale vont se dissoudre dans les non-remplacements effectués après une refonte des organigrammes


Enfin, chaque poste supprimé ou transféré à Bordeaux signifiera souvent la perte d’un couple ou d’une famille pour l’économie, le commerce et les services de l’agglomération de Limoges, avec des conséquences en cascade encore impossibles à chiffrer.

Seules bonnes nouvelles pour l’instant : les chiffres de l’Agence pour l'Emploi des Cadres (APEC) ne montrent pas encore de diminution du nombre de cadres en Limousin.
 
La Direction Régionale de l’Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DRAAF), la seule restée à Limoges, aurait gagné 16 postes.

Et en 2018, la nouvelle Commission du Contentieux du Stationnement Payant devrait recruter 126 emplois. Parmi eux, on retrouvera de nombreux salariés évincés des anciennes directions régionales de l’ancien Limousin.

Quelles conséquences pour l'emploi à Limoges deux ans après la réforme territoriale.
Le 1er janvier 0216 la région Limousin était dissoute au sein de la région Nouvelle-Auqitaine et Limoges perdait son statut de capitale régionale. Deux ans plus tard, Limoges aurait perdu entre 195 et 245 emplois publics ou para-publics. Reportage : Pascal Coussy, Sébastien Passelergue. - France 3 Limousin - Pascal Coussy

 

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