Paris - Limoges en avion : la direction de Chalair réagit après l'annonce du refus de son offre à 12 millions d'euros

Les avions de Chalair ne décolleront plus pour Paris dès le 3 mars. Le syndicat mixte de l'aéroport Limoges-Bellegarde a refusé une offre jugée "trop chère". La compagnie répond qu'elle a perdu au total plus d’1 million d’euros ces dernières années. Réaction de Jérôme Latrasse, directeur général adjoint de la compagnie aérienne.

Le syndicat mixte de l'aéroport Limoges-Bellegarde a retoqué, le 3 février dernier, l'offre de Chalair concernant la Délégation de Service Public sur la ligne Limoges-Paris. La proposition de la compagnie aérienne a été jugée trop chère. Le contrat arrive à échéance le 3 mars prochain. La direction s'explique sur les raisons d'une offre aussi élevée.

Une offre à près de 12 millions d'euros, justifiée ? 

Pour Guillaume Guérin, président (LR) de Limoges Métropole, interrogé le 3 février par Laurence Ragon, cette offre, en hausse de 14 % par rapport au précédent contrat, n'était pas acceptable car "il y a une quasi-situation de monopole. Donc ces gens-là prennent les collectivités territoriales en otage, pratiquent des tarifs extrêmement élevés pour ne pas dire prohibitifs". 

Pour Jérôme Latrasse, directeur général adjoint de la compagnie, ce montant s'explique par de lourdes pertes : "La compagnie Chalair a perdu au total plus d’1 million d’euros net, malgré la subvention sur cette ligne, sur les 4 années d’exploitation."  Pour ce dernier, cette perte n'a pas été compensée. "Heureusement qu'on a d'autres lignes qui fonctionnent un peu moins mal, mais comme toutes les compagnies, nous avons souffert du covid. Je conçois tout à fait qu'ils refusent... Nous ça nous parait extraordinaire ces chiffres aussi, mais il y a un moment où le service n'est pas forcément raisonnable et ils ont tout à fait raison dans ce sens-là. Nous sommes là pour répondre à une demande, donc on répond à la demande. 

Une nouvelle offre sur la table ? 

L'offre de Chalair a donc été rejetée tout comme celle de la compagnie Amélia qui proposait, quant à elle, un montant en hausse de près de 28 millions d'euros.

À l'issue de la réunion du 3 février, le syndicat mixte de l'aéroport Limoges-Bellegarde était donc en recherche de solutions.

Mais à la question : pourriez vous revoir ce prix de 12 millions, la réponse de Chalair est "Non. On a déjà été de notre poche pour plus d'1 million d'euros qui a servi à améliorer le territoire du Limousin, c'est pour cela que ça nous agace un petit peu quand on entend dire qu'on est un peu des malfaisants. Franchement, il y a beaucoup de compagnies qui auraient arrêté avant. Ça a été le cas d'ailleurs dans d'autres territoires où certaines compagnies ne sont pas allées au bout du contrat qui avait été proposé. D'ailleurs, le responsable explique que des aménagements ont été réalisés ces dernières années, avec l'aide et l'accord du syndicat mixte, pour éviter une rupture brutale de la ligne. Les ATR 42, avion plus gros, ont été ainsi remplacés par des 19 places pour pouvoir continuer à apporter le service.

Le directeur adjoint précise que Chalair n'a pas été sollicité pour de nouvelles discussions et ajoute que très peu de compagnies "sont capables de répondre à ce genre de demande de ligne : il faut avoir un certificat de transporteurs aériens et les outils, machines pour pouvoir répondre. 

En revanche, ce dernier se félicite pour l'accord obtenu sur la ligne Limoges- Lyon.

La question du coût 

Pour le directeur adjoint de Chalair, cette proposition financière se justifie notamment par une baisse des passagers, mais également par des coûts qui ont "explosé" : coûts du carburant, taxes en vol, de l'assistance aéroportuaire et de la différence euro/dollar. 

"Quand vous avez une entreprise de bus, celle-ci est payée via un prix fixé, et l'entreprise sait combien elle aura de recettes et de coûts. Nous, on n'est pas sûr du tout, car on n'a pas de recettes garanties. Donc quand le nombre de passagers chute, et c'est ce qu'il s'est passé, ça explique nos pertes. Il faudrait qu'on arrive à diminuer les coûts  : et la solution serait éventuellement de déroger à toutes ces obligations qui consistent à faire un aller-retour matin et soir...  Il y a peut-être des solutions  en allégeant le programme ? Mais nous, nous répondons à ce qu'on nous demande."

Le nombre des passagers peut-il évoluer ? 

La fréquentation de la ligne Paris-Limoges est aussi en cause, puisque chaque jour, les deux allers-retours proposés par la compagnie n'attiraient pas les foules. 

Les politiques interrogés semblent résignés sur la fréquentation de cette ligne : ainsi Jean-Claude Leblois, président (PS) du conseil départemental de Haute-Vienne, explique que "faire voler des avions pratiquement à vide, ça pose question". De son côté, Jean-Louis Pagès, conseiller régional (EELV) de Nouvelle-Aquitaine, explique, à la sortie de la réunion, vouloir "arrêter les frais et mettre tous nos efforts sur le POLT" (ligne ferroviaire Paris - Toulouse, NDLR)

Pour autant, le directeur général adjoint de la compagnie semble avoir une vision différente de la fréquentation : "On oublie les choses très vite, début 2022 on était encore en restrictions covid au niveau des passagers. Je ne vais pas tout dévoiler, mais il semble que dans notre offre, on avait mis un peu plus de passagers."

Les appareils, d'une capacité de 19 passagers, embarquaient en moyenne 6 passagers par vol depuis la crise covid, contre près de 14 passagers en 2019, selon nos informations. Et la reprise du trafic sur ce Paris - Limoges, après covid, s'annonce moins bonne qu'espérée, contrairement à ce qui est observé sur d'autres lignes vers la Province.

Faut-il y voir une volonté des entreprises et des usagers de diminuer leur déplacement en avion, pour des questions environnementales ? En tout cas, si la ligne ferroviaire POLT venait à être modernisée, permettant ainsi de mettre Limoges à moins de trois heures de Paris, l'obligation de service public (la fameuse OSP) de la liaison aérienne pourrait être remise en cause.


Une ligne Paris - Limoges trop chère ? 

La question du prix des billets a également été évoquée dans les discussions. Selon nos observations actuelles, ces tarifs se situent entre 150 et 350 euros aller-retour. Une somme conséquente, mais la compagnie se défend en évoquant des tarifs entre 81 et 103 € HT entre 2019 et 2021. "Ces tarifs ont été récoltés par notre commissaire au compte et ont été validés par l'État, le syndicat mixte et la compagnie avant règlement chaque année de la délégation de service publique. Quand on achète un billet longtemps à l'avance, on le paie moins cher."

Pour autant, reste la question du prix de revient global du billet : Jean-Claude Leblois, président PS du conseil départemental de la Haute-Vienne, explique ainsi :"resteraient 600 à 700 euros à financer par les collectivités alors que l'usager paie 150 euros, donc oui, financer, ce n'est pas acceptable. 

Selon nos informations, l'intervention des collectivités serait en réalité de 360 euros par passagers pour l'offre de Chalair sur un billet moyen de 130 euros. Pourquoi ce décalage dans les chiffres ? Pour le président du conseil général de la Haute-Vienne, cette somme est une projection qui suppose que les objectifs de passagers par trajet soient atteints, et donc que l’avion soit plein. Considérant les projections de la ligne les années passées (peu fréquentées en période covid) et les derniers chiffres de fréquentation connus, on arriverait alors, selon lui, à une estimation qui oscille entre 600 et 700 euros de subventions des collectivités par place. 

  

Une ligne Paris - Limoges défaillante ? 

Sur cette ligne, la question de la ponctualité et de la régularité a été évoquée par le passé.  Guillaume Guérin, président de Limoges Métropole, évoque d'ailleurs une fréquentation en baisse en raison "d'un service rendu pas conforme aux attendus des usagers". Sur ce sujet, Jérôme Latrasse reconnait des dysfonctionnements par le passé, qui auraient été réglés pendant la période covid. La situation de 2019 ne serait plus d'actualité : Sur les deux dernières années, on a eu aucune pénalité pour manque de régularité. Au niveau de la régularité des vols, on a entre 98 et 99 % depuis deux ans. La ponctualité a dû être de 78% à 15 minutes (tous les vols qui partent avec moins de 15 minutes de retard). En 2019, on a eu un problème de dimensionnement, entre temps, on a fait un travail de restructuration pendant la période de covid. Ça nous a permis de nous structurer.