Pénurie de masques au CHRU de Limoges : les soignants en colère, la direction réagit

Les soignants sont inquiets, les syndicats dénoncent la pénurie, une "véritable catastrophe", selon les mots de la délégué CGT du CHRU. Des vols de masques ont été constatés dans plusieurs services. Ce soir, la direction de l'hôpital a décidé de généraliser le port du masque chirurgical.
 

© MAX PPP / L'EST REPUBLICAIN/ Lionel VADAM
Travailler coûte que coûte, mais sans les protections qui apparaissent indispensables aujourd’hui, c’est le quotidien dans des services de l’hôpital de Limoges. Manque de masques et plus généralement d’équipements de protection, Florence Metge, la secrétaire générale CGT au CHU et secrétaire départementale Santé du syndicat ne cache pas sa colère : "C’est une catastrophe. Les masques, il n’y en a pas, il n’y en a pas ! La crise n’est pas gérée, je suis outrée et je suis en colère."
 

On nous dit qu’on va en avoir, mais quand ?


Tous les soirs, les syndicats font le point avec leur direction et font remonter cette même interrogation : "On nous dit qu’on va en avoir, mais quand ? Seuls les collègues qui sont au contact des patients testés positifs au Covid 19 sont équipés, mais combien sont testés ? Aujourd’hui, on met en danger les soignants, car se protéger soi, c’est protéger nos patients, nos collègues, notre famille et plus largement la population. "

"Plus on avance et plus ça devient dramatique, et puis les gens ont peur. Je vous donne un exemple, une soignante est en arrêt maladie car son mari est fragile, ce n’est pas pour elle qu’elle s’inquiète, mais pour lui, elle a peur de le contaminer."
 
La CGT a alerté la direction de l'Agence régionale de santé (ARS Nouvelle-Aquitaine) sur la pénurie de masques.
La CGT a alerté la direction de l'Agence régionale de santé (ARS Nouvelle-Aquitaine) sur la pénurie de masques. © CGT

"Le plan blanc est opérationnel, les collègues sont au travail, il n’y a de toute façon pas de possibilité de droit de retrait. Tout le monde fait face et va continuer à le faire. Mais tout cela n’est pas normal et encore une fois c’est catastrophique. Il faudra ensuite que l’on nous rende des comptes."

Il y a un vrai rationnement des masques


Sur la pénurie d’équipements et de masques, les responsables syndicaux de FO au CHU de Limoges font le même constat : "Effectivement, il y a un vrai rationnement des masques. Nos collègues nous le disent, et à chaque réunion avec la direction, nous évoquons, à nouveau, le sujet".

"Il y a eu des annonces, au niveau du gouvernement, pour les masques, plusieurs annonces, mais sur le terrain c’est autre chose. Nous manquons de masques. Il y a une vrai différence entre ce qu’annonce l’Etat et la réalité, mais malheureusement, dans la fonction publique hospitalière, ont y est habitué. "

Le syndicat explique également que cette situation de pénurie crée des tensions au sein de l’établissement, les masques deviennent des denrées si rares que des soignants dans leurs services les mettent sous clés, car ceux qui en manquent viennent se servir la où il en reste.

 Sur ce point particulier, FO a d’ailleurs posté un message explicite sur internet :
Un des responsables du syndicat FO demande à chacun de revenir à plus de solidarité en dépit de l’évidente  pénurie Il faut qu’on arrive à mieux communiquer entre services, pour apaiser la situation, et il va falloir de la patience. Le gros de la crise est devant nous, il nous faut de l’apaisement, travailler en collaboration et lutter tous ensemble."  

Partout ce manque de masque est une réalité pour les soignants. Sur les réseaux de collègues, les soignants font part de leurs histoires, et partout il est question de vols de masques, dans différents services du CHU, à la clinique des Emailleurs, à l'hôpital de Brive, c'est là un chef de service qui "récupère" des boîtes de masques, là un masque FFP2 mis de côté qui disparaît. Alors pour éviter ces vols, les masques sont mis sous clé dans les services.
A l'hôpital de Limoges, pour éviter les vols, les masques sont mis sous clé.
A l'hôpital de Limoges, pour éviter les vols, les masques sont mis sous clé. © F3

A l'hôpital de St Junien, ce sont des masques en tissu qui sont aujourd'hui utilisés, faute de mieux. A l'hôpital Esquirol, il y a en stock une "toute petite quantité", explique la chargée de communication de l'établissment, "et malheureusement, pas suffisamment pour tout le personnel soignant. Nous avons fait un appel aux dons ce matin à travers les réseaux sociaux, nous sommes en attente de la solidarité de tous."
 
A l'hôpital de St-Junien, faute de mieux, des soignants portent des masques en tissu.
A l'hôpital de St-Junien, faute de mieux, des soignants portent des masques en tissu. © F3

Dans tous les services, la même demande, la même inquiétude : comment ne pas se contaminer et cotaminer les autres ensuite sans protection ?

Ce soir, à 17h, la direction du CHRU de Limoges a décidé de réagir, voici le communiqué qui nous a été transmis :

"Le CHRU de Limoges généralise le port du masque chirurgical à l’ensemble de ses professionnels, quelle que soit la fonction occupée (personnels médicaux, soignants, administratifs, logistiques et techniques), y compris pour les personnels qui ne sont pas en contact avec les patients. Cette décision s’applique à l’ensemble des sites du CHU de Limoges, accueillant des patients et des résidents : Dupuytren 1 et 2, Hôpital Mère Enfant, Centre de biologie, Rebeyrol 1 et 2 et Centre de gérontologie Chastaingt.
Chaque professionnel recevra quotidiennement,  via son encadrement, une dotation en masques nécessaire à son activité. Les secteurs en contact direct avec les patients atteints du Covid-19 bénéficieront d’une dotation complémentaire, en fonction de leurs besoins liés aux soins."
En outre, l’usage des masques FFP2 reste assuré pour les soins à risques respiratoires.
Enfin, le CHU rappelle au civisme de chacun. Les masques sont un bien collectif, indispensable à la protection des professionnels et des patients."


Pour le personnel de l'hôpital, la solution tant attendue vient donc de tomber. D'autres professionnels sont maintenant en attente pour également avoir de quoi se protéger et protéger les autres, notamment les infirmières et infirmiers libéraux ou pour la HAD, l'hospitalisation à domicile.



 
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