Plusieurs milliards de mètres cubes perdus chaque année : ne pas gaspiller les eaux de pluie, un enjeu écologique pour les villes

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Face aux orages, sécheresses et autres aléas liés au réchauffement climatique, la gestion des eaux pluviales est un enjeu important. Un plan d'action national existe depuis 2021, mais le sol des villes reste trop imperméable. ©France 3 Limousin

Moins de bitume, plus de verdure... Pour mieux faire face aux aléas climatiques (orages, sécheresses), les experts recommandent aujourd'hui aux villes de ne plus évacuer les eaux de pluie par des réseaux enterrés, mais de les laisser s’infiltrer dans le sol. Exemple à Limoges.

Aujourd’hui, lorsqu’il pleut en ville, la plupart du temps cette eau stagne, s’évapore ou disparaît dans les bouches d’égout. Plusieurs milliards de mètres cubes se perdent ainsi chaque année, de l’eau pourtant précieuse. 

Dans un contexte où moins de 1% de l’eau douce présente sur terre est exploitable pour la consommation humaine, les milliards de m3 d’eaux de pluies reçues chaque année sur des territoires imperméabilisés constituent plus que jamais une ressource à préserver.

Bérangère Abba, ex-secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique, en novembre 2021.

Des pertes et des inondations

En Haute-Vienne, Limoges est un exemple parmi tant d’autres : la plupart des sols de la ville sont trop imperméables, selon Cyril Gachelin, expert en gestion des eaux pluviales à l’Office International de l’Eau : « On voit des immenses parkings 100% bétonnés et donc toute l’eau qui tombe sur ces parkings n’a pas d’autre choix que de ruisseler. Rien ne s’infiltre ». Résultat, lors d’orages ou de fortes précipitations (épisodes multipliés par le réchauffement climatique), les inondations sont plus en plus fréquentes.

Risque pour l'environnement

Quant aux eaux qui parviennent à être évacuées par les égouts, elles se retrouvent directement dans la Vienne. Ce qui n’est pas sans problème pour l’environnement.

Lors de fortes pluies, des quantités de polluants importants et qui ne sont absolument pas traités sont directement renvoyés dans la Vienne.

Cyril Gachelin, expert en gestion des eaux pluviales à l’Office International de l’Eau.

Pour tenter d'améliorer cette prise en charge, un plan d’action national pour une gestion durable des eaux pluviales a été lancé en 2021. Il prévoit sur quatre ans d’informer et d’aider les collectivités à mieux gérer et préserver les eaux de pluie.

En Haute-Vienne, l’Office International de l’Eau va dans le même sens. Cyril Gachelin incite ainsi les entreprises et les collectivités à adopter la gestion intégrée, c’est-à-dire sans canalisation. Pour cela, il existe différentes parades : des revêtements spéciaux non imperméables, des parkings végétalisés ou des espaces d’absorption végétalisés : « Ces espaces permettent à la fois de stocker cette eau lors de gros orages, de l’infiltrer au maximum et de la mettre à disposition de la végétation pour qu’elle soit évapo-transpirée dans l’air », poursuit le spécialiste.

Des plans et des réflexions en cours

À Limoges, la gestion des eaux pluviales est assurée par la communauté urbaine Limoges métropole.

Contrairement à certaines grandes villes, l’agglomération n’a, pour l’instant, pas encore fixé les objectifs de son plan de désimperméabilisation des sols. Les études sont en cours, nous explique Philippe Janicot, maire de Boisseuil, vice-président de Limoges Métropole en charge du cycle de l'eau et de la qualité. Créer un plan de désimperméabilisation du sol (quand cela est possible) est une obligation prévue par la loi, mais "c'est un sujet récent qui est long et qui demande beaucoup d'études, de budgétisation et de devis."

L'élu évoque les difficultés engendrées par le réseau existant, un réseau unitaire, mais aussi par l'absence de données. Un état des lieux est en cours pour déterminer le schéma actuel du réseau d'eau : "Cela peut paraître étonnant, mais il n'existait pas de schéma directeur de gestion des eaux pluviales, donc on a embauché des personnes, créer un service pour ça. Il nous faudra un an de travail." Ce schéma permettra, à termes, de définir les politiques d'action et de séparer les réseaux (eaux pluviales et eaux usées).  

Certaines expérimentations et actions ponctuelles ont eu lieu comme une désimperméabilisation de la place du centre-ville de Chaptelat ou la création ancienne d'un bassin de régulation à Limoges dans le secteur des Casseaux. Il permet de stocker les eaux en cas de grosses pluies pour une redistribution après l'évènement climatique. 

Pour Philippe Janicot, un projet important va permettre de faire évoluer le paysage urbain dans les mois à venir : le BHNS, Bus à Haut Niveau de Service qui prend intégralement en compte la gestion des eaux pluviales. "On va intégrer de la végétalisation dans Limoges dès que possible afin que les eaux pluviales soient gérées du mieux possible." 

Pour information, le budget sur l'eau de Limoges Métropole s'élève à 25 millions d'euros par an et inclut la gestion de l'assainissement, l'eau potable et des eaux pluviales.