Témoignage. "Je veux donner de la visibilité à ce qui dérange chez la femme" : Aïda Solez, une artiste engagée

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A 33 ans, Aïda Solez use de son pinceau pour véhiculer des messages forts sur la place des femmes dans la société et contre les violences sexistes et sexuelles. ©Antoine Jégat / Julie Dubois / Marion Haranger - France Télévisions
Publié le Écrit par Antoine Jegat

Montrer la femme telle qu'elle est, sans artifice. Tel est le credo d'Aïda Solez, jeune artiste peintre vivant à Limoges. Ses portraits très colorés abordent souvent des thèmes graves. Un travail remarqué par plusieurs associations féministes avec lesquelles elle collabore régulièrement.

Face au miroir, une femme aux cheveux roses bouclés pose fièrement les seins nus. Sur son sein droit, une large cicatrice. Sur son bras gauche est tatoué le mot “Survivor” (survivante en français). Une illustration réalisée à l’occasion d’Octobre Rose qui résume, à elle-seule, l'œuvre d’Aïda Solez, jeune artiste peintre limougeaude : entre force et fragilité.

Née à Saragosse, cette ancienne professeure d’espagnol a quitté l’Éducation nationale il y a cinq ans pour se consacrer pleinement à son art. Alternant entre art figuratif et abstrait, elle a fait de la représentation du corps de la femme le thème central de son œuvre : “Dans l’art, il y a énormément de femmes, mais du point de vue de l’homme et du patriarcat. Cette vision masculine, qui ne veut pas montrer la cellulite, les poils, les rides… elle ne me convient pas." 

Je veux donner de la visibilité à ce qui dérange.

Aïda Solez

Artiste peintre

Muses du quotidien

Ses muses sont des femmes croisées dans son quotidien : un couple de femmes, une mère et sa fille, une bande de copines… toutes sublimées grâce à une palette de couleurs vives rappelant sans cesse ses influences ibériques. “J’ai des choses à dire qui sont graves, mais je veux rester joyeuse…” affirme la jeune femme de trente-trois ans dans un sourire.

Son art prend, en effet, un tournant politique lorsqu’elle représente une mariée en robe flamenco, tâchée de sang, dans Bodas de sangre, les “Noces de sang” en français. Les poses sensuelles de ses précédents portraits laissent place à la posture figée d’une femme sans nom et sans visage, et des tons plus froids : “Ce tableau dénonce les violences conjugales. J’ai utilisé le couteau, le geste était beaucoup moins délicat, moins doux que dans mes autres tableaux.” 

"Son art est politique"

Malgré des messages parfois durs, les toiles d’Aïda Solez reflètent toujours la personnalité lumineuse de leur créatrice. Un univers qui a tout de suite séduit Angel, coordinatrice des Affolé-e-s de la Frange, avec qui elle collabore pour des campagnes d’affichage. “Mon corps, mes choix”, peut-on lire sur l’une de ces affiches. Pour Angel, “son art est politique et notre association est politique, on va dans le même sens. On a envie de parler d’une société de bien-être, de solidarité, de liberté, de vivre ensemble… et ça, pour nous, c’est un monde en couleurs.”

 

Récemment, la jeune peintre a rejoint Les Veilleuses, un collectif de femmes artistes qui exposent en ce moment leurs œuvres à la Ruchidée, à Limoges, jusqu’au 4 avril.

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