Témoignage : "On m'a dit que le problème venait de moi", Oriane, 19 ans, harcelée à l'école pendant cinq ans

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Oriane témoigne du harcèlement qu'elle a vécu pendant cinq ans dans une école près de Limoges Dans l'ordre de passage : - Oriane Normand - Zimouda Normand, Association "Combat contre le harcèlement scolaire" - Pascale Beaubatie , Référente académique dispositif Phare-lutte contre le harcèlement scolaire ©Rémi Carton/ Laurence Ragon

Le harcèlement à l'école est devenu la priorité du ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal. Un audit est en cours dans les rectorats de toutes les académies pour évaluer si la prévention et le traitement du harcèlement à l'école sont efficaces. Oriane témoigne du harcèlement qu'elle a vécu pendant cinq ans, du CM1 à la 3ᵉ, près de Limoges.

Si aujourd'hui Oriane Normand, 19 ans, se dit fière, accomplie et entourée, elle garde encore les marques d'une enfance douloureuse, vécue sur les bancs de l'école.

Alors scolarisée près de Limoges, elle commence à subir les moqueries et les méchancetés des élèves de sa classe de CM1. "D'abord, on m'a beaucoup isolée à cause de ma couleur de peau", explique la jeune femme, métisse de peau. 

Les années avançant, elle continue d'être harcelée par un groupe d'élèves jusqu'au collège. "J'étais harcelée partout, à l'école et sur les réseaux sociaux (...) Par exemple, on menaçait de m'attendre devant les portes du collège, parce que j'avais dénoncé des faits".

Des faits qu'elle n'a pu avouer que très tard, puisqu'il était difficile pour elle de mettre des mots sur les maux. Elle est restée, pendant des années, murée dans le silence, à affronter la violence du quotidien.

La seule chose que j'ai pu faire pour me soulager, c'est de me faire du mal à moi-même.

Oriane, harcelée à l'école entre 2012 et 2018

Un secret bien caché

Cette année-là, sa mère découvre les scarifications que sa fille a sur les bras. C'est le signal d'alerte : "Elle nous a tout caché, elle participait à la vie quotidienne normalement, c'était une enfant normale : on n'a rien vu", raconte Zimouda Normand. 

S'ensuivent des rendez-vous chez le médecin, une hospitalisation douloureuse sur le plan psychologique. Oriane, poussée par ses proches, finit par parler aux responsables de son collège.

"L'établissement ne m'a pas prise au sérieux, témoigne Oriane, quand j'ai porté plainte, on m'a dit que le problème venait de moi". Malgré une plainte déposée au commissariat, l'affaire est classée sans suite. Et à sa connaissance, le collège n'a pas sanctionné ses harceleurs.

Les personnes qui m'ont harcelée n'ont pas eu de sanctions (...) Les autres n'ont jamais formulé d'excuses.

Oriane, harcelée à l'école entre 2012 et 2018

à France 3 Limousin

Après un bac pro, la jeune femme ne voulait pas engager de longues études : "Aller jusqu'au bac, ça a été très compliqué pour moi (...) Aujourd'hui, je ne me vois plus jamais reprendre l'école, c'est un traumatisme pour moi", confie-t-elle.

Un problème de société 

Scandalisée par la situation, Zimouda Normand a créé en 2020 l'association "Combat contre le harcèlement scolaire". "Je suis très déçue par le rectorat et l'établissement scolaire (...) Quand on allait les voir, ils ont reconnu que ma fille subissait des brimades", s'indigne-t-elle.

Zimouda Normand accompagne les parents des enfants qui subissent le harcèlement scolaire dans le département et veut financer des brochures de préventions dans les écoles. "Il ne faut pas attendre qu'on en arrive au passage à l'acte pour se mobiliser. C'est un problème de société, il faut aider ces jeunes. Il faut aider les victimes et écouter les harceleurs qui souvent rencontrent des problèmes dans leur cercle familial". 

Un audit en cours dans les rectorats de tout le pays 

Le cas d'Oriane est loin d’être isolé. Ce sont justement ces manquements de la part des établissements qui sont étudiés par le ministère de l'Éducation, depuis le suicide d'un lycéen de 15 ans, le 5 septembre dernier à Poissy.

Chaque drame est un drame de trop qui rappelle que nous ne sommes toujours pas à la hauteur.

Gabriel ATTAL, ministre de l'Éducation, le 6 septembre 2023

Déclaration à l'Élysée

Le ministre de l'Éducation a réuni, lundi 18 septembre, l'ensemble des recteurs et rectrices du pays pour ouvrir un audit sur "toutes les situations de harcèlement signalées aux rectorats sur l'année passée".

Selon le rectorat de Limoges, 76 cas de harcèlements ont été signalés en 2022-2023, ces cas-là seront attentivement étudiés par le Ministère de l'Éducation. Le compte rendu de cette étude sera donné fin octobre 2023. 

Deux numéros dédiés au harcèlement

Tout élève victime de harcèlement scolaire peut contacter gratuitement le numéro national d'écoute au 30 20. L'élève ou ses proches peuvent également contacter le 30 18 en cas de cyberharcèlement. Ce numéro est joignable 7 jours sur 7, de 9h à 23h.

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