Témoignages. LÉGISLATIVES 2024 : "Voter, qu'est-ce que ça va changer ?" "Je me dis que c'est loin de moi" "Voter, c'est presque un devoir" : la parole aux jeunes électeurs

Publié le Écrit par Sarah Boana

Alors que les élections européennes ont enregistré un taux d'abstention de 48,51% et que les législatives se préparent, nous sommes partis à la rencontre de jeunes électeurs à Limoges afin de mieux comprendre leur rapport à la politique. Pourquoi voter ? Et, pour qui voter ? À quelques jours du 1ᵉʳ tour des élections législatives anticipées, nous sommes allés Limoges interroger les jeunes électeurs sur leurs rapports à la politique.

Devant la bibliothèque universitaire de Limoges, ce vendredi 7 juin, dans l'après-midi, de nombreux jeunes ont pris une pause dans leurs révisions, baccalauréat pour les lycéens et partiels pour les étudiants.

Devoir citoyen et réseau sociaux

Anna, 22 ans, Julie, 23 ans et Mathis, 21 ans, un trio d'amis aux idées politiques radicalement différentes, respectivement électeurs du RN, LFI et Renaissance. Ils se sont tous rendus aux bureaux de vote, le 9 juin 2024.

"On ne parle pas vraiment de politique entre nous, mais on a notre petit avis", confie Mathis. "J'ai un peu l'impression que c'est presque un devoir, puisqu'il n'y a pas tout le monde qui a la chance de voter. Et puis, je ne vais pas laisser quelqu'un d'autre voter à ma place", explique Anna. "Comme ça, si mon candidat ne passe pas, j'ai une raison de râler", plaisante Mathis.

J'ai un peu l'impression que c'est presque un devoir.

Anna

22 ans, étudiante

Les trois s'accordent pour dire que voter est un acte citoyen, mais ne s'informent pas de la même manière sur le programme des candidats. "Moi, je ne m'informe qu'avec la télévision, les journaux du soir, mais pas les chaînes d'infos en continu et j'évite les réseaux sociaux", assume Mathis. "Ah moi, c'est le contraire : ce sont surtout les réseaux sociaux, ça va à l'essentiel, mais du coup, ça peut aussi déformer", reconnaît Julie. Parmi les jeunes que nous avons interrogés, beaucoup admettent forger leurs opinions à partir des réseaux sociaux.

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"Qu'est-ce que ça change ? "

À quelques rues du bâtiment universitaire, sur les escaliers de la mission locale, Jahnny 25 ans, et Nicolas 19 ans, discutent. Ils sont rejoints quelques minutes plus tard par leur ami, Yacine, 19 ans. Aucun des trois n'a voté aux élections européennes.

Pour Jahnny, originaire de la Martinique, le constat est sans appel : aucun scrutin ne changera la situation des Outre-Mers "Que soit la gauche, la droite, ou l'extrême droite, qu'est-ce que ça va changer ? Je ne vois rien qui change dans le quotidien en Martinique. Il y a des problèmes d'eau potable. Il n'y a pas de travail pour les jeunes là-bas, déplore-t-il. Ils n'ont qu'à voter RN, comme ça, on verra bien", lance-t-il. 

Que soit la gauche, la droite, ou l'extrême droite, qu'est-ce que ça va changer ?

Jahnny

25 ans, en formation

Yacine approuve les propos de son camarade, même s'il ne cache pas sa crainte de voir l'extrême droite aux portes du pouvoir. Pourtant, lorsqu'on lui demande pourquoi ne pas aller voter - alors que la dissolution de l'Assemblée Nationale est la conséquence de la victoire du RN en France, aux élections européennes - le jeune homme affirme ne pas vouloir participer, ne pas vouloir choisir.

Il met en avant une méconnaissance de la politique davantage qu'un désintérêt. De là découle une peur, celle de "mal voter" et de devoir assumer le contrecoup de son vote.

"Je ne sais pas vraiment, raconte-t-il. Je pense que j'ai aussi peur de voir qui gagne. Au moins, quand je ne vote pas, je ne me pose pas la question. Je me dis que c'est loin de moi. Je n'ai pas participé à ça."

Au moins, quand je ne vote pas, je ne me pose pas la question. Je me dis que c'est loin de moi. Je n'ai pas participé à ça.

Yacine

19 ans, en formation

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"Ça devient moins important à leurs yeux" 

Au centre-ville de Limoges, Hakim et Mahfuz se promènent sous la pluie. Le premier n'a pas pu se rendre aux urnes pour des raisons pratiques, mais avoue voter sans conviction.

"Maintenant, la politique, c'est que donner des chiffres pour séduire la masse et jouer sur la démagogie et le clientélisme. Peu suivent le programme une fois au pouvoir. On vote pour le moins pire. Le seul vecteur de pouvoir, c'est la masse et maintenant, elle est juste endormie. J'ai l'impression que la plupart ne se penchent pas réellement sur politique dans le fond et vote un peu en fonction d'idées reçues", se désole-t-il. 

J'ai l'impression que la plupart ne se penchent pas réellement sur la politique dans le fond et votent un peu en fonction d'idées reçues.

Hakim

23 ans, étudiant

Son camarade est également fataliste sur l'utilité du vote et complète : "Il faudrait que l'opinion publique soit plus réfléchie et moins dans l'émotionnel. On le voit à travers les manifestations, les réseaux sociaux, c'est quelque chose de palpable. Je pense qu'il y a une méconnaissance des programmes. Il faudrait peut-être plus instruire la population sur la politique. Je pense que les gens ne sont pas forcément sûrs de ce qu'ils votent, donc, ça devient moins important à leurs yeux", estime Mahfouz. 

 Il faudrait que l'opinion publique soit plus réfléchie et moins dans l'émotionnel.

Mahfuz

23 ans, étudiant

Pour Hakim, la reconnaissance du vote blanc serait alors une solution pour remédier aux problèmes d'abstention et mieux sonder l'opinion de la population : "Ça permet de dire 'Oh les gars, il n'y a que des brêles sur la liste, le peuple n'est pas content.' Peut-être qu'on aurait un meilleur dialogue. Ça permettrait de mieux considérer le peuple." 

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