La disparition programmée des trésoreries en Limousin

Les syndicats des finances publiques de la Corrèze ont manifesté contre la suppression de douze trésoreries. Et elles ne seraient pas les premières à fermer leurs portes. Dans le Limousin, des Maisons France Services les remplacent peu à peu. Elus et particuliers y trouvent-ils leur compte ?

La marche funèbre de Chopin, "pour la veillée funéraire des services fiscaux", indique Frédéric Soulet, élu CGT et membre de l'intersyndicale à l'origine de la manifestation devant la cité administrative de Tulle, ce mardi 12 octobre 2021. 

Douze trésoreries en moins

Les syndicats ont filé la métaphore mortuaire jusqu'à représenter chaque trésorerie menacée de fermeture par un cercueil. Douze en tout.

Deux d'entre elles, à Seilhac et à Corrèze sont fermées depuis le 1er septembre. Les dix autres sont sur la sellette :  Allassac, Beynat, Bort-les-Orgues, Bugeat, Larche, Malemort, Meymac, Meyssac, Neuvic et Objat. 

Le comité local paritaire qui se tenait à la cité administrative a été reporté à une date ultérieure, mais pour l'intersyndicale CGT-FO-Solidaires, leur sort est déjà scellé, et elles devraient être fermées à l'horizon 2022-2023. En mars 2019, Gérald Darmanin, alors ministre de l'action et des comptes publics, l'avait laissé entendre lors de sa venue en Corrèze sur le thème de la réorganisation des services publics. 

La fonte des trésoreries

Des trésoreries qui ferment en Limousin, ce n'est pas nouveau. Tout le territoire assiste depuis près de 20 ans à la fonte de ce service public. Leur fermeture s'est accélérée, en raison de la réforme de l'administration fiscale. Parmi les dernières à avoir fermées leurs portes, Saint-Vaury, Châteauneuf-la-Forêt en 2018, Ambazac en 2019, Dun-le-Palestel en 2020.

Des fermetures qui ont des conséquences sur le personnel. "Aujourd'hui, 330 agents travaillent aux finances publiques en Corrèze, explique Frédéric Soulet, de la CGT, il y a dix ans, il y avait 100 personnes de plus."

Ces fermetures de trésoreries en milieu rural ont également des conséquences sur les habitants de ces territoires, particuliers, entreprises, administration. 

Les conséquences

Après cette fermeture de douze trésoreries en Corrèze, il en restera trois : à Brive, à Tulle, et une dernière à Ussel, réservée aux particuliers. "Si un maçon de Meymac rencontre un problème avec ses impôts, il devra désormais se rendre à Ussel, (20 minutes de route), si c'est pour la TVA, il devra aller à Tulle, (50 minutes de route " explique Frédéric Soulet, "car internet ne peut pas résoudre tous les problèmes, les usagers ont aussi besoin de discuter de vive voix avec un professionnel," précise le syndicaliste. 

Les Maisons France Services

Pour remplacer les trésoreries fermées, l'Etat met en place des maisons France Services. Elles regroupent différentes administrations comme la CAF, la CPAM, les Finances Publiques, dans un même bâtiment. Un réseau pour "rapprocher le service public des usagers," peut-on lire sur le site du ministère de l'économie. 

L'Etat revendique également un maillage plus important du territoire. Ainsi dans la Creuse, Mainsat qui dépendait de la trésorerie d'Auzances, a désormais sa maison France Services. Dans la Haute-Vienne, les maisons France Services de Saint-Genest-sur-Rozelle et celle de Lussac-les-Eglises sont en cours de labellisation, alors que ces communes n'avaient pas de trésoreries municipales.

En 2022, en Haute-Vienne, pour l'accueil des particuliers, deux centres seront encore ouverts : Limoges et Saint-Junien. Les autres accueils se feront au sein de maisons France Services, certaines sont déjà en activité, les autres le seront prochainement. On peut citer Rochechouart, Ambazac, Nexon, Saint-Germain-les-Belles, Arnac-la-Poste, Boisseuil, Aixe-sur-Vienne, Saint-Just-le-Martel, Eymoutiers...

Retour d'expérience

En 2018, les habitants, les élus d'Ambazac ont manifesté contre la fermeture de la trésorerie de leur commune. Sans être entendus. Depuis le 1er janvier 2019, elle a baissé définitivement son rideau, et ils se rendent à Bessines-sur-Gartempe ou Limoges. Et le maire, Stéphane Ché ne décolère pas.

On a perdu la proximité

Stéphane Ché, maire d'Ambazac

Les habitants ne peuvent pas toujours se déplacer, d'autres n'ont pas internet. Pour les collectivités aussi c'est compliqué. 

"Quand on a une interrogation technique, pour une facturation par exemple, on doit faire nos propres recherches sur internet, on n'a plus de conseils"

Quant à la maison France Services, Stéphane Ché explique : "il y a bien un accueil physique, mais ce ne sont pas des spécialistes des finances publiques. Ils aident les usagers à se connecter sur leur compte personnel."

Dans la Corrèze, Frédéric Soulet, de la CGT, n'a qu'un mot pour définir ce nouveau service : "ubuesque", dit-il. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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