Les éleveurs de vaches landaises redoutent de devoir tuer leurs bêtes faute de revenus, une cagnotte est lancée

Les courses landaises ne peuvent pas avoir lieu pendant le confinement, les éleveurs à bout de trésorerie ont du mal à nourrir leurs bêtes / © L.Montiel/F3Aquitaine
Les courses landaises ne peuvent pas avoir lieu pendant le confinement, les éleveurs à bout de trésorerie ont du mal à nourrir leurs bêtes / © L.Montiel/F3Aquitaine

Les ganadéros sont à bout de trésorerie. Ils n'ont aucune rentrée d'argent depuis le mois d'octobre et toutes les courses prévues au printemps sont annulées. Dans ces conditions, ils ne pourront pas nourrir ni soigner leurs bêtes encore très longtemps. Des aficionados lancent un appel aux dons.

Par CA

C'est la gorge serrée que témoigne l'un des douze éleveurs de "coursières" installé dans les Landes.

Jean-Louis Deyris, respecté et connu de tous dans le milieu de la course landaise, de stature toujours imposante la soixantaine passée, craque.

"C'est compliqué, c'est dur d'en parler" dit-il les larmes aux yeux. "On fait avec, j'espère que ce sera rapide sinon, ça va être dur. Qu'est-ce qui nous attend ?"

En ce début avril, six courses landaises ont déjà été annulées et la fédération n'a aucune idée de la date d'une éventuelle reprise.

"Je n'ai pas de rentrée d'argent depuis huit mois, j'ai un troupeau de bêtes à nourrir, à entretenir, des frais quotidien. Je vais faire quoi maintenant ? Je ne sais pas".
 
Jean-Louis Deyries est l'un des 12 éléveurs de vaches destinées aux courses landaises dans le département / © L.Montiel/F3Aquitaine
Jean-Louis Deyries est l'un des 12 éléveurs de vaches destinées aux courses landaises dans le département / © L.Montiel/F3Aquitaine


Tuer une partie de son cheptel, Jean-Louis Deyries avoue y penser, la mort dans l'âme. Mais "liquider ça" dit-il en regardant ses bêtes, "le plus tard possible".  Pourtant il reconnaît qu'il y sera forcé à un moment ou un autre. "Je vais être obligé de passer par là, la ressource ne va pas suivre".
 

Un appel aux dons


Sans vaches, pas de courses landaises. Et sans course landaise, pas de fête de village. 

Ces rendez-vous traditionnels remontent au 15e siècle en Gascogne. Ils font partie du patrimoine local et rythment la vie des villages, équipés d'arènes pour la plupart. 
La particularité de cette pratique de la tauromachie est qu'elle ne met en scène que des femelles, appelées les coursières, et qu'elle n'autorise pas la mise à mort.

"La tradition ne sera pas remise en cause mais elle sera fragilisée avec la situation actuelle, c'est une toute petite économie" explique Lucien Laurède, le président de l'association des jeunes coursayres landais.

Ce jeune aficionado a pris l'initiative de lancer une cagnotte en ligne pour aider les éleveurs, en association avec une peña gersoise et avec le magazine "de tous les amis de la course landaise" la Cazérienne.
 

"Il faut penser à l'avenir, à la reprise, ça va mettre du baume au coeur de tous les passionnés. Les fêtes reviendront dans nos villages" assure t-il.

Mais pour cela "il ne faut pas laisser tomber nos éleveurs, ils sont les socles de notre tradition".

L'appel aux dons, qui s'élève à 2710 euros après quelques jours de mise en ligne, va servir à l'achat de fourrage et d'aliments pour les animaux. 

"Nous appelons aussi à des dons en nature si des producteurs de céréales ou des éleveurs ont des stocks en trop à mettre à disposition" précise Lucien Laurède.
 

Espérer


"Il faut vivre avec l'espoir de retrouver nos chères arènes, toute cette ambiance festive". Jean-Louis Deyris dit encore sentir avoir "la niaque" même s'il avoue que son épouse préfèrerait elle tout arrêter.

"Pour moi ça représente toute ma vie, j'ai pris la relève de mon père, j'ai travaillé dur. Voir tout dégringoler comme ça en un rien de temps..." Les larmes remontent. "Mais il faut se ressaisir" dit-il,"même si à mon âge ce sera difficile'.

Difficile mais possible avec de l'aide et du soutien. Cet appel aux dons lancé par "des minots" le touche énormément.

Il aimerait aussi un coup de pouce des instances et des pouvoirs publics.

En attendant il continue à s'occuper du mieux qu'il peut d'Abeloa, Benfica, Bentina, Castella... ses 350 vaches, toutes dotées d'un nom et au caractère sauvage bien préservé.

Retrouvez les témoignages de Jean-Louis Deyries et Lucien Laurède dans ce reportage réalisé par Maria Laforcade et Laurent Montiel.
 
Les éleveurs de vaches landaises redoutent de devoir tuer leurs bêtes faute de revenus






 

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