Landes : un procès met en lumière le sort des saisonniers du kiwi

Manifestation à l'appel du DAL ce lundi 12 février 2018 devant le tribunal de Dax. / © France 3 Aquitaine
Manifestation à l'appel du DAL ce lundi 12 février 2018 devant le tribunal de Dax. / © France 3 Aquitaine

Un commerçant des Landes qui voulait interdire sa boutique aux saisonniers comparaissait pour discrimination. Il a été relaxé.  Mais ce lundi à Dax, le procès a mis en lumière le sort réservé à ces travailleurs précaires venus d'Espagne pour ramasser les kiwis dans le Sud-Ouest.

Par HC avec l'AFP

En novembre 2016, cette affaire avait déclenché une mobilisation en faveur des travailleurs saisonniers précaires, notamment espagnols, venus récolter, à l'automne, les kiwis dans les Landes. Depuis, la situation s'est un peu améliorée, mais les associations restent mobilisées pour défendre les droits de ces petites mains indispensables à la filière.

Manifestation en faveur des travailleurs saisonniers à Peyrehorade (40). Novembre 2016. / © DAL 40
Manifestation en faveur des travailleurs saisonniers à Peyrehorade (40). Novembre 2016. / © DAL 40


En pleine saison de récolte dans ce département qui concentre le quart de la production nationale de kiwis, la pancarte écrite en espagnol dans un magasin de bricolage de Peyrehorade (Landes) était sans équivoque: "suite à de nombreux vols et personnes prises en flagrant délit dans cet établissement, la direction interdit l'accès aux saisonniers agricoles en transit".

Lors de l'audience au tribunal de Dax lundi après-midi, l'ex-gérant de 57 ans, Pierre Augelet, a reconnu avoir mis ce panneau "maladroit", mais assuré n'avoir jamais refusé l'entrée à quiconque, tout en exprimant son "ras-le-bol" devant les multiples vols de câbles, scotch et bâches par des saisonniers espagnols, français ou d'autres nationalités, quand d'autres travailleurs faisaient du camping sur son parking.
La Ligue des Droits de l'Homme avait à l'époque porté plainte, alertée par l'association Droit au Logement du département (DAL40).

Le tribunal l'a finalement relaxé, estimant qu'il n'y avait "pas de distinction caractérisée contre des clients du fait de leur origine (...) et pas d'acte concret de refus de vente".

En marge du procès et à l'appel notamment du DAL40, du syndicat Solidaires et de la Confédération paysanne, un petit rassemblement devant une caravane colorée était organisé à Dax pour mettre en lumière la précarité de ces saisonniers qui vivent parfois dans leur fourgon plus ou moins aménagé, ou dans des tentes sous des ponts, à une époque où les températures descendent.

- 'Déclencheur' -

Consciente de son "devoir moral", la Communauté de communes Pays d'Orthe et Arrigans,
en lien avec la filière, la Chambre d'Agriculture, le département et l'Etat notamment, a ouvert l'automne dernier, pour la première fois, deux aires d'accueil gratuites de 40 places, équipées de douches et toilettes durant la saison de récolte en octobre-novembre.
Une plaquette d'informations traduite en espagnol a également été diffusée.  Emmanuel Klein du DAL40 reconnaît un vrai plus : 

C'est une grosse amélioration, on a la chance d'avoir été écouté après cette
affaire de discrimination qui a été "un déclencheur" 

Pourtant, selon lui, les aires ont été rapidement saturées cette saison alors qu'une étude de la Mutuelle sociale agricole (MSA) a fait apparaître l'an dernier un besoin d'accueil pour 150 personnes sur un total de 500 cueilleurs environ.

Il faut aussi penser au besoin de main d'oeuvre le reste de l'année pour la taille des arbres notamment, et là, les aires sont fermées, pourquoi ne pas ouvrir les sanitaires des stades par exemple ?

Le responsable associatif suggère aussi de solliciter l'Etat espagnol "pour contribuer d'une manière ou d'une autre" à l'accueil de ses ressortissants qui, depuis la crise de 2008, sont chaque année plus nombreux à venir travailler dans les vergers de kiwis.

Et de demander, en s'appuyant sur le Plan régional des saisonniers, une "Maison des saisonniers" sur place avec accès internet et téléphone pour centraliser les demandes des agriculteurs et orienter les travailleurs sans contrats.

En attendant, les travailleurs précaires s'inquiètent aussi de la réglementation européenne imposant un nouveau contrôle technique plus poussé aux véhicules à partir de mai prochain, qui va "priver, de facto, un très large public déjà très précarisé, à la fois de son logement, de sa liberté de circulation et donc de son travail", selon l'association Halem (Habitants de logements éphémères ou mobiles).

Un commerçant landais poursuivi pour discrimination relaxé

 

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