Ychoux : pour la famille de Saïd El Barkaoui, le tireur est un homme “raciste, haineux et dangereux”

Saïd El Barkaoui, victime de coups de feu tirés par son voisin à Ychoux / © France 3 Aquitaine
Saïd El Barkaoui, victime de coups de feu tirés par son voisin à Ychoux / © France 3 Aquitaine

Sous le choc après la libération du tireur présumé d'Ychoux, qui a abattu son frère de cinq balles dans son jardin, la sœur de Saïd El Barkaoui ne doute pas des motivations racistes du tireur. Elle poursuit son combat pour que justice soit faite.

Par Maïté Koda

"On a pris un coup de massue". Quelques jours après la libération de Claude Gorsky, l'homme qui a tiré à cinq reprises sur son frère Saïd El Barkaoui, Jamila, la sœur de la victime, est toujours sous le choc.
 

"C'est parce que nous sommes bien élevés, qu'il peut sortir ?"

"On nous dit qu'il n'y a pas de risque de trouble à l'ordre public, parce que les rassemblements que nous avons organisés en mémoire de Saïd se sont déroulés dans le calme. 

C'est parce que nous nous sommes bien comportés, parce que nous sommes bien élevés, qu'il peut sortir ? "
, s'interroge-t-elle. 
 


Mis en examen pour meurtre à caractère raciste, Claude Gorsky a effectué dix-huit mois de détention provisoire, avant d'être libéré sur une décision en appel de la chambre de l'instruction de Pau. Il reste en attente de son procès. 

"Il n'a pas le droit de revenir à Ychoux, mais on se sait jamais ce qui peut arriver. Toute notre famille vit dans les environs, s'inquiète Jamila. 
"C'est un homme raciste, haineux et dangereux. Est-ce qu'on a pensé aux enfants de mon frère en prenant la décision de le libérer ?
 
Jamila El Barkaoui, la soeur de Saïd El Barkaoui poursuit son combat, et assure "croire en la justice de son pays". / © DR
Jamila El Barkaoui, la soeur de Saïd El Barkaoui poursuit son combat, et assure "croire en la justice de son pays". / © DR



Le 20 mai 2018, dans une zone pavillonnaire d'Ychoux dans les Landes, Claude Gorsky, retraité, tirait à cinq reprises sur son voisin Saïd El Barkaoui. Grièvement blessée, la victime décédait quinze jours plus tard, à son domicile. 


"Sale bougnoule"

Si le tireur nie tout motivation raciste, pour Jamila, il n'y pas aucun doute. Son frère était, assure-t-elle, la cible de provocations et d'injures racistes récurrentes de la part de son voisin.

"Ce 20 mai, mon frère était en train de reboucher des trous dans le jardin, raconte-t-elle. Il a levé la tête et a vu son voisin qui l'observait. Celui-ci s'est mis à l'invectiver, le traitant, une nouvelle fois de 'sale bougnoule'. 

Depuis longtemps, mon frère avait pris le parti de ne pas lui accorder d'attention. Il lui a juste demandé de retourner dans sa maison."

C'est alors, poursuit Jamila, que Claude Gorsky se dirige vers sa voiture, s'empare d'une arme et fait feu à cinq reprises sur Saïd El Barkaoui. 


Deux balles dans le dos

"Mon frère a pris une première balle dans l'épaule droite, une deuxième dans l'avant-bras qu'il a levé pour se protéger le visage, une autre dans la cuisse.
Il s'est effondré par terre, et a entendu ses enfants hurler de peur. Et alors qu'il était allongé au sol il a pris deux autres balles dans le dos. 


Selon la sœur de la victime, le tireur aurait alors prononcé ces mots glaçants : "Je t'avais promis que je te buterais".
 

Père de six enfants

Cariste de profession, Saïd El Barkaoui était père de six enfants. Des jumeaux nés d'une première union, et quatre autres enfants nés de son union avec sa compagne. 
Ses parents, originaires du Maroc avaient immigré en France "dans les années 70, parce que la France avaient besoin de travailleurs", précise Jamila qui a elle-même grandit à Ychoux et assure être "tombée des nues" en apprenant la nouvelle.

"Jusqu'à présent, nous n'avions jamais vécu le racisme. Je me souviens d'une enfance cosmopolite, avec des Noirs, des Espagnols, des Portugais…"
 

Soutien de Sos Racisme et du Mrap

Si elle regrette le peu de médiatisation de l'affaire dans les médias nationaux, elle assure vouloir poursuivre son combat. Elle est soutenue dans ses démarches par SOS Racisme et le Mrap, qui se sont portées parties civiles aux côtés de sa famille.

"On a pris perpétuité à la mort de Saïd. On vit la libération de Claude Gorsky comme une double peine. Mais malgré tout, je continue à faire confiance en la justice de mon pays", assure Jamila. 
 

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