L'autoroute A62 bloquée entre Agen et Montauban depuis dix jours, les usagers partagés entre impatience et soutien aux agriculteurs

Alors qu'en France, les mobilisations des agriculteurs se concentraient principalement dans la capitale, à l'occasion du Salon de l'Agriculture, un barrage n'a lui, toujours pas été levé. À Castelsarrasin, l'autoroute est bloquée dans les deux sens Agen-Toulouse, suscitant l'impatience des usagers et professionnels.

Deux heures pour relier Toulouse depuis Agen. L'obligation de passer par les "petites routes de campagne" et de "traverser les villages" en heures de pointe. Depuis maintenant dix jours, la circulation sur l'A62 est totalement interrompue, obligeant les automobilistes à dévier par la nationale jusqu'à Montauban, pour rejoindre le département de Haute-Garonne. "Je fais un détour d'environs 30 kilomètres, mais bon, c'est la vie, ce n'est pas grave", tempère un automobiliste.

"Le droit de défendre leur bifteck"

Fabrice travaille comme technicien en recherche de fuite. Lors de ses interventions, il enchaîne les déplacements dans les départements limitrophes du Lot-et-Garonne. L'A62, il l'emprunte régulièrement pour rejoindre Toulouse. "Je rajoute bien une heure à mon temps de trajet", décrit le quarantenaire. Mais malgré les contraintes, pas question pour autant de blâmer les agriculteurs."Je les soutiens et je comprends leur détresse, insiste-t-il. S'ils continuent de bloquer, c'est qu'ils n'ont pas eu toutes les réponses attendues. Il faut laisser le temps au temps."

Il n'est pas le seul à relativiser les conditions de circulation dégradées. À Agen, les automobilistes sont nombreux à quitter l'A62 pour continuer leur trajet par la nationale ou les routes départementales. "Je me rends à Castres, ça a un petit impact sur mon itinéraire, mais ce n'est pas grave, ça en vaut la peine", glisse un usager au volant. "Il faut suivre les informations que donne la gendarmerie, indique un autre. Si c'était un accident, ça serait pareil, là, c'est une manifestation, ils ont le droit de défendre leur bifteck ces gens." 

Levée de barrage ?

Les Jeunes Agriculteurs et la FNSEA bloquent le péage de Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne, dans l'attente de réponses du gouvernement. Depuis le 20 février, 70 kilomètres d'autoroute sont ainsi fermés par arrêté préfectoral, entre Montauban et Agen. Contactée, la préfecture du Tarn-et-Garonne assure être en contact régulier avec les agriculteurs, mais n'a pas donné de raisons supplémentaires sur le maintien du blocage.

Sur une page Facebook dédiée à l'actualité sur les routes lot-et-garonnaises, les publications s'interrogeant sur un futur déblocage s'accumulent. "Est-ce qu’on a de la visibilité sur un déblocage et les raisons de ce blocage, car quand on travaille à Toulouse et qu’on habite à côté de Valence d'Agen, c'est très compliqué le matin et le soir", questionne Carole. "Ils ne bougeront pas de l'autoroute tant que Macron ne viendra pas les voir. Donc cela risque de durer longtemps", répond Nicolas.

Ce vendredi 1ᵉʳ mars, à Valence d'Agen, les agriculteurs des Jeunes Agriculteurs occupent toujours les ronds-points à proximité du péage. Cyrille Pera, président du canton d'Auvillard pour le syndicat agricole, justifie un maintien de la mobilisation par l'absence de "grandes avancées". "Il n'y a que des promesses dans le vent, on n'a rien de concret, surtout pour nous dans la région du sud de la France", détaille l'agriculteur. 

"On voit rien venir"

Parmi les principales revendications des syndicats agricoles, la demande des reports d'indemnités de prêts "pour essayer de dégager un peu de trésorerie". "L'année dernière, nous dans le coin, on a été impacté par la tempête au mois de juin, illustre Cyrille Pera, président du canton d'Auvillard pour les Jeunes Agriculteurs. Moi, j'ai plus de 300 000 euros de dégâts sur la maison avec les bâtiments et les assurances ne t’avancent pas."

On est loin d’avoir toutes les revendications sur les simplifications administratives. On voit toujours rien venir.

Cyrille Pera

président du canton d'Auvillard pour les Jeunes Agriculteurs

D'autant plus que les agriculteurs s'inquiètent des conditions météorologiques actuelles, qui n'aideront pas à lancer la semence cette année. "On se pose des questions vu la pluviométrie et les courbes. Pour le blé, on est aux alentours de 200 euros l'hectare de perte, donc il faudrait faire 7,5 tonnes pour rentrer dans nos frais…", regrette le Jeune Agriculteur.

"Tant que l’Ukraine n’a pas de taxe à l’export, bah… Ils nous plombent le marché parce que le blé part à 90 euros là-bas et le tournesol à 160 euros, et nous, nos seuils sont bien plus élevés, donc ça le fait pas", abonde-t-il.

Selon les informations de France 3 Occitanie, une levée de barrage pourrait intervenir dès demain, samedi 3 mars, après des avancées dans les négociations avec Matignon. "On reste jusqu'à la fin du salon et après on partira", confirme ce vendredi Cyrille Pera des Jeunes Agriculteurs. Une hypothèse qui séduit les automobilistes lassés des perturbations malgré un soutien qui ne faiblit pas. 

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