Lot-et-Garonne : la médecin roumaine disparaît avant sa première consultation

La commune de Saint Barthélémy d'Agenais pensait avoir enfin trouvé son généraliste, mais la médecin roumaine a profité de l'accueil communal avant de mettre les voiles. Une plainte a été déposée pour abus de confiance. Elle n'en était, semble-t-il, pas à son coup d'essai.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © Bru_nO via Pixabay
Gaëtan Malange, le maire de Saint-Barthélemy d'Agenais, petit village de 600 âmes, ne compte pas en rester là. Il a porté plainte pour abus de confiance.
Il parle sans embarras même si la commune est empêtrée de cette histoire. Il est vrai que souvent, les escroqueries de ce genre ne sont pas faciles à partager et surtout, la commune n'a toujours pas trouvé son médecin. 

Bien installée

Tout a commencé par des petites annonces "passées dans des journaux spécialisés" qui s'adressent aux médecins. Une première prise de contact se fait avec le Dr D., par mail, au mois de février. "Et puis il y a eu le covid, le confinement, on y pensait plus" et elle a repris contact en mai.
Finalement, les choses s'organisent pour que les premières consultations débutent le 5 octobre 2020.

La commune fait des efforts pour que sa nouvelle praticienne se sente accueillie : un cabinet tout neuf de 80m², qui aura coûté (achat + rénovation) 90 000 euros à la commune, des loyers très avantageux. Une liste des futurs patients est dressée.
On lui trouve aussi un logement où elle s'installe dés septembre avec un "mari", d'ailleurs, très encombrant, d'après monsieur le maire. En effet, là aussi fait troublant, "c'est lui qui négocie, réclame" des facilités, des meubles etc... jusqu'à ce que le maire exige de ne s'entretenir qu'avec le médecin.
 
Le cabinet médical situé à Saint-Barthélémy d'Agenais où devait consulter la médecin recrutée mais qui n'a jamais exercé.
Le cabinet médical situé à Saint-Barthélémy d'Agenais où devait consulter la médecin recrutée mais qui n'a jamais exercé. © Google maps


L'édile commence à avoir des doutes et contacte la préfecture, l'ARS, l'Ordre des médecins. Oui, elle est bien inscrite, donc dispose des diplômes pour exercer. Mais on lui répond finalement à demi-mots qu'il n'aurait pas "misé sur le bon cheval".
En six ans, la généraliste a déjà exercée dans quatre communes et aurait joué le même genre de scenario dans le Pas-de-Calais, la Vienne et la Drôme, profitant au passage des aides d'installation, environs 30 000 euros, dévolues au médecin s'installant  dans les zones sous-dotées. "Du moins elle l'a demandée. J'espère qu'elle ne va pas la toucher".

On conseille alors au maire de ne pas la laisser commencer à exercer, lundi 5 octobre... "Mais elle était déjà partie", ( elle et son mari NDLR ) "Pendant le week-end, ils avaient vidé le cabinet des meubles qu'ils avaient fini par acheter eux-mêmes..."
 

Inscrite à l'ordre

Les médecins étrangers sont de plus en plus nombreux à exercer dans notre pays. Certains ont des équivalences de diplômes, d'autres non et dans ce cas ne peuvent pas exercer. Ils se doivent de s'enregistrer à l'ordre des médecins du département. Dans son cas, il n'y pas eu de problème d'inscription. Les Roumains sont d'ailleurs les plus nombreux à être formés dans l'UE  et à exercer en France avant.  

Michel Durenque, président du Conseil de l'ordre des médecins du Lot-et-Garonne, nous répond que, justement, cette femme médecin a été reçue " à sa demande" au bureau lot-et-garonnais de l'ordre des médecins. Et il précise que pour l'ordre "c'est important, le sens moral, l'image du médecin".
Il la reçoit avec deux de ses collègues. Et là, "le discours est différent". Elle défend que ce qui lui avait été promis n'a pas été tenu. "Comme on ne sait pas puisque rien n'a été écrit, c'est parole contre parole. Même si on peut avoir de gros doutes quand quelqu'un change quatre fois de commune". "Il n'empêche, sans écrit cela risque d'être difficile pour une action en justice à moins que le maire ait des écrits".

Désert médical

Michel Durenque explique le contexte tendu, le manque de généralistes en campagne, "même si ça l'est peut-être un peu moins qu'il y a deux ans". Mais la tendance est marquée tout de même: "On a perdu 20% de nos médecins en 7 ou 8 ans. Et nous avons une population vieillissante polypathologique". Et concernant les médecins en poste: "beaucoup vont partir à la retraite dans les prochains mois et pour chaque médecin qui part , il faudrait presque deux jeunes médecins. Les jeunes ne veulent plus s'associer et faire des journées comme avant".
Alors bien-sûr, les médecins qui s'installent ont droit à tous les égards et la fâcheuse histoire de Saint Barthélémy n'est pas si isolée que cela. D'autres s'engagent, mais s'en vont au bout de trois semaines ou deux ans. On parle d'un médecin italien, d'une espagnole et aussi une marocaine, mais les médecins français peuvent jouer aussi "les mercenaires" comme dit le maire de Saint Barthélémy.

Tout simplement parce qu'on a besoin de ces soignants d'où qu'ils viennent. Certaines municipalités sont prêtes à dépenser des milliers d'euros pour rémunérer des chasseurs de têtes.
En Lot-et-Garonne, d'après les chiffres du Conseil National de l'ordre des médecins, ils étaient 690 en 2019 dont 123 étrangers (56 diplômés en UE).

Une plainte pour abus de confiance

La municipalité de Saint Barthélémy a suivi le conseil de la préfecture et elle a porté plainte pour abus de confiance. D'après le maire, le Dr D. a laissé de tristes souvenirs dans d'autres communes comme des loyés impayés, tout en ayant touché les aides municipales. Dans une autre, qu'elle a quitté précipitamment, la mairie songerait aussi à porter plainte pour "abandon de clientèle..."
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