Lot-et-Garonne : la production de tomates menacée par un virus ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par C.O

Ce virus, aux portes de la France, a été détecté en Allemagne et au Pays Bas. Il est hautement transmissible et aucun traitement n'existerait. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) lance une alerte. Le "risque de dissémination en France est élevé» selon elle.


Pour l'instant, aucun cas n'a été détecté dans notre pays, mais l'ANSES a décidé de mettre en garde les producteurs, mais aussi les consommateurs. "Le niveau de vigilance doit être maximum", affirme l'agence. Dès demain le salon "Fruit Logistica" s'ouvre à Berlin. De nombreux producteurs de fruits et légumes du monde entier y sont attendus. Le sujet sera bien évidemment à l'ordre du jour.
 


La tomate en quelques chiffres

La tomate est un fruit de fait de sa pollinisation, mais il est consommé comme un légume. C'est à ce titre qu'il est considéré comme le légume le plus consommé en France (si on enlève la pomme de terre elle-même considérée comme un tubercule). Chaque habitant en consommerait 15 kg par an en moyenne. La France est le 5e pays producteur de tomates en Europe. Et parallèlement la moitié des tomates consommées dans le pays sont importées. 


"Le tomato brown rugose fruit virus" (ToBRFV)

Tel est le nom de ce virus. Selon l'ANSES, il "peut en effet se transmettre par les semences, les plants et les fruits infectés, ainsi que par simple contact, survivre longtemps sans perdre son pouvoir infectieux, et aucun traitement ou aucune variété résistante n’existe aujourd’hui contre ce virus". Les tomates ne seraient pas les seules menacées : le virus touche aussi la culture des piments, poivrons, ainsi que les aubergines.


"Nous sommes très inquiets" 

Le département du Lot-et-Garonne est un acteur majeur dans la production de tomates en France. Bruno Vila est le président de l'entreprise Rougeline, dont le siège est à Marmande, et qui produit 75000 tonnes de tomates chaque année. Sa société, créée il y a trente ans, est aujourd'hui leader sur la moitié Sud de la France. "Si nous sommes inquiets ? oui bien sûr !", s'exclame-t-il. "Quand vous avez virus qui peut ravager votre production avec aucun moyen de lutte... Oui on est inquiet, car nous n'avons pas de solution technique. Cela peut remettre en question la filière en France, avec en plus la difficulté de replanter là où ça a été contaminé car il y a un risque de nouvelle contamination". 
Mais celui qui est aussi le vice-président de l'association des organisations de producteurs de tomates de France tient à rassurer les consommateurs : "le virus est inoffensif, manger une tomate contaminée est sans risque pour l'homme". 

Les symptômes

"Les dégâts observés sur la tomate en production sous serre incluent des symptômes sur feuilles (chloroses, mosaïques et marbrures), ainsi que des taches nécrotiques sur les pédoncules, calices et pédoncules floraux. Les fruits présentent des décolorations résultant d’une maturation irrégulière, avec des tâches jaunes ou brunes, des déformations et parfois des symptômes de rugosité caractéristiques, devenant ainsi non-commercialisable", détaille l'ANSES. 


Comment le virus pénètre-t-il la plante ?

"Les tobamovirus, genre auquel appartient le ToBRFV, peuvent pénétrer dans la plante par des microblessures provoquées par un contact physique avec tout support porteur de virus : plantes, mains, outils de travail, vêtements de manipulateurs, insectes pollinisateurs, oiseaux ou eau d’irrigation", explique l'ANSES. "Une fois dans la plante, ils se propagent de cellule à cellule et envahissent la plante entière. Les semences, les plants et les fruits restent infectieux et peuvent véhiculer le ToBRFV sur de longues distances, notamment lors d’échanges commerciaux".
"Ces virus sont très stables et peuvent survivre plusieurs mois sur des supports inertes sans perte de pouvoir infectieux", poursuit l'agence." "De plus, aucun moyen de lutte chimique, génétique ou de bio-contrôle n’existe à ce jour contre ce virus".


Que peuvent faire les industriels ?

Bruno Vila connaît l'existence de ce virus depuis 6 ans.  "Le seul moyen d'action", dit-il, "est de prendre mesures prophylactiques strictes pour éviter contamination extérieure pouvant venir de matériel emballage et de conditionnement, de faire attention aux visites extérieures". "Il faut aussi prévenir les salariés des risques par contact en ayant touché des tomates contaminées", poursuit le professionnel qui a mis en place ces dispositifs depuis un an dans son entreprise. 

"Donc, aujourd'hui, nous n'avons que des mesures préventives et malheureusement pas d’autres solutions".


Et le producteur va plus loin : "En France une partie des plants viennent de Hollande, il faut donc faire attention, pareil avec les semence". Rougeline n'utilise pas de plants étrangers, "tous viennent de France", explique Bruno Vila, "pour les semences c'est plus compliqué". "Selon les saisons, elles peuvent venir du monde entier". "Il y a une traçabilité qui permet de de savoir de quelle variété il s'agit, pour l'origine précise il faut se référer au numéro de lot", donc "pas d'inquiétude", assure-t-il.
 

Attention si vous plantez des tomates dans votre jardin

"En tant que pays producteur de tomates, la France risque de subir des conséquences économiques importantes dans les filières de production, mais aussi dans les productions familiales dont la surface cultivée est estimée comme étant du même ordre de grandeur que la production industrielle en plein champ", une donnée importante rappelée par l'ANSES. Selon Bruno Villa cela représenterait en volume 100 000 tonnes par an sachant que tout confondu (particuliers et professionnels) la production française serait de 500 000 tonnes produites chaque année en France.


Hors-sol ou plein champ même combat

"Le virus peut infecter jusqu’à 100 % des plantes sur un site de production, ce qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité de plantation comme les cultures sous serre", explique l'ANSES. "Néanmoins, toutes les cultures de tomates peuvent être impactées : agriculture conventionnelle, biologique, en protection biologique intégrée, sous serre et plein champ". L'entreprise Rougeline fait du hors-sol à 75 %, une proportionnalité sans conséquence face au virus, potentiellement la totalité de sa production est menacée.
 

Un 1er cas en Israël en 2014

"Les premiers signalements datent de 2014 en Israël et 2015 en Jordanie", explique l'ANSES." En 2018, le virus est signalé au Mexique, Etats-Unis, Allemagne et en Italie. Depuis, la distribution géographique du ToBRFV a évolué avec des déclarations confirmées en Chine, Turquie, Grèce, Pays-Bas, Royaume-Uni et Espagne. Il a été éradiqué en Allemagne et aux Etats-Unis. En 2019, des mesures d’urgence ont été adoptées au niveau européen afin de répondre à cette émergence". 
Réglementation européenne
L’Agence rappelle "l’importance du respect de la réglementation européenne sur les importations de semences et les plants, avec des exigences particulières pour les importations de fruits. Elle recommande de mettre en place un plan de surveillance adapté, de signaler rapidement la présence du virus sur une aire de production et de viser l’éradication du virus dans ces structures. Enfin, il est nécessaire d’informer les particuliers et les professionnels sur le risque posé par le ToBRFV et les mesures de prévention à mettre en œuvre".

Le sujet sera évoqué à Berlin dès demain

Bruno Vila, comme de nombreux autres producteurs se rendra à Berlin jusqu'à la fin de la semaine. Dès demain s'y tient le salon "Fruit Logistica", dédié aux fruits et légumes. Plus de 100 000 producteurs venus du monde entier y sont attendus. Parmi eux des producteurs de tomates français, mais aussi du monde entier. Le virus sera évoqué, c'est une certitude. "On va échanger et apprendre de l'expérience des autres", affirme le vice-président de la filière française.