Municipales 2020 : LREM, une étiquette difficile à porter ?

Crainte d'un vote sanction envers les représentants du macronisme, manque d'organisation, voire d'anticipation... En Aquitaine, les candidats aux municipales qui s'affichent avec les couleurs du parti LREM se font rares. 
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Image d'illustration © Sadak Souici / Le Pictorium / MaxPPP
Une situation assez rare pour être soulignée. Sur les marchés, le pas de porte ou dans les réunions publiques, les candidats étiquetés LREM se font particulièrement discrets.  D'autant plus dans les petites communes.

Discrets mais pas inexistants. En Gironde, Mios, Sadirac ou encore Saint-Aubin du Médoc font partie des petites communes qui ont un candidat labellisé LREM.  A l'échelle nationale, on en dénombre près de 600 … pour 36 000 communes.
 

Priorité aux sans étiquette

Comment expliquer cette absence de candidats aux couleurs de la majorité présidentielle ? Plusieurs facteurs peuvent se cumuler pour amorcer une explication. Dans le Lot-et-Garonne, pas un seul candidat n'a été investi par le parti.

En revanche certains maires sortants, comme Jean Dionis du Séjour à Agen (Modem) ou encore Gilles Frémy au Passage d'Agen se représentent avec le soutien du parti présidentiel, et incluent des marcheurs sur leur liste.


 "On avait pris le parti de soutenir les maires sortants avec un bon bilan, précise Rose Hecquefeuille, référente départemental d'En Marche !
Selon cette dernière, pour ce scrutin local, nul besoin de chercher à tout prix une investiture. "L'important de de savoir rassembler des personnes de différents horizons, à les faire travailler ensemble sur un projet municipal", insiste-t-elle.
 

Le succès des listes citoyennes

"L'époque n'est plus vraiment aux étiquettes, renchérit le député du Lot-et-Garonne Alexandre Freschi.  LREM n'est effectivement pas le seul parti à en pâtir. Même s'ils sont investis et bénéficient de la logistique de leur parti, peu de candidats s'affichent aux couleurs des républicains ou des socialistes".


Agen, Bayonne, Périgueux… dans la continuité du mouvement des Gilets Jaunes, les listes dites "citoyennes" séduisent  de plus en plus de candidats. Des listes qui prônent une autre approche de la démocratie, avec Référendum d'initiative citoyenne, et sont, du moins en apparence, détachées de toute appartenance à un parti politique.


Ils paraissent un peu largués. Leur stratégie n'est pas au point.
Olivier Costa, politologue

 

Jeune parti

Si l'ensemble des partis hésitent à afficher leurs couleurs dans les petites communes,  le problème de LREM est plus large, analyse le politologue bordelais Olivier Costa, qui note un défaut d'organisation.  "Dans le cadre des élections municipales, on retrouve les vieilles machines électorales. Il faut des gens qui ont l'habitude des campagnes sachant tracter, monter une liste…"

Créé en avril 2016, En Marche !, atteindra tout juste les quatre années d'existence au lendemain du second tour. Trop jeune ?  "Ils ont  réussi la présidentielle et les législatives, mais là ils paraissent un peu largués. Leur stratégie n'est pas au point",  poursuit Olivier Costa.

 

"Ils ont trop tardé"

Un manque d'organisation qu'illustre, selon le politologue, l'exemple de Saint-Médard en Jalles. La ville de plus de plus de 30 000 habitants est située au nord-ouest de Bordeaux.

" Le maire Modem sortant, élu Modem, aurait pu partir avec une étiquette LREM. Saint-Médard représente quand même quatre sièges à la métropole. Et bien non, finalement, ils ont trop tardé et finalement il se lance tout seul". 


Un symbole honni ?

Le climat social n'est pas non plus favorable à LREM. Les tensions sont réelles, entre les mouvements de Gilets jaunes ou encore de protestation contre la réforme des retraites. Le rejet du président et de ses représentants reste très marqué. Notamment en milieu rural, où les habitants se sentent parfois très éloignés de l'esprit "start-up nation" présidentiel.



En décembre 2019, France 2 décortiquait le guide de campagne édité par le parti présidentiel, à destination des candidats. Parmi les recommandations figurait cette phrase : “une commune (où) La République en Marche sous-performe, il pourrait être préférable de faire campagne sur une étiquette de rassemblement / société civile".
 
 

Vote sanction

"Il y aura sûrement un vote sanction à l'encontre des représentants LREM, admet Alexandre Freschi. Et certainement que ceux qui veulent se lancer craignent de porter cette étiquette". Mais le député veut y croire. "il faut avoir le courage de ses idées, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il n'y ait que des beaux jours".

En refusant d'afficher les couleurs d'un parti politique, qu'ils soient LREM, PS ou LR, les candidats risquent-ils de déboussoler l'électeur? " Les fameuses listes qui se disent apolitiques ou citoyennes, finalement, on peut toujours les classer sur un échiquier politique. Le rejet de la politique n'est pas une position tenable à long terme", avance Olivier Costa.
 

Ceux qui votent toujours pour le même parti risquent d'être perdus.
Olivier Costa, politologue


"Ceux qui s'intéressent à la chose politique, vont en meeting, se renseignent… ils sauront ce qu'ils veulent voter. Mais ceux  qui se rendent aux urnes en bons citoyens, n'ont rien suivi aux débats et votent toujours pour le même parti risquent d'être perdus."
 
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