Organiser, anticiper, prévoir des plans B... le casse-tête des organisateurs de festivals à l'ère du Covid-19

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Écrit par Maïté Koda
Le public du festival ODP en 2015, à Talence
Le public du festival ODP en 2015, à Talence © MaxPPP / David Thierry

A Luxey, Talence ou Vertheuil, les organisateurs de festivals se demandent comment concilier la tenue des événements prévus à l'été avec la crise sanitaire. Programmation, mesures sanitaires, plans B…tous anticipent et espèrent ne pas revivre le cauchemar de 2020 et ses annulations en série.

Il y aura t-il des festivals à l'été ? Et sous quelles conditions ? Les questions sont posées en ce début d'année. A l'issue d'une concertation avec une quinzaine de représentants de festivals organisée fin janvier, la ministre Roselyne Bachelot  a annoncé un plan d'urgence.

Nombre de spectateurs, condition d'accès aux spectacles, remboursements en cas d'évolution de la crise sanitaire… Ces points restent pour l'instant en suspens, mais pourraient trouver une réponse mi-février, date à laquelle Roselyne Bachelot a promis d'éclaircir l'horizon des organisateurs de festivals.

Inquiétude sur les programmations

A Talence, près de Bordeaux,  le festival ODP a pris les devants. Au lieu de se tenir à la fin du printemps, comme chaque année, il aura lieu le 23 au 26 septembre. Trois jours pour accueillir entre autres, Catherine Ringer, IAM ou encore Véronique Sanson.

Un report de trois mois, que le directeur du festival Sébastien Lussagnet espère stratégique. "On ne se voyait pas jouer en mai. On a la chance de ne pas devoir nous accrocher à une date et d'avoir pu anticiper au maximum".

Notre plus grande crainte c'était de devoir refaire toute la programmation.

Sébastien Lussagnet, directeur du festival ODP 

"On privilégie les artistes français"

Devoir déprogrammer des artistes déjà annoncés, c'est la hantise des organisateurs. Fred Lachaize, directeur du Reggae Sun Ska festival, fondé il y a plus de vingt ans, n'a lui toujours pas annoncé les artistes qui viendront du 6 au 8 août à Vertheuil dans le Médoc. Trop d'incertitudes.
"On reste en attente des préconisation des ministères de la Culture et de la Santé. Nous annoncerons fin février, début mars les artistes prévus sur notre scène principale", explique-t-il.

Mais déjà certaines précautions sont prises. Notamment sur les line-up, les musiciens des groupes.  "On privilégie des artistes français, ou alors étrangers mais qui vivent sur le territoire français,  à la limite en Europe". Actuellement, toute entrée en France depuis un pays extra européen est interdite, sauf motif impérieux.

 

Moins de spectateurs

A Luxey, dans les Landes lorsque l'édition 2020 du festival Musicalarue a été annulée, l'équipe a annoncé dans la foulée que les artistes programmés seraient de retour l'année suivante. On retrouvera donc Roméo Elvis, Alain Souchon, Oxmo Puccino, Philippe Katerine, Lofofora et bien d'autres, du 30 juillet au 1er août, dans le village de 700 habitants. 

Pour autant, l'édition  2021 ne ressemblera pas à ce qui était prévu en 2020. Musicalarue avait explosé les compteurs lors de sa dernière édition, avec un record de 54 000 spectateurs. Cette année, l'organisation du festival ne se fait pas d'illusions. "On attend d'en savoir plus, mais c'est vrai que tout le monde se prépare à avoir des jauges dégradés", reconnaît François Garrain, directeur de Musicalarue.

A l'instar de Reggae Sun Ska et d'ODP,  il n'a pas prévu de dépasser les 5 000 spectateurs par jour.  Se pose désormais la question de pouvoir rentrer dans ses frais, en vendant trois fois moins d'entrées à l'accoutumée.  

n exercice périlleux, d'autant plus que la mise en place d'un protocole a un coût. "On a déjà prévu les masques et le gel hydroalcoolique.  On peut aussi nous demander de distribuer des kits à chaque festivalier, ou  de mettre en place des tests antigéniques à l'entrée, imagine Sébastien Lussagnet. Tout cela nécessitera du personnel en plus !"

Changer les habitudes

Le Covid a déjà modifié de nombreux repères  dans le monde culturel "Nous savons déjà que ce qu'il ne faut pas s'attendre à revivre ce que nous avons connu. Tout change, et les modes de consommation des festivaliers aussi. Je ne sais pas s'ils auront toujours envie de passer trois jours dans un camping au milieu des autres. Peut-être qu'ils vont préférer ne venir que pour une journée, ce qui se comprend", avance Fred Lachaize

"On ne peut déjà plus comme avant descendre dans la rue ou dans les bars distribuer les flyers de main à main, ou compter sur le réseau des bars ou de salles de spectacles", indique de son côté Sébastien Lussagnet. La communication se déroule désormais principalement via les médias et les réseaux sociaux.

Des partenaires plus frileux

Lors des annulations de 2020, les collectivités et les aides de l'Etat ont souvent permis de sauver les meubles. Mais traditionnellement, les partenaires privés mettent aussi la main à la pâte pour aider ces événements, qui souvent font rayonner tout un territoire, ou une cause. Ces derniers mois, nombre d'entre eux sont confrontés à d'importantes difficultés financières. "C'est l'édition la plus difficile à organiser depuis le début", souffle le directeur d'ODP, cinq éditions à son actif.

Scénarios alternatifs

En dépit de toutes ces précautions, l'arrivée d'un nouveau variant ou l'aggravation de la situation sanitaire ne sont pas à exclure. D’où la mise en place de scénarios alternatifs. En 2020, à défaut de grand rassemblement, le Reggae Sun Ska a mis sur pied plusieurs mini-concerts, avec 100 places seulement.

A Luxey, François Garrain reconnaît avoir pensé à un plan B, qu'il ne dévoile pas. "C'est difficile de prévoir car notre scénario est lié à celui des autres festivals", explique-t-il.

Imaginons que des gros festivals dépassent la jauge autorisée et soient contraints d'annuler. Est-ce que les artistes prévus sur d'autres événements vont quand même venir en tournée alors qu'ils auront perdu la moitié de leurs dates?"

François Garrain, directeur du festival Musicalarue

Optimisme

Et dans le cas où, à nouveau, tout devrait tomber à l'eau, les représentants des festivals tiennent à assurer leurs arrières. Ils attendent dès février des propositions du gouvernement pour accompagner le secteur en cas d'annulation pure et simple. Mais à Luxey, Vertheuil ou Talence, on préfère se montrer optimiste.
"On ne va pas baisser les bras, assure Fred Lachaize. On va continuer à se battre et à prendre tous les risques. Sinon l'impact social sera bien trop dévastateur pour tout le monde. On connait l'importance du secteur de la culture dans notre pays. "

"On ne peut pas dire qu'on est sereins. Mais on se dit que ce serait quand même difficile de réussir à avoir, en 2021, un été aussi noir qu'en 2020!", espère François Garrain. L'envie, en tout cas, est intacte. "On est pas sorti de tout ça, abonde Sébastien Lussagnet. Ça nous a tous manqué l'an dernier, on a besoin de se retrouver humainement".

Quelque part on se dit aussi que si on joue, si ça reprend, cela voudra dire que ça va mieux qu'il y a un renouveau. Pas seulement pour nous, pour tout le monde."

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