Précarité et confinement : malgré une hausse des demandes d'hébergement, les associations poitevines sont rôdées

Le chiffre choque. 300.000 personnes seraient sans domicile en France, selon la Fondation Abbé Pierre. En Poitou-Charentes, les associations continuent leurs actions, même pendant le confinement.
Selon la Fondation Abbé Pierre, 300.000 personnes vivent dans la rue.
Selon la Fondation Abbé Pierre, 300.000 personnes vivent dans la rue. © Unsplash - EV
Vivre dans la rue, en plein confinement, la crainte était réelle en mars dernier. Pour sa réédition depuis deux semaines, les associations se sont préparées pour maintenir leur activité et le lien social. 

Conscients de la situation

À La Rochelle, l'Escale est sur le pont. Depuis 1951, l'association propose des hébergements d'urgence aux personnes sans domicile. Accueil de nuit ou de jour à La Rochelle et Niort, l'association ne désemplit pas depuis le début du confinement.

"Dans le territoire rochelais, nous accueillons 38 personnes au total aujourd'hui", précise la présidente de l'antenne rochelaise de l'association. "Il y a une augmentation des demandes depuis le confinement et les accueils de nuits sont déjà pleins toute l'année", constate Nathalie Cortez, présidente de l'Escale à La Rochelle. 

Une augmentation directement liée à la crise sanitaire. "Les personnes à la rue sont tout autant consciente de la gravité de la situation. Avec la seconde vague, tout le monde connaît quelqu'un qui a été touché par le virus, alors, encore plus que quiconque, elles veulent se mettre à l'abri", explique Nathalie Cortez.

"Marre d'appeler le 115"

Confinés ou non, la procédure de prise en charge reste la même : appeler le 115 qui oriente alors les personnes vers des accueils d'urgence ou des hôtels mis à disposition. A Poitiers, Youssef Maïza est l'un des fondateurs d'Entraide Citoyenne 86, un réseau de citoyens qui viennent en aide aux plus démunis. 

Deux semaines après le début du confinement, son constat est amer. "On est au même stade qu'au premier confinement. Les appels aux 115 ne sont pas totalement satisfaits, car ils disent manquer de place. Conséquence, on a encore des personnes qui vivent dans des squats ou dans des parkings du centre-ville", explique Youssef Maïza. 
Chaque jour, des dizaines de personnes se présentent à la conciergerie pour récupérer des colis alimentaires ou des kits de survie.
Chaque jour, des dizaines de personnes se présentent à la conciergerie pour récupérer des colis alimentaires ou des kits de survie. © Capture d'écran Facebook
Selon le Pictavien, il faut appeler le numéro à plusieurs reprises pour obtenir une place, mais "ils en ont marre d'appeler et d'avoir quinze refus", regrette le fondateur d'Entraide Citoyenne 86. Et son téléphone ne cesse de sonner. "J'ai plein d'appels de personnes à la rue qui ont besoin de nourriture ou de logement." Une véritable logistique à gérer entre les logements proposés et les demandes de personnes, parfois accompagnées de leurs animaux de compagnie.

S'adapter au confinement

A la gestion ordinaire, s'ajoutent désormais les gestes barrières, parfois difficiles à concilier avec l'affluence. "On a adapté notre accueil au confinement. Les personnes accueillies dans les centres d'accueil de nuit peuvent rester toute la journée et pendant toute la durée du confinement. Cela évite d'éventuelles contaminations, mais de fait, le turn-over est faible", regrette Nathalie Cortez. L'accueil de jour de l'Escale est ouvert de 9 h à 12 h. Et ici aussi, il a fallu s'adapter au confinement. "On reçoit les personnes par groupes de dix maximum, pour 45 minutes. Mais aux Cordeliers par exemple, nous pouvons accueillir jusqu'à 120 personnes par week-end", détaille Nathalie Cortez. 

Maraudes, hébergements ou accompagnement dans des démarches administratives, le groupe Entraide Citoyenne 86 est entièrement basé sur des initiatives personnelles. Aujourd'hui, il recense plus de 2.700 personnes. "On a ouvert une conciergerie solidaire pour préparer des kits de survie et des colis alimentaires à partir de dons, qu'on distribue ensuite aux personnes", précise le fondateur du réseau d'entraide. 
Sur le réseau, chacun propose des vêtements ou des denrées alimentaires mais aussi des services de soins ou d'accompagnement.
Sur le réseau, chacun propose des vêtements ou des denrées alimentaires mais aussi des services de soins ou d'accompagnement. © Capture d'écran Facebook
Chaque jour, une quinzaine de personnes s'y présente pour récupérer leurs colis, en extérieur, pour respecter les gestes barrières. En parallèle, Youssef Maiza et d'autres bénévoles organisent des maraudes le soir, dans les secteurs où les personnes sans domicile vont passer la nuit. "Là, je viens de faire chauffer une trentaine de plats au micro-onde et je vais aller les distribuer aux endroits qu'on m'a indiqués", explique le Pictavien.

Fatigués mais toujours impliqués

Et si la continuité des services est favorisée par rapport au premier confinement, les personnels des associations, eux, ne limitent pas leur implication. "On a deux accueils à La Rochelle et il faut avoir des personnes sur place, malgré la fatigue", explique la présidente de l'Escale. 

Pour répartir la charge de travail, l'association a mutualisé ses équipes : le restaurant social étant fermé par mesures sanitaires, les équipes ont été rapatriées vers d'autres services. Une manière également "d'accroître le nombre d'interlocuteurs différents". Du côté des associations, la procédure version confinée semble déjà rôdée. Mais avec l'entrée dans l'hiver, le froid va s'ajouter à la crise sanitaire.  Aujourd'hui, selon la Fondation Abbé Pierre, environ 185.000 personnes vivent en centres d'hébergement, 100.000 dans les lieux d'accueil pour demandeurs d'asile et 16.000 personnes dans les bidonvilles. Une situation alarmante qui risque de s'aggraver, avec "beaucoup d'expulsions de squats et de bidonvilles ces derniers mois", confie Christophe Robert, directeur général de la fondation.

Retrouvez notre série de quatre épisodes sur la précarité ci-dessous.
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