La PrEP est-elle responsable de la baisse des contaminations au VIH en 2018 ?

Le prélèvement de quelques gouttes de sang permet d'établir un premier diagnostic pour connaître son statut. / © Sébastien DELALOT - France 3 Nouvelle-Aquitaine
Le prélèvement de quelques gouttes de sang permet d'établir un premier diagnostic pour connaître son statut. / © Sébastien DELALOT - France 3 Nouvelle-Aquitaine

Selon les dernières données de Santé Publique France, le nombre de contamination au VIH a baissé de 7% en 2018. Nous avons recueilli le témoignage d’un utilisateur de la PrEP.

Par Sophie Goux

Le nombre des contaminations au virus du SIDA a baissé en France selon les dernières données de l'agence Santé Publique France.

En 2018, 6.200 personnes ont découvert leur séropositivité, ce qui représente une baisse de 7% entre 2017 et 2018. Une baisse qualifiée de conséquente et dont s'est félicitée la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.
Parmi les nouveaux cas de SIDA, on recense 56% de contaminations hétérosexuelles et 40% de contaminations lors de rapports sexuels entre deux hommes et 2% de contaminations par usage de drogues injectables.

Cette baisse intervient après plusieurs années de stabilité dans les contaminations, et elle est en grande partie la conséquence de l'arrivée de nouveaux outils de protection, et notamment la PrEP, prophylaxie pré-exposition.

Qu'est ce que la PrEP ?

La PrEP, prophylaxie préexposition, à ne pas confondre avec le traitement post exposition qui se prend au plus tard 48 heures après un rapport à risque, puis tous les jours pendant un mois.
La PrEP, outil de lutte contre le SIDA / © Rungroj Yongrit - MaxPPP
La PrEP, outil de lutte contre le SIDA / © Rungroj Yongrit - MaxPPP
La PrEP s’adresse aux personnes non porteuses du VIH, elle est prescrite par un médecin et permet d’éviter la contamination. Elle est composée de deux antirétroviraux. Son utilisation se fait soit en continu, soit de façon occasionnelle avant un rapport à risque. Il faut prendre deux comprimés au moins deux heures avant le rapport, puis un le lendemain et un le surlendemain. Il faut également être suivi et faire des examens et prises de sang très régulièrement.

La PrEP ne protège que contre le virus du SIDA, elle n’a aucun effet sur les infections sexuellement transmissibles, elle n’est pas non plus un moyen de contraception. Il est donc impératif d’utiliser en plus de la Prep d'autres moyens de protection, comme les préservatifs.
- Xavier Pouget-Abadie, médecin infectiologue au centre hospitalier de La Rochelle

Le docteur Pouget-Abadie suit entre 80 et 90 personnes à La Rochelle pour des prescriptioins de PrEP (des homosexuels hommes en gande majorité, quelques femmes hétérosexuelles et des travailleuses du sexe). Il insiste sur l'importance du préservatif qui reste le rempart le plus puissant contre le SIDA, les IST et les grossesses non désirées. Il met également l'accent sur le dépistage.

Il faut se faire dépister, connaître son statut pour éviter de contaminer d'autres personnes. La PrEP fait partie de l'arsenal de lutte contre le SIDA, mais ce n'est pas la seule arme.
- Xavier Pouget-Abadie, médecin infectiologue

TEMOIGNAGES. L'expérience de deux utilisateurs de la PrEP

Franck* habite la Charente-Maritime, il est homosexuel et il utilise la PrEP depuis un an. D'abord de façon continue, aujourd'hui à la demande. Le fait de devoir prendre les deux comprimés deux heures au moins avant un rapport sexuel ne lui pose pas de problème. Il s'avoue plus détendu depuis qu'il prend ce médicament, même s'il n'utilise pas de préservatif et peut donc craindre des infections sexuellement transmissibles.

Je suis plus serein, je ne me pose pas de questions. La PrEP est une très belle découverte, je regrette qu'elle ne soit pas plus connue. Ce n'est pas du tout contraignant. Franck, utilisateur de la PrEP

Lui aussi insiste sur la nécessité de se faire dépister.

Il y a toujours des séropositifs qui s'ignorent, faire le test régulièrement est indispensable. Franck, utilsateur de la PrEP.

Jean-Jacques* homosexuel installé également en Charente-Maritime, utilise quant à lui  la PrEP depuis 3 ans. Au début, c'était à Niort, le centre hospitalier des Deux-Sèvres était alors l'un des premiers à mettre en place ce type de traitement préventif. Jean-Jacques l'a d'abord utilisé de façon ponctuelle. Puis il a rencontré quelqu'un.

Mon compagnon a le VIH, et il a du mal à prendre sa trithérapie de façon régulière. Alors j'ai décidé de prendre la PrEP en continu. Je n'ai aucun effet secondaire, je fais des dépistages tous les trois mois. Ça a changé la vie des homos, il n'y a plus cette chappe de plomb, cette crainte de la maladie. Évidemment, ça ne préserve pas des IST, mais ce sont des maladies qui se soignent bien et dont on guérit.
- Jean-Jacques, utilisateur de la PrEP

*Les prénoms ont été changés.

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