Erosion du littoral au Pays Basque : "surtout ne vous promenez pas en pied de falaise!"

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Écrit par C.Albo avec S. Deschamps et R. Poissonnier

Le maire de Bidart veut que le message passe : face au risque permanent d'éboulement et d'effondrement des falaises de la côte basque, il convient de s'en éloigner. Sa commune vient de s'inscrire sur la liste des sites vulnérables au recul du trait de côte.

"C'est un miracle que l'on n'ait jamais eu à ce stade de problème majeur" confie Emmanuel Alzuri, maire de Bidart.

Vigilance maximum

Chargé du littoral et du trait de côte au sein de la communauté Pays Basque, il suit de très près l'évolution de la situation. "On voit que l'accélération du phénomène d'érosion est là, on ne pourra pas toujours passer entre les gouttes, il faut une vigilance maximum" dit-il.

"Les falaises se désagrègent, elles tombent. Le paysage est transformé. On voit des chutes de pierres en permanence".

"Le message qu'on veut faire passer c'est ne vous promenez pas en pied de falaise, écartez-vous à 30, 40 mètres au moins lorsque vous vous promenez sur le sable, et n'étalez surtout jamais votre serviette en bas de la falaise".

Liste officielle des communes les plus à risques

Emmanuel Alzuri a décidé d'inscrire sa cité sur la liste des communes exposées au recul du trait de côte, dans le cadre de la loi climat et résilience.

Les communes concernées seront ainsi placées en "zone prioritaire". "Elles bénéficieront de dispositifs spécifiques liés à leur statut comme des droits de préemption par exemple" explique l'élu. 

Leur plan d'urbanisme devra tenir compte des prévisions du recul côtier d'ici 30 et 100 ans.

En revanche l'Etat ne prévoit pas, pour l'instant, de les aider financièrement. Pourtant, prévient Emmanuel Alzuri, elles ne pourront pas, seules, prendre en charge la consolidation du littoral.

"Seuls on n'y arrivera pas" confirme Marie-Pierre Burre, la maire de Guéthary, qui a également inscrit sa commune sur la liste des villes exposées au danger. "Ce sont des travaux de très grande ampleur que nous devons mettre en oeuvre. Il nous faut absolument le soutien des services de l'Etat".

Des "fragilités immenses"

A Guéthary, les zones à risque comprennent notamment la jetée des Alcyons et la promenade de Parlementia. 

"Nous avons fait venir un bureau d'étude pour faire un point sur l'étendue des dégâts et pour voir quels travaux de protection nous devrons effectuer pour éviter que la promenade ne s'effondre, on a un espace de restauration à cet endroit" indique Marie-Pierre Burre.

Quand aux domaines privés et aux nombreuses habitations menacées, "les travaux seront entièrement à la charge des propriétaires" précise la maire. 

A Bidart, c'est la plage du centre et la corniche de la falaise qui sont les sites les plus à risque. "Même si les risques sont partout" prévient Emmanuel Alzuri, "mais à ces endroits les fragilités sont immenses. Si demain nos murs de protection s'effondrent c'est toute la falaise qui glisse avec les maisons et toute l'urbanisation qu'il y a au-dessus". 

"Aujourd'hui la montée de l'océan est telle que ces zones ne sont plus vraiment des plages. Elles sont immergées à chaque marée".

L'érosion est sous-marine et aérienne. La houle creuse les falaises à leurs bases et les précipitations, qui s'infiltrent à leurs sommets, provoquent éboulements, glissements et effondrements.

Les pluies torrentielles du mois de décembre dernier n'ont rien arrangé à la situation. 

Recul de 27 mètres d'ici 2050

Selon les prévisions de l'observatoire de la côte aquitaine, le recul moyen observé au pays basque est de 25 cm par an. Il devrait être de 27 mètres d'ici 2050.

Toutefois, "un recul brutal peut intervenir à tout moment" indiquent les spécialistes qui estiment qu'une érosion soudaine de 25 mètres est alors possible.

L'observatoire lance un appel aux volontaires pour contribuer à la surveillance de ce trait de côte. 

Chacun est invité à photographier le littoral depuis des postes définis et à envoyer les clichés à l'observatoire. 

Ces photos permettront d'obtenir des données quotidiennes sur l'érosion alors que les relevés actuels ne sont effectués que deux fois par an.