Rugby : à la veille du retour en Top 14, Jean-Baptiste Aldigé menace toujours de délocaliser le Biarritz Olympique

"On est condamnés à mourir ici." Dans un entretien auprès de l'AFP, le président du directoire du Biarritz Olympique Jean-Baptiste Aldigé dénonce à nouveau un manque de soutien de la part de la mairie de Biarritz. À la veille de la reprise du Top 14, il menace toujours de délocaliser le club.
Archives. Jean-Baptiste Aldigé en juin 2018, lorsqu'il devient le nouveau patron du Biarritz Olympique.
Archives. Jean-Baptiste Aldigé en juin 2018, lorsqu'il devient le nouveau patron du Biarritz Olympique. © France 3 Aquitaine

Après le derby basque du 12 juin dernier, le Biarritz Olympique retrouve le Top 14 ce samedi 3 septembre avec un premier match contre Bordeaux. 

Mais la fête est déjà gâchée par les tensions entre le président du club Jean-Baptiste Aldigé et la mairie de Biarritz, qui ne semblent pas s'être dissipées cet été. 

"On est condamnés à mourir ici" 

En effet, depuis que la mairie s'est désengagée du projet d'aménagement du stade Aguiléra en février dernier, sur lequel comptaient les dirigeants du Biarritz Olympique pour assurer leur pérennité financière, le torchon brûle entre les dirigeants biarrots et la municipalité.

"Je ne suis pas sûr que la mairie de Biarritz ait réellement envie d'avoir un club de rugby professionnel. Il a été décidé au niveau de l'agglomération que le rugby professionnel, ici, c'était Bayonne. Et manque de pot le 12 juin : le rugby est à Biarritz, encore pour un an" déplore Jean-Baptiste Aldigé lors d'un entretien à nos confrères de l'AFP ce jeudi 2 septembre.

Un déménagement lillois toujours dans les cartons ? 

Jean-Baptiste Aldigé confirme, toujours à l'AFP, que le projet de délocalisation du Biarritz Olympique reste d'actualité. "Ce n'est pas un projet. C'est une solution. On s'échappe parce qu'on est condamnés à mourir ici. On essaie de trouver un bol d'oxygène ou un territoire qui veut bien nous donner les installations pour qu'on puisse vivre. À Lille ou ailleurs" répond-il. 

Ce qui coince, selon lui, reste l'équilibre financier du club, qui n'est pas encore assuré : "Il y a trois ans, le Biarritz olympique était déjà mort. On l'a ressuscité sportivement, mais il est toujours sous perfusion d'un point de vue économique".

Une solution peut-elle encore être trouvée avec la mairie de Biarritz ? "Je n'y crois plus. Il faut être réaliste : si un malade n'a pas voulu se soigner pendant 20 ans, je peine à croire qu'il change ses intentions et son comportement en si peu de temps", conclut Jean-Baptiste Aldigé. 

"Le dialogue a repris" assure la maire 

De son côté, la maire de Biarritz Maïder Arosteguy, interviewée par nos confrères de France bleu Pays basque ce vendredi 3 septembre, assure qu'elle a "une vraie volonté de maintenir le rugby professionnel à Biarritz", et indique que le dialogue a repris avec M. Aldigé. "Nous cherchons ensemble des solutions pour la pérennité du club à Biarritz", affirme-t-elle.

Néanmoins, elle prend au sérieux la menace de délocalisation du club, se disant "très inquiète de la volonté de l'actionnaire majoritaire, le groupe Gavekal, de rester à Biarritz", ajoutant que "Louis-Vincent Gave, le 12 juin dernier, m'a confié qu'il n'a plus le désir de maintenir le club à Biarritz".

→ À lire : l'interview de Maïder Arosteguy sur le site de France Bleu Pays basque 

Maïder Arosteguy photographiée le 2 septembre 2020 dans son bureau à la mairie de Biarritz.
Maïder Arosteguy photographiée le 2 septembre 2020 dans son bureau à la mairie de Biarritz. © Lapegue Bertrand / MaxPPP

Il faut souligner que la maire n'est pas la seule à faire les frais des prises de position et déclarations du président du club biarrot. Ce dernier a déjà été condamné pour diffamation envers le journal Sud-Ouest, et plus dernièrement, il s'est illustré en s'opposant au préfet des Pyrénées-Atlantiques au sujet du respect de la jauge sanitaire lors du derby basque.

Le club a également écopé d'une amende de 20.000 euros prononcée par la Ligue après l'envahissement de la pelouse du stade lors du coup de sifflet final. 

Les supporters entrent en jeu 

De leur côté, les supporters de l'Aupa BO et des Socios BOPB semblent avoir pris parti pour Jean-Baptiste Aldigé face à la municipalité, à en croire cette lettre commune adressée à Maider Arosteguy le 23 août dernier. 

Dans ce courrier, se déclarant "dubitatifs sur l'investissement réel de la mairie" auprès du club, ils demandent plusieurs éclaircissements et enjoignent la maire de trouver une solution pour que "votre mandat ne soit pas associé à la disparition de notre club de coeur, disparition provoquée par l'absence de soutien de la municipalité." 

"Je ne reconnais plus mon club" déplore Géronimo 

L'ancienne mascotte du Biarritz Olympique Robert Rabagny, alias Géronimo, contacté par téléphone, se dit écoeuré par cette situation.

"Je ne reconnais plus mon club. Ce qui compte, avec le rugby, c'est la transmission, les valeurs. Le rugby, ça sert à rassembler. Aujourd'hui, M. Aldigé a réussi à diviser toute la ville, et à se mettre tout le monde à dos, la mairie, les médias...Sous prétexte qu'il a de l'argent, il ne respecte personne" déplore l'ancienne mascotte. 

L'ancienne mascotte du Biarritz Olympique, Géronimo, partage un café avec des supporters le 10 juin 2021 à Biarritz, à l'avant-veille du derby basque qui se terminera par l'accession en Top 14.
L'ancienne mascotte du Biarritz Olympique, Géronimo, partage un café avec des supporters le 10 juin 2021 à Biarritz, à l'avant-veille du derby basque qui se terminera par l'accession en Top 14. © Thibault SOUNY / AFP

"Je suis très malheureux de cette situation, et qu'on nous menace de déménager à Lille, ou à Monaco, ou ailleurs... Cela blesse tous ceux qui ont un jour porté le maillot du Biarritz Olympique" estime-t-il, en égrenant tous les noms qui ont fait l'histoire du club biarrot. 

Pour lui, Mme Arosteguy ne fait qu'hériter d'une situation viciée. "Cela fait de très nombreuses années que la situation financière du club est catastrophique. Je suis supporter de Biarritz depuis toujours, mais la vraie question, c'est est-ce qu'on peut se permettre d'avoir deux clubs de haut niveau si proches ? D'ailleurs, même en fusionnant le Biarritz Olympique et l'Aviron Bayonnais, nous sommes encore loin des moyens des autres grands clubs français". 

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