Mourenx dans le Béarn : une pétition lancée contre un projet d’unité de méthanisation

Des habitants mettent en avant le bruit, les odeurs, mais aussi les risques de pollution liés à l’épandage des digestats produits sur le site. La région, qui a en partie financé le projet, assure que le site sera régulièrement contrôlé.
 
Une unité de méthanisation de Fonroche en Vendée.
Une unité de méthanisation de Fonroche en Vendée. © @Bioloie
L’unité de méthanisation de Mourenx, dans le Béarn, fait partie des 15 projets en cours de l’entreprise Fonroche Biogaz, c’est dire l’ambition de cette société basée dans le Lot-et-Garonne. Sa première unité de méthanisation a été mise en service en 2015 à Villeneuve-sur-Lot. Aujourd’hui, 5 autres unités ont vu le jour ailleurs en France notamment dans le Landes. Et peut-être bientôt dans les Pyrénées-Atlantiques à Mourenx. À moins que la pétition lancée il y a quinze jours et qui a déjà recueilli plus de 600 signatures ne réussisse à stopper les ambitions du groupe. Depuis plusieurs années, pouvoirs publics, grands groupes et agriculteurs misent sur le bio gaz. La Région Nouvelle-Aquitaine « s’est engagée dans un scénario 100% gaz vert à horizon 2050 », annonce son élue en charge de la transition énergétique. La Région dit avoir « accompagné la création de 80 à 100 sites » depuis le début de la méthanisation sur son territoire.

Les projets se multiplient donc, mais les oppositions aussi. Sur le terrain, on s’inquiète d’un développement mal maîtrisé. Il y a encore peu, lundi 24 août, le préfet du Finistère a suspendu l’activité d’un méthaniseur à l’origine d’une pollution ayant privé d’eau potable 180 000 personnes.

Qu’est-ce qu’une unité de méthanisation ?

C’est un site sur lequel on dégrade de la matière organique (maïs, lisier, etc.) dans un milieu dépourvu d’oxygène. Cela génère du bio gaz, qui est injecté dans le réseau de gaz. Ensuite, les déchets organiques sont utilisés sous forme de résidus appelés digestats. Ceux-ci sont ensuite épandus sur les terres agricoles, car ils représentent un engrais naturel.

Quel projet pour Mourenx ?

Le projet s'inscrit dans le programme de reconversion de la friche industrielle de Rio Tinto. « L’objectif est de produire 11 millions de mètres cubes de bio gaz, dont 6,5 millions de mètres cubes valorisables en méthane injecté dans le réseau de gaz, ce qui correspond à 69 000 MWh par an », explique Françoise Coutant, vice présidente de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge du climat et de la transition énergétique.  « Cela représente la consommation d'énergie renouvelable de 18 300 habitants", selon Fonroche, "cela permétra l'évitement de 13 150 tonnes de CO2 dans l'atmosphère".

Cette production de bio gaz sera possible grâce à 95 000 tonnes par an d’intrants. Ils seront composés à 57 % de maïs et 37 % de lisier. « Il n’y aura pas de culture énergétique », assure Françoise Coutant.

Enfin, l’unité de méthanisation produira 80 000 tonnes de digestats. La taille des surfaces potentiellement concernées par l’épandage de ces digestats n’a pas encore été validée par l’Etat mais selon la région cela pourrait concerner entre 3420 hectares et 5130 hectares de surfaces agricoles autour de Mourenx. Une centaine de communes des Landes et des Pyrénées-Atlantiques seraient concernées.

Cela permettra de réduire de 2500 tonnes l’utilisation d’engrais chimique sur la zone concernée. 

avance la Région

 « Une industrie de la sorte à 230 mètres de ma maison »

Les habitants de Mourenx mettent en avant un manque d’information. « Il y a eu une enquête publique en juin, mais on l’a su que 15 jours après le début », raconte Mireille Lafourcade.  « Il ne nous restait que 15 jours pour réagir. Il y avait 150 communes concernées par le digestat dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, elles n’ont pas eu non plus eu le temps de réagir ».
« Faux », affirme Patrice Laurent, maire fraîchement réélu. « Je ne peux pas entendre ça, ce n’est pas vrai, les habitants ont été informés », affirme-t-il mettant en avant toutes les communications faites sur le sujet ces deux dernières années y compris lors de sa dernière campagne électorale.
Les opposants au projet, eux, se sont depuis réunis dans un collectif anti-méthanisation mourenxois (Camin). Anne-Marie Nardozi en fait partie. « L’usine va être très près de nos habitations, à 230 mètres de ma maison ! », rage-t-elle. « Mettre une industrie de la sorte, qui va nous polluer, avec des odeurs, du bruit, et de la pollution atmosphérique… ».

« Le bruit et l’odeur »

Guy Mazel s’inquiète. « Il y a 75 tonnes de lisier qui va arriver chaque jour », dit-t-il. « Cela arrivera de 40 à 50 km autour de Mourenx depuis les Hautes-Pyrénées, les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. On craint les allées et venues des camions. On nous parle de couche d’ozone et là, il y aura d’énormes transferts de camions. Ça va être des va-et-vient incessants. Sur l’usine de Sanofi, il y a eu des rejets dans l’atmosphère, nous on a subi tout ça. On en a ras le bol ».

Les villages ont déjà subi : les usines sont venues autour des villages, on n'a pas fait de vague, mais maintenant, on se fout de nous.
 

Guy Mazel

Des camions générateurs de pollution, de bruit aussi. Romain Batteux, directeur du développement chez Fonroche annonce 20 camions par jour pour l’approvisionnement du site. 

Aujourd’hui, on a dans la zone plus de 500 camions par jour, cela représente une hausse d’à peine 4 % du trafic.
 

Romain Batteux


Le maire de la commune s’étonne autant qu’il souhaite rassurer sur le sujet. « Ça ne sera pas le trafic de camions entre Bordeaux et Bayonne », dit-il. « Quand on produit de l’énergie verte, sur une échelle locale, on a une circulation de camions. Vous ont-ils (les opposants au projet ndlr) parlé de Lidl et des 300 CDI ? Là il y en aura beaucoup plus de poids lourds », avance l’édile.

Mais les craintes des habitants ne s’arrêtent pas là. Dans leur esprit, qui dit lisier dit odeurs. Mireille Lafourcade se fait peu d’illusions. « 35 000 tonnes principalement de lisiers de porc, 45 000 tonnes de broyat de maïs, mais aussi des carcasses d’animaux, des résidus solides pâteux ou liquides venant de l’agroalimentaire... », énumère-t-elle. « On nous dit que ca ne va pas sentir, mais on n’y croit pas ». Patrice Laurent s’est rendu à Villeneuve-sur-Lot sur le site de méthanisation de Fonroche. « Les élus vous le diront, ils n’ont aucun problème avec les riverains », assure le maire.  "Les bâtiments sont en dépression et aspirent l’air extérieur, cela permet de traiter tous les effluents avec des filtres".

Quand les camions viennent décharger, ils rentrent dans le bâtiment et les portes se referment avant le déchargement, donc il n’y a aucune odeur.

Patrice Laurent

Pollution des sols, craintes pour la faune et la flore

C’est bien la question qui revient le plus souvent. L’année dernière, plusieurs maires du bassin d’Arcachon s’étaient opposés aux projets d'épandage de Suez dans 25 communes de Gironde. Ils dénonçaient un projet opaque et craignaient des risques de pollution des nappes phréatiques. Même inquiétude à Mourenx. « C’était une friche, il y avait les oiseaux qui nichaient, des tourterelles et des arbustes… » , regrette Anne Marie Nordozi. « De la végétation qui fournit de l’oxygène, bref, un paysage plus agréable qu’une usine et ses citernes ».

« Par rapport à toutes les études qu’on a faites, on sait que cela va entraîner une pollution des sols avec de l’ammoniaque, et des métaux lourds, des antibiotiques, des produits vétérinaires, nitrates, hormones etc », renchérit Mireille Laforcade. Sur ce point la Région se veut rassurante. « Je ne dis pas que ce n’est pas possible, mais dans ce cas-là, ça ne sera pas épandu », assure Françoise Coutant. « Dans notre nouveau règlement d’intervention, nous allons mettre en place un comité de suivi pour évaluer la qualité des digestats à un instant T, mais aussi régulièrement, car l’objectif n’est certainement pas de détruire les sols et l’eau. Nous sommes favorables à la méthanisation mais dans un cadre clair avec une approche systémique, c’est-à-dire en regardant en amont quelles matières on met dans le méthaniseur (pas d’alimentaire) et en aval avec les digestats. C’est toute cette chaîne de valeur qu’il faut regarder et on est en train de revoir les règlements d’intervention des projets de méthanisation, c’est en cours de validation et devrait être opérationnel dans les semaines qui viennent ».

Même discours du côté de la mairie qui assure que les déchets seront issus de l’industrie agroalimentaire, sans aucune boue venant de stations d'épuration urbaine, « il n’y aura donc pas de métaux lourds dans les champs des agriculteurs ». 

Nous sommes sur quelque chose de vertueux, Fondroche n’a aucun problème en France, il est connu et reconnu.

Patrice Laurent

« S’il y a des antibiotiques, nous ne serons pas là pour les détruire et en faire du digestat », rassure Romain Batteux de Fonroche, « nous avons les moyens de le suivre et nous avons sensibilisé nos fournisseurs sur le sujet ». Quant aux substances telles que l’ammoniaque, « tout sera en adéquation avec les terres, l’azote ammoniacal est bénéfique pour les cultures », défend Romain Batteux. « Actuellement, les agriculteurs fertilisent avec du lisier ou des engrais chimiques venant de l’étranger. Nous, en méthanisant les produits organiques, nous faisons du bio gaz pour l’autonomie énergétique du territoire ».
Le Digestat provenant de la méthanisation de la matière organique servira dans les champs comme fertilisant.
Le Digestat provenant de la méthanisation de la matière organique servira dans les champs comme fertilisant. © CC Search

« On est très vigilant. » (Région)

"La politique que je porte est la mise en place de collectifs citoyens pour travailler à des projets d’énergies renouvelables sur leurs territoires avec l’appropriation des habitants bien plus que leur acceptation », développe l'élue écologiste Françoise Coutant. Pour ce qui est de Mourenx, elle précise qu'"une étude d'impact a été réalisée au moment de la construction du projet, elle ne comportait pas d’anomalie sinon on ne l’aurait pas validée ».
Concernant l’inquiétude des habitant au sujet des usines Sévéso non loin du futur site de méthanisation : « Les services de l’Etat et la Région via l’ADEME ont regardé tout ça de très près », conclut Françoise Coutant.

Huit emplois directs et trente emplois indirects

Pour la mairie, le projet est bien plus global. « Un peu plus loin, on a Suez qui va s’implanter avec un incinérateur de CSR (combustibles solides de récupération) », annonce Patrice Laurent. « La plupart des déchets sont enterrés, là, ils seront brûlés. Suez produira aussi de la vapeur et une électricité verte. Là, un autre arrivera, Teréga, qui s’installe à Mourenx et qui propose de stocker du gaz. Je vais donc prendre l’électricité de Suez que je vais donner à un opérateur ( encore confidentiel pour le moment), qui va la transformer en hydrogène. Et là Teréga prendra l’hydrogène et le combinera avec le Co2 de Fondroche pour en faire du méthane. On est que sur des projets verts pour répondre à des enjeux environnementaux et planétaires avec, entre autres, des lisiers de canard et de porc".

La Région comme Fonroche mettent en avant le nombre d’emplois que le site de méthanisation va créer : 8 emplois directs et 30 emplois indirects. « Sur le fond, on a validé », tranche Françoise Coutant, « c’est un projet à près de 38 millions d’euros, ce n’est pas rien. Il sera évidemment suivi de manière précise même après la construction ».

Pas dit que cela calme la colère de Mireille Lafourcade qui parle déjà de l’unité de méthanisation au présent. « L’usine est en auto-surveillance, personne pour contrôler les travaux puis le fonctionnement », s’indigne-t-elle. « Les gens ne payeront aucune taxe, ils ont tout, ne payent rien, et vont recevoir un million d’euros de la Région ! On nous a dit que ça allait engendrer 3 à 5 emplois, est-ce que ça vaut le coup tout ça ? Même si on compte les employés supplémentaires chargés d’emmener les digestats sur le terrain ?"

Selon Fonroche, 106 agriculteurs se seraient déjà dits intéressés par ce digestat. Les membres du collectif veulent les rencontrer. « Ces terres agricoles, une fois polluées, qu’est ce qu’on va faire ? » , interroge Mireille Lafourcade. « On ira acheter nos produits ailleurs, car nos terres seront polluées. D’un problème d’énergie, on va se retrouver avec un problème alimentaire à long terme ». Et Guy de finir la phrase de Mireille. « Ce sont des projets qui nécessitent d’être réfléchis. On a écrit au Premier ministre ».

Le dossier doit prochainement passer entre les mains du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST). S’il est validé, il ne manquera plus qu’un arrêté préfectoral pour que les travaux soient lancés. La mise en service de l’unité de méthanisation est prévue pour le courant de l’année 2022.
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