Coronavirus : le vignoble d'Irouleguy en difficulté

Les conséquences du confinement sont lourdes sur la production viticole d'Irouleguy au Pays basque. Pertes financières, manque de personnel : le vignoble AOC du Pays basque peine à s'en sortir.
Le vignoble d'Irouleguy en difficulté face au coronavirus
Le vignoble d'Irouleguy en difficulté face au coronavirus © Allende Boutin
Sur leur exploitation de 9,5 hectares à Ispoure, non loin de Saint-Jean-Pied-de-Port, Brice Robelet et Elorri Reca sont en plein palissage. L'opération consiste à relever feuilles et sarments pour les attacher, afin de diriger la pousse des vignes. Le couple produit du vin rouge et blanc, d'appellation d'origine controlée (AOC) Irouleguy, et sur le domaine Bordaxuria le travail continue, confinement ou pas, même le dimanche.
 
Elorri et Brice continuent à s'occuper de leurs 9,5 hectares de vignes, malgré les difficultés.
Elorri et Brice continuent à s'occuper de leurs 9,5 hectares de vignes, malgré les difficultés. © Allende Boutin

Mais avec la fermeture des restaurants décrétée pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, l'activité s'est brutalement réduite. Habituellement, son chiffre d'affaire est réalisé à 70% via les cavistes et restaurateurs, 30% via la vente sur place. Mais confinement oblige, plus aucun client ne se présente au comptoir, et seuls quelques établissements spécialisés vendent encore de leurs bouteilles :

nous avons perdu entre 15 000 et 20 000 euros depuis le début du confinement. Surtout qu'au mois d'avril, nous entrions dans une période importante : c'est le moment où habituellement les restaurants refont leur carte, et leurs stocks de vin. C'est un gros manque à gagner en trésorerie. Elorri Reca, viticultrice


L'exploitation fait parti du GAEC Kixkaxilo qui produit également du fromage et des bovins, un filet de sécurité qui permet au domaine de ne pas mettre la clé sous la porte. Mais ce trou dans la trésorerie fait craindre de lourds problèmes à venir : la vigne n'attend pas et les travaux agricoles nécessiteront bientôt de la main d’œuvre. D'autant plus en production bio.

Nous ne savons pas si nous pourrons embaucher des saisonniers pour le désherbage, et le dédoublement des bourgeons. Même au niveau du droit, c'est encore très flou.

La cave coopérative en ligne de front

Sur le domaine Mignaberry à Saint-Etienne-de-Baïgorry, les ouvriers agricoles se relaient dans le petit chai au milieu des vignes pour manger, un par un. Ici non plus, l'épidémie de coronavirus n'a pas encore eu raison de l'activité, mais il a fallu s'adapter. Une seule personne par rangée, les gestes barrières sont strictement respectés. Des mesures essentielles : la cave coopérative d'Irouleguy dont fait partie le domaine Mignaberry compte 39 exploitations :

Nous avons dû nous réorganiser. 65 personnes en tout travaillent chez nos coopérateurs, donc chacun donne un coup de main à son voisin. Cela nous permet de nous passer de main d’œuvre extérieure pour l'instant. Olivier Martin, viticulteur, président de la cave coopérative d'Irouleguy.


Le printemps avait pourtant bien commencé : la météo douce et ensoleillée du début d'année a donné des bourgeons en avance de 20 à 30 jours. Les dégâts potentiels de la dernière vague de froid ont même été évités. Mais le bât blesse, la cave coopérative à déjà enregistré une perte de 500 000 euros, et la situation devrait empirer.

Tous les salons et foires agricoles ont été annulés ou reportés, nos points de vente, fermés. C'est une période importante pour nous chaque année. Habituellement, nous vendons dans toute l’Europe.

Si le confinement continue, la coopérative s'attend à au moins 100 000 euros de manque à gagner par semaine. Entre exploitations viticoles, salariés de la structure et emplois induits, 300 personnes vivent actuellement de l'AOC Irouleguy.
 
Dans la vallée, l'AOC Irouleguy représente 300 emplois au total.
Dans la vallée, l'AOC Irouleguy représente 300 emplois au total. © Allende Boutin
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