Pays basque : à Saint-Sébastien, le goût de la liberté retrouvée

Depuis le 2 mai, les habitants du Pays basque espagnol vivent une première phase de déconfinement. Selon leurs âges, ils peuvent sortir et pratiquer des activités physiques dans des créneaux horaires dédiés. Mais avec certaines restrictions, pas toujours très claires...
© photo Sergio Puertas
"Comment je me sens ? Eh bien, heureux de sortir de mon appartement de 60m2, de retrouver et de ressentir la liberté; enfin !" C'est le cri du coeur de Sergio Puertas, journaliste, qui vit dans le centre-ville de Saint-Sébastien (Donostia, en basque). Il était confiné, comme toute la population depuis le 14 mars, en raison de la crise sanitaire du Covid19.

Samedi 2 mai, une première étape de sortie du confinement a été actée par le gouvernement central espagnol. En Euskadi, communauté autonome basque, les sorties ont été autorisées partiellement. 
 

"On voudrait tous pouvoir se prendre dans les bras"

Comme l'explique Sergio Puertas, les dispositions sont très strictes : "Quand on a moins de 70 ans, on peut circuler entre 6 heures et 10 heures le matin, et de 20 heures à 23 heures, le soir. Les personnes âgées, et, ou, handicapées, sont autorisées à se promener de 10 heures à midi. Puis de 12 heures à 19 heures, c'est le tour des enfants de moins de 14 ans, accompagnés d'un seul de leurs parents. Tout cela change vraiment le paysage de la ville. Les gens sont tellement heureux de se retrouver, de pouvoir se croiser. Mais attention ! On voudrait tous pouvoir se prendre dans les bras, s'embrasser, mais ces gestes naturels sont vite freinés, et ça, c'est encore difficile à vivre".

Le plan de déconfinement est prévu en quatre phases, jusqu'à mi-juin. Les habitants doivent continuer de garder les distances de sécurité. Et le port du masque est obligatoire pour entrer dans les commerces, ou utiliser les transports en commun. Les bus circulent à moitié de leurs capacités. Des contrôles sont effectués par la police municipale, la Ertzaintza (police de la communauté autonome) et parfois aussi la Guardia Civil."C'est relativement respecté, raconte Sergio Puertas. Mais aux heures de pointe, c'est-à-dire principalement en soirée, il y a vraiment foule sur la promenade de la Concha, et il n'est pas facile de rester à distance. Tout le monde sort. On a besoin de bouger. C'est vital ! Certains courent, d'autres font du vélo. Il y aussi les marcheurs avec des bâtons".

Il n'y a pas de temps limité pour ces sorties (dans le cadre des tranches horaires dédiées), mais le dispositif distingue activités physiques "dynamiques" (sans restrictions de zones, dans la ville) et simples balades (limitées à 1km autour du domicile).
 

Le goût de la liberté

Aines Arizmendi, vit également à Saint-Sébastien. Salariée de Surfrider Foundation, elle aussi a retrouvé le goût de la liberté, depuis quelques jours. "C'est très agréable, confie-t-elle. On marche sur la plage à marée basse, on se trempe les pieds. Mais la notion d'activité dynamique, n'est pas très bien comprise par la population. Par exemple, on peut nager, mais pas se baigner. On peut courir, mais pas se balader. Or pour certains la marche est un sport. Alors ça provoque des interrogations, mais aussi des blagues sur les réseaux sociaux".
"on peut nager, mais pas se baigner !"
"on peut nager, mais pas se baigner !" © photo Sergio Puertas
Aines Arizmendi a constaté que beaucoup de Donostiarra (habitants de Saint-Sébastien) avaient retrouvé leurs habitudes de vie en extérieur. "A la plage de la Zurriola, les surfeurs sont très, très nombreux. Ils peuvent rester le temps qu'ils veulent à l'eau".

"Pour ma part, j'ai décidé de courir tous les matins de 7 heures 30 à 8 heures 30, avant de débuter ma journée de travail. Je rencontre beaucoup de gens que je connais. Comme cela fait longtemps que l'on ne s'est pas vus, et qu'ici on est très tactiles, on doit s'auto-bloquer pour ne pas se toucher !"

Privés de Pintxos

Pas question en revanche pour le moment de se retrouver dans les bars, à déguster des pintxos (tapas). Dans le plan de déconfinement, les terrasses pourront prochainement rouvrir, mais avec seulement 50% de leur capacité d'accueil. Dans une autre phase, il sera possible de s'installer en intérieur, mais il y pourrait y avoir des parois pour séparer les clients. Côté plage, bronzer sur sa serviette, ou bouquiner sous son parasol, reste interdit, et sans doute pour longtemps. Une mesure qui pourrait perdurer jusqu'à la fin de l'été.

Et puis, il y a la question de la frontière. 600 élèves basques espagnols sont scolarisés côté français. Avec la réouverture progressive des écoles lundi 11 mai ils auront l'autorisation de rejoindre leurs établissements, chaque jour, par l'un des sept points frontières actuellement ouverts (sur 19 en tout). Ils devront être munis d'un justificatif.
© photo Sergio Puertas
Pour les travailleurs transfrontaliers, c'est encore compliqué. Aines Arizmendi travaille habituellement 3 jours par semaine, au siège de Surfrider Foundation à Biarritz. "Mais pour le moment, explique-t-elle, je n'ai aucune information administrative sur les possibilités de me déplacer. Je reste donc en télé travail."

Une nouvelle étape de sortie du confinement débutera lundi, en Euskadi. A ce jour 1383 personnes sont décédées dans la communauté autonome basque. 26 070, dans toute l'Espagne. La pandémie du Covid19 est désormais en régression, outre-Bidassoa.




 
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