Vaccination obligatoire : une infirmière de Pau suspendue témoigne, des EHPAD doivent faire face

Une infirmière paloise suspendue témoigne. L'absentéisme se fait ressentir particulièrement dans les EHPAD qui connaissent déjà une pénurie de personnel. Depuis le mercredi 15 septembre, l’obligation vaccinale entre en vigueur pour les soignants.
© S.MUYLAERT/MAXPPP

Depuis vingt ans, Marine* est infirmière à l'hôpital de Pau, mais ce mercredi, elle ne sera pas à son poste. Refusant de se faire vacciner, elle a été suspendue de ses fonctions. À compter de ce 15 septembre, tous les soignants sont dans l'obligation de présenter un certificat de vaccination attestant avoir reçu au moins une dose de vaccin, sous peine d'être suspendus. 

Pour Marine, comme pour les autres, cette suspension de poste s'accompagne d'une suspension de salaire. Une situation que l'infirmière vit comme une sanction injuste : "Je suis dégoûtée. Ça fait des mois qu'on a la pression. L'hôpital est en train de couler et personne ne fait rien et maintenant, on nous suspend sans salaire parce-qu'on refuse de répondre à l'obligation vaccinale."

Non vaccinée et suspendue de ses fonctions, l'infirmière paloise préfère témoigner anonymement
Non vaccinée et suspendue de ses fonctions, l'infirmière paloise préfère témoigner anonymement © L. DE CASANOVE/France 3 Aquitaine

Marine espère ne pas avoir à se faire vacciner, que le gouvernement reculera. Elle n'est pourtant pas contre la vaccination, c'est l'obligation qui la dérange. "Le patient a le droit de discuter son traitement, d'avoir des informations, il a le droit de réfléchir et nous qui sommes censés appliquer ce droit, on nous dit ne réfléchis pas, tu te fais vacciner, sinon tu dégages."

Je veux avoir le droit de me poser des questions, je veux pouvoir prendre le temps

Marine, infirmière à l'hôpital de Pau

Depuis quelque temps, l'ambiance à l'hôpital est devenue tendue. Pointée du doigt, car non vaccinée, Marine, le sait, son absence va peser sur ses collègues. Elle comprend leur fatigue et leur colère, mais elle en est sûre: "Ce n'est pas contre les nons vaccinés qu'il faut être en colère, mais contre une institution qui prend l'eau depuis des années."
Autres victimes, les patients : "des interventions vont être déprogrammés donc forcément les patients vont en pâtir et ce n'est pas normal."

Retrouvez le reportage de Laurianne De Casanove et Elixabete Gonzalez



Chez les soignants, l'infirmière paloise n'est pas la seule à demander un délai de réflexion et à s'interroger sur l'impact qu'aura cette mesure sur la santé des patients. Le médecin généraliste biarrot Guillaume Barucq s'interroge sur Twitter : n'est-il pas plus dangereux de suspendre les soignants non vaccinés ? 

99% de vaccinés à l'hôpital de Bayonne 

 Au Centre Hospitalier de la Côte Basque à Bayonne, la direction est soulagée. Elle l’assure la grande majorité du personnel ayant reçu au moins une dose du vaccin: l'hôpital fonctionnera normalement. 

Dans les Pyrénées Atlantiques, la crainte des fermetures de services était pourtant grande. Cet été, le département a été le théâtre de nombreuses mobilisations contre le pass sanitaire et contre l’obligation vaccinale des soignants.

Le 31 juillet 3.000 personnes étaient rassemblées place de la Liberté à Bayonne pour manifester contrer le pass sanitaire
Le 31 juillet 3.000 personnes étaient rassemblées place de la Liberté à Bayonne pour manifester contrer le pass sanitaire © France 3 Aquitaine

À Bayonne, le 18 août, 17 % des employés de l'hôpital n'étaient pas encore vaccinés. Une centaine d'entre eux s'étaient même réunis en collectif pour protester contre cette mesure. 

Mais ce mercredi matin, à l’hôpital bayonnais, seuls 41 employés ne sont pas au travail, faute de vaccination. Au total, près de 99 % du personnel est vacciné, permettant ainsi, de ne pas trop perturber l’activité : « L’hôpital maintient intégralement son offre de soins et assure la prise en charge de l’ensemble des patients » explique la direction de l'hôpital dans un communiqué. À l'hôpital de Pau, où travaille Marine, même constat plus de 97 % des agents sont vaccinés. 

Une situation compliquée dans les EHPAD 

En Nouvelle-Aquitaine, selon l'ARS, plus de 90 % des professionnels de santé ont au moins reçu une première injection. 
Lundi 13 septembre, lors d'un point presse, le directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, Benoît Elleboode, a salué la large mobilisation des soignants, permettant à la région d'avoir un taux de personnel soignant vacciné "au-dessus du chiffre national".

Une tendance qui se confirme également dans les EHPAD. Dans les établissements des Pyrénées-Atlantiques, plus de 90 % des professionnels sont vaccinés. Il s'agit du taux le plus élevé en Aquitaine. 

© ARS Nouvelle Aquitaine

Bien que la suspension ne concerne qu'un employé sur dix, pour Jean-Louis Belmar, responsable d'un EHPAD et correspondant régional de l'association des directeurs au service des personnes âgées, la situation dans les EHPAD est "catastrophique".

Sur les 40 établissements privés que compte le Pays-Basque, tous sont impactés. L'un d'entre eux doit faire face à la suspension de 14 de ses employés. Une situation qui vient empirer le problème de recrutement dans ces établissements, qui peinent déjà à trouver du personnel. 

On nous demande de nous séparer de notre personnel mais on a aucune solution en échange

Jean-Louis Belmar, Correspondant régional Ad-Pa

Si aucune solution n'est trouvée pour les maisons de retraite, Jean-Louis Belmar prévient : "ça risque de bloquer tout le système." Faute de bras, les EHPAD ne pourront plus accueillir de nouveaux résidents ce qui engorgera les hôpitaux. 

Alors pour ne pas avoir à fermer de lits, quelques EHPAD basques ont décidé de continuer à faire travailler les personnes non vaccinées en les testant régulièrement.

Ces établissements ont prévenu l'ARS qui est pour le moment restée silencieuse. Son directeur général avait pourtant affirmé, lundi 13 septembre, "avoir la position la plus dure possible" et "démarrer très rapidement des contrôles surprises" dans les établissements et chez les libéraux. 

*Le prénom a été modifié 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société