À Saint-Benoît, dans la Vienne, Julien Campan passe ses journées avec sa machine à coudre, sous l'objectif de sa caméra. Depuis la naissance de sa fille en 2015, il a fait de sa passion pour cet artisanat un métier, qui a conquis l'intérêt d'un million d'internautes sur les réseaux sociaux.

Dans le sous-sol de sa maison de Saint-Benoît, Julien Campan consacre ses journées à la couture, et au partage de son savoir-faire sur les réseaux sociaux. Salopette, sacoche banane, robe, il crée des modèles de vêtements et accessoires, tout en montrant les coulisses et les techniques, à sa communauté qui s’élève à un million d’abonnées, toutes plateformes confondues. 

Julien se considère comme un couturier-vidéaste, et ce n'est pas anodin : lorsqu'il a commencé la couture, à la naissance de sa fille, il s'est plongé dans les livres et les tutoriels en ligne, mais il ne trouvait pas son bonheur. Selon lui, les manuels, "très bien écrits", ne permettaient pas d'appréhender suffisamment les mouvements à réaliser, et les vidéos "étaient filmés par des personnes dont ce n’était pas le métier, dont la couture était le métier et ça se passait très bien, mais la prise de vue et la prise de son, c'était rarement ça."

Il s'est alors mis en tête de proposer ses propres démonstrations de couture, d'abord sur un blog, puis sur YouTube : "Quand j’ai eu un niveau suffisant, j’ai eu envie de partager tout ça pour permettre à des personnes qui comme moi voulaient se lancer dans la couture de le faire de façon plus simple que ce qui existait." Dans cette démarche, il a bien dû constater les difficultés de l'exercice. "Le premier tuto que j’ai sorti, il m’a fallu deux mois pour le tourner, le monter, le commenter et le mettre en ligne, ça a été compliqué de se lancer là-dedans." 

Quelques années plus tard, son atelier de couture a des airs de studio de cinéma, avec ses nombreux éclairages, sa caméra et son micro, prêts à capter ses moindres faits et gestes, et toutes ses explications. Sur sa page YouTube, il comptabilise 318 000 abonnés, et l'une de ses vidéos a été visionnée un million de fois.

Moi le truc qui m’a le plus étonné, c'est que je reçois des mails de messieurs : “Bonjour, je m’appelle Jean-Pierre, j’ai 72 ans et je fais de la couture depuis toujours, vos vidéos sont hyper cools.” J’espère débloquer des gars qui voudraient faire ça.

Julien Campan

Influenceur couture

Pour le moment, les audiences de ses vidéos sont à 90 % féminines, et représentent essentiellement un public âgé de 25 à 45 ans. La cible des futurs et jeunes parents semble atteinte.

Jamais sans sa caméra

Il faut dire que côté image, Julien Campan n'en est pas à son coup d'essai. Lorsqu'il découvre la couture en 2015, il est alors caméraman à Paris. En travaillant sur le programme "Les reines du shopping" avec l'animatrice Cristina Córdula, il apprend qu'une de ses émissions est consacrée à cet artisanat. Curieux, il regarde quelques épisodes, et se met en tête d'essayer à son tour. Il commande alors une machine et des livres sur internet : "Je n’assumais pas du tout d’aller dans une boutique pour acheter une machine à coudre ou prendre des cours, je n’assumais pas d’aller dans une mercerie pour acheter des tissus", confie-t-il. Lui qui n'a "jamais été vraiment manuel", découvre à ce moment-là un univers qu'il ne pourra plus quitter.

À ce moment-là, j’avais plein de clichés en tête et la couture, clairement, en 2015, quand j’ai commencé, pour moi, c'était un truc de mamie. Je n’étais ni une femme ni âgée, du coup il y avait un décalage entre ce que j’avais envie de faire et comment j’imaginais cette activité.

Julien Campan

Influenceur Couture

Très vite, le simple hobby devient passion. Il passe tout son temps libre à essayer de nouveaux points, de nouvelles techniques sur de vieux bouts de tissu : "Quand j’avais un peu de temps, j’étais sur la table de mon salon, je sortais la machine à coudre du placard," se souvient-il.  "Je déchirais un bout de tissu, j’ouvrais mon bouquin et j’essayais des nouvelles choses." Un heureux évènement donne alors beaucoup plus de travail à l’apprenti couturier. Lorsque sa compagne Xenia tombe enceinte, il décide de coudre lui-même une partie de la garde-robe miniature de leur futur enfant. "Ce qui l’a poussé à vraiment commencer à coudre les vêtements, c'est qu’il s’énervait très vite avec les boutons," s’amuse Xenia. " C’est vrai que c’est énervant quand vous regardez les petits vêtements avec les boutons minuscules, c’est affreux, très vite, il a dit ‘je veux mettre des pressions partout’ !

VIDÉO. Le Sweat pour enfants de 1 à 10 ans - Par Julien Campan

En toute logique, la première création de Julien est donc un pyjama pour bébé. Loin d’avoir réussi du premier coup, le futur papa recommence encore et encore, teste des matériaux, des façons de faire, jusqu’à réussir.

Après la naissance de sa fille, il passe de plus en plus de temps devant sa machine. Le jeune papa délaisse petit à petit son métier de caméraman pour se former à celui de couturier. Au bout de trois ans, il se décide à changer de vie, et se concentre exclusivement à ses créations textiles, et à ses tutoriels sur internet.

En fait, je n’ai pas tant changé ce que je fais, puisque pendant 15 ans, j'ai filmé des gens en train de faire des trucs, aujourd’hui, je me filme moi en train de faire des trucs.

Julien Campan

Influenceur Couture

Une affaire de famille

Avec son changement de vie, Julien a choisi le retour aux sources, en revenant vivre près de Poitiers, où il a grandi. A Saint-Benoît, il retrouve sa famille, et gagne plus d'espace pour développer son activité.

Sa compagne, cheffe d'entreprise, a rejoint l'aventure pour faire des créations de Julien, une entreprise qui commercialise aujourd'hui des salopettes, mais aussi des dizaines de modèles de vêtements pour enfants. Alors qu'elle travaillait dans le tourisme de luxe, elle s'est elle-même formée pour prendre les rênes de la logistique dans l'affaire familiale. Elle a appris le lexique, le langage de la couture, pour communiquer avec les ateliers qui confectionnent les pièces : "Nous, on ne venait pas du tout de ce milieu de la mode, ni de la couture, ni du textile", raconte-t-elle. "On ne savait pas du tout comment on allait être accueilli, on a fait tout ce chemin de zéro."

Pour compléter la photo de famille, leur fille Jojo, qui a désormais huit ans, reste le modèle privilégié de Julien. Elle essaye les tenues que son papa coud pour elle, et prend même part aux vidéos qu'il publie sur les réseaux sociaux. "Pour le moment ça l’éclate, elle aime bien essayer les trucs qu’on lui fabrique, les salopettes, c’est vraiment notre mannequin", se réjouit Julien. "Peut-être que d'ici à quelques années ça va être un peu plus délicat de l’habiller avec ce qu’on aura cousu."